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Un dispositif exceptionnel se prépare pour évacuer la ZAD de Notre-Dame-des-Landes

Le gouvernement doit trancher très prochainement la question du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Avec elle se pose aussi l’épineux dossier de l’évacuation de la ZAD.

Vers la fin de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes? En attendant qu'Edouard Philippe rendent publique la décision du gouvernement sur l'avenir du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, les forces de sécurité prennent place dans la région pour préparer l’évacuation de la ZAD

Selon nos informations 455 gendarmes mobiles sont attendus mercredi sur la ZAD pour contrôler et sécuriser la zone. Certains sont arrivés dès ce mardi, d'autres quitteront leurs casernes mercredi. D'autres déploiements entre ce soir et demain matin sont prévus à Nantes (5 compagnies de CRS, auxquelles s'ajoutent les effectifs locaux soit environ 400 policiers) et à Rennes (2 compagnies de CRS et 80 policiers). Ces CRS constituent un dispositif pour prévenir tout trouble à l'ordre public au moment où la décision de l'exécutif sera connue.

La partie d'échanges du Conseil des ministres de ce mercredi sera consacrée à un point consacré au dossier de Notre-Dame-des-Landes. Participeront à ce point le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique et Elisabeth Borne, le ministre auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire chargée des Transports. 

Quand aura lieu l’évacuation?

"Ce sera très rapide. Surtout si l’aéroport se fait. Parce qu’il faudra éviter les renforts des zadistes de Bure ou même d’Allemagne. Si l’aéroport ne se faisait pas, ça prendrait peut être un peu plus de temps mais ce serait rapide aussi", assure un spécialiste du maintien de l’ordre proche du dossier. Dans ce contexte délicat, après la remise du rapport des trois médiateurs, puis un dernier tour de table avec des élus locaux, Edouard Philippe a indiqué qu’une décision serait prise "avant la fin janvier".

Selon nos informations, le ministère de l’Intérieur travaille de son côté à différentes options, en fonction de la décision qui sera rendue. Mais il devra sans doute se passer de l'effet de surprise. "La situation est connue depuis longtemps. La gendarmerie étudie le dossier depuis des années. On a de l’expérience sur le site, il n’y a pas d’inquiétude de la part de la gendarmerie sur la manière de faire", assure de son côté Frédéric Le Louette, président de l’Association professionnelle nationale des militaires de la gendarmerie du 21e siècle (APNM GendXXI).

Comment se déroulera-t-elle?

  • La fourchette haute prévoit jusqu’à 3000 militaires et policiers mobilisés sur la ZAD, où vivent actuellement 300 personnes. Un chiffre en augmentation constante ces derniers jours, selon nos informations. En octobre 2016, après le "oui" au référendum local, entre 12.800 personnes selon la préfecture et 40.000 selon les organisateurs s’étaient réunies sur place, pour défendre le site. "Sur le territoire métropolitain, c’est certainement la plus grande opération depuis longtemps pour la gendarmerie mobile et même la gendarmerie tout court", reprend Frédéric Le Louette. "Clairement, il faut une très forte présence sur place. Le site est vaste (plus de 1600 hectares). C’est du maintien de l’ordre rural. Avec des bois, un caractère accidenté, pas facile à appréhender". La Croix indique également la présence d'engins du génie militaire, ainsi que d’une équipe de déminage et de drones.

D’éventuels débordements dans les agglomérations voisines, à Nantes, voire à Rennes, sont également redoutés. "Tout ce qui est sur Notre-Dame-des-Landes sera géré par la partie gendarmes mobiles et militaires. Ensuite, nous CRS, on va s’occuper de la partie centre de Nantes", assure Johann Cavallero, délégué national pour les CRS au syndicat Alliance. Selon lui, "il faudra aussi savoir montrer sa force. Parfois, quand on montre sa force, cela permet de ne pas l’utiliser. Il faudra des instructions claires. On ne les a pas à chaque fois, parfois on attend que ce soit le chaos pour agir".

Avec quels risques?

C’est la grande peur du gouvernement: des affrontements violents qui causeraient des blessés, voire pire, et dans les deux camps. "On a tous encore en tête Rémi Fraisse", lâche Frédéric Le Louette. "On sait qu’on va avoir une opposition qui sera très forte. On sait qu’ils sont prêts depuis des années, qu’ils sont équipés, qu’ils se forment régulièrement à combattre les forces de l’ordre. On espère qu’il y aura le moins de blessés possible, même si on sait que du côté des forces de l’ordre, il y en aura".

Selon lui, la présence de pièges à destination des forces de l’ordre sur la ZAD est bien réelle. "En l’état de nos informations, il y a des pièges, on les a vus. Il n’y a pas de fantasme. Les gendarmes ont des limitations dues à la loi, ce qui est tout à fait légitime, là où l’adversaire n’en aura pas. Ils ne devraient pas se gêner pour employer des cocktails Molotov. Les gendarmes mobiles qui interviendront devront se limiter à la lacrymogène. On n’a plus de grenades offensives depuis Rémi Fraisse. En milieu rural, c’était important, parce que ça avait un effet de souffle qui permettait de gagner du terrain. Cette munition va nous manquer à ce moment-là".

Pour combien de temps?

C’est la grande inconnue. Cela dépend pour beaucoup de la décision du gouvernement: oui ou non un aéroport sera-t-il construit sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes? "Si c’est oui, évidemment l’opposition sera plus forte", prévient notre source spécialiste du maintien de l’ordre. "Il faudra à la fois évacuer, protéger des gens qu’on évacue, tout en se défendant contre les radicaux (une cinquantaine, selon nos informations, NDLR). Ensuite, ce sera parti pour quelques années. Il faudra protéger le site, le travail des gens qui construiront l’aéroport…"

Si la décision du gouvernement est finalement d’abandonner le projet d’aéroport, "on part déjà au minimum sur trois semaines dures". Mais "qu’il y ait l’aéroport ou pas, certains ne vont pas vouloir partir", croit savoir Johann Cavallero. "Certains se sont rendus propriétaires des lieux, donc, quelle que soit la décision, ils ne voudront pas les quitter".

Antoine Maes