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Un attentat islamiste sans doute déjoué sur la Côte d'Azur

L’immeuble, situé à Mandelieu-La-Napoule où le jihadiste avait trouvé refuge, avait été perquisitionné par la DCRI le 17 février.

L’immeuble, situé à Mandelieu-La-Napoule où le jihadiste avait trouvé refuge, avait été perquisitionné par la DCRI le 17 février. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Un attentat islamiste aurait été déjoué le 17 février à Mandelieu-La-Napoule, près de Cannes, où 900 grammes d'explosif ont été découverts.

L'antiterrorisme français est convaincu d'avoir déjoué un projet "imminent" d'attentat sur la Côte d'Azur. Il était fomenté par un homme de retour du jihad en Syrie, a annoncé mercredi à l'AFP une source proche du dossier.

Cette certitude est née de la découverte, le 17 février dernier, dans un immeuble de Mandelieu-La-Napoule, près de Cannes, dans les Alpes-Maritimes, de quelque 900 grammes d'explosif. Cet immeuble avait été le point de chute d'un homme de 23 ans interpellé quelques jours plus tôt et lié à la cellule dite de Cannes-Torcy, a précisé cette même source.

Selon nos informations, cet homme, Ibrahim B., était lié a Jérémie Louis-Sidney, ce Français d'origine antillaise tué par des policiers lors de son interpellation à Strasbourg, les armes à la main. Jérémie Louis-Sidney, un des chefs présumés de la cellule Cannes-Torcy, avait laissé quatre testaments. L'un d'eux était adressé à Ibrahim B.

Un explosif rudimentaire réparti dans trois canettes

Selon la source proche du dossier, les résultats des expertises ont montré que l'explosif saisi est du TATP, un explosif rudimentaire qui peut être fabriqué à domicile, déjà utilisé par le passé dans des attentats, comme à Marrakech en 2011. L'explosif était réparti dans trois canettes, dont l'une était entourée de vis et de clous fixés avec du scotch. Selon nos informations, une mèche a également été découverte. Le matériel était donc prêt à l'emploi. Par ailleurs, cette mèche, courte, fait émettre aux enquêteurs l'hypothèse d'un attentat suicide, puisqu'une mèche longue permet au terroriste d'avoir le temps de s'enfuir.

Une arme et du matériel informatique ont également été saisis dans un local technique de cet immeuble, qui avait été le point de chute d'Ibrahim B., interpellé quelques jours plus tôt et lié à la cellule dite de Cannes-Torcy, a précisé la source, pour qui la DCRI "a empêché un attentat imminent".

"Cette affaire est emblématique de ce qu'on a toujours craint": des personnes parties en Syrie pour mener le jihad contre Bachar al-Assad et revenues "radicalisées, formées, aguerries" avec un projet terroriste, souligne cette source. "Quand il est parti, ce gars ne savait sans doute pas faire un pétard de foire", soupire un proche de l'enquête.

Un homme lié à la cellule Cannes-Torcy

L'alerte a été donnée le 3 janvier par les autorités grecques qui repèrent un homme de 23 ans, Ibrahim B. Selon nos informations, c'est une clé USB contenant des informations pour fabriquer des explosifs qui éveille les soupçons des autorités grecques. Ibrahim B. revient de Syrie où, selon plusieurs sources antiterroristes, il était parti en septembre 2012, comme deux autres jeunes hommes du Cannet (Alpes-Maritimes). Ce départ leur avait permis d'échapper au coup de filet policier démantelant la cellule dite de Cannes-Torcy, décrite comme le groupe le plus dangereux depuis la vague d'attentats du milieu des années 1990 et à laquelle les enquêteurs les rattachent.

Plusieurs des membres de ce groupe sont soupçonnés de l'attaque à la grenade d'un commerce juif à Sarcelles dans le Val-d'Oise en septembre 2012. Lors de cette vague d'interpellations, avait été découvert du matériel pouvant servir à la fabrication d'une bombe dans un box utilisé par un leader présumé du groupe.

Lors du démantèlement, les policiers avaient trouvé plusieurs testaments, dont deux rédigés par Ibrahim B. et un autre candidat au jihad du Cannet, Abdelkader T., 25 ans.

Surveillé et repéré par la DCRI depuis son retour de Syrie

Les services français ne perdent pas la trace du petit groupe qu'ils soupçonnent d'avoir rejoint le Front al-Nosra, groupe rebelle syrien lié à Al-Qaïda, et d'envoyer, via les réseaux sociaux, des messages appelant à "punir la France", explique la source. Aussi, quand les Grecs préviennent les Français du contrôle d'Ibrahim B., l'alerte est prise au sérieux. L'inquiétude se renforce le 16 janvier, quand Abdelkader T. est arrêté en Italie. Il est extradé et écroué, mais Ibrahim B. reste dans la nature, entre la Grèce et la France.

La DCRI surveille ses points de chute possibles sur la Côte d'Azur et le repère. Le 11 février, elle l'interpelle en bas de l'immeuble de Mandelieu-La-Napoule, où un de ses proches a un logement. Il est alors mis en examen et écroué. La DCRI perquisitionne l'immeuble le 17 et trouve donc, dans un local technique des parties communes, au dernier étage, une arme de poing, du matériel informatique et les trois canettes remplies de TATP.

Une enquête discrète

La révélation de ce projet d'attentat intervient plus d'un mois après les faits pour une raison simple: "la DRCI est très discrète quand elle travaille sur des dossiers de ce genre, c'est un service qui communique très très peu", explique Dominique Rizet, spécialiste police-justice de BFMTV. "Entre le moment où l'on interpelle une personne et le moment où l'on va faire tous ses points de chute, il faut travailler discrètement et essayer de reconstituer son itinéraire".

"Il y a une surveillance systématique des individus qui reviennent du jihad en Syrie", indique par ailleurs Dominique Rizet. "Ils sont systématiquement interpellés, questionnés par la DCRI. S'ils sont remis en liberté, des surveillances sont opérées par des services spéciaux: des filatures, parfois, mais plus facilement des surveillances téléphoniques. On les localise, on essaye de savoir qui ils fréquentent, s'ils retournent voir des membres de la cellule qu'ils avaient fréquenté avant, ou, s'ils sont seuls, on essaye de savoir quels sont leurs projets".

L'enquête va désormais se poursuivre pour préciser cet éventuel projet terroriste. S'il devait se confirmer, restera à savoir si Ibrahim B. comptait agir seul ou s'il a été "mandaté" par des responsables jihadistes en Syrie.

D. N. et A. S. avec AFP et avec Sarah-Lou Cohen et Cécile Ollivier