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Le médecin chef du RAID décrit la soirée du Bataclan pour "éloigner les fantasmes"

Matthieu Langlois est venu présenter vendredi soir chez Ruth Elkrief sur BFMTV Médecin du RAID: vivre en état d'urgence publié chez Albin Michel qui décrit la réalité de son métier en cette période marquée par une série d'attentats.

"Ce récit a été dur à écrire, c'est probablement difficile à lire", avoue Matthieu Langlois. Le médecin chef du RAID est intervenu pendant l'assaut contre les frères Kouachi à Damartin-en-Goële, pendant la prise d'otages de l'Hyper Cacher, lors de l'attentat contre un couple de policiers à Magnanville et au moment de l'attaque du Bataclan. Dans Médecin du RAID: vivre en état d'urgence publié chez Albin Michel, il raconte la réalité de son métier marqué ces dernières années par la montée des actes terroristes jihadistes en France.

"Ne pas savoir est très anxiogène"

"J'ai écrit ce livre en pensant aux victimes, aux familles des victimes, aux policiers du RAID, que je connais bien, et de tous les services de police avec lesquels nous collaborons quotidiennement", explique-t-il. Son objectif était de témoigner "pour dire sa vérité, dire ce que nous avons vécu, ce soir du Bataclan". Le récit revient minute par minute sur les événements du 13 novembre 2015 avec l'équipe médicale dans la salle de spectacle.

Pour lui, ce livre est nécessaire, l'ouvrage permet de répondre à un certain nombre de questions. Le médecin trouve légitime que des personnes, qui ne savent pas comment cela se passe à l'intérieur, aient des interrogations. Ecrire a été sa façon de "chasser les doutes et les fantasmes pour apporter plutôt de la sérénité". Le médecin estime que "ne pas savoir est très anxiogène".

"Keep it simple, stupid"

"Quand on rentre dans le Bataclan on a des émotions mais on les maîtrise pour donner le meilleur de soi-même", rapporte le soignant pour évoquer la soirée qu'il décrit comme la plus dure de sa vie professionnelle. Son rôle consiste alors à "surtout prendre les décisions" avec pour credo "Keep it simple, stupid", à savoir faire aussi simple que possible.

"La première décision a été de se mettre devant la fosse où était rassemblée la plupart des victimes les plus graves et, malheureusement, les décédés", décrit-il. Lors de ses interventions, il n'est pas armé. Son rôle consiste à soigner et sauver. A ce moment, il ne craint pas pour sa vie parce qu'il sait qu'il est avec "les meilleurs". "Les médecins du RAID ont toujours été exposés en premier ligne. On ne s'est jamais sentis en danger pour nous-mêmes. On est concentrés sur notre rôle de médecin", confie-t-il. 

Les risques de voyeurisme

Matthieu Langlois reconnait cependant qu'il est très difficile, au début, de partager ce qu'il a vécu y compris avec des amis très proches. "Après vous n'arrivez à parler qu'avec ceux qui ont vécu cette nuit dramatique", souligne-t-il ajoutant qu'il "ne veut pas tomber dans le voyeurisme".

En revanche, pour la partie technique, il a beaucoup échangé avec des professionnels: pompiers, policiers, militaires, médecins… "Là, c'est possible parce qu'on est dans l'analyse très technique du métier", ajoute-t-il.

Les informations récoltées après ces événements pourront permettre d'améliorer les futures interventions, parce qu'on peut toujours "progresser". "On sera encore meilleur la prochaine fois", assure-t-il en indiquant que "des dispositifs ont été pris depuis". Sur l'ensemble du territoire, une réflexion a été menée pour améliorer la coordination des secours et des forces de l'ordre, rapporte-t-il avant de rendre un dernier hommage à ses collègues: "le premier grade de police, c'est gardien de la paix, et je trouve que cela leur va tellement bien".

Elise Maillard avec Ruth Elkrief