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Du Maroc au Thalys: le parcours trouble d'Ayoub El-Khazzani

L'inquiétant parcours d'Ayoub El Khazzani, le tireur du Thalys.

L'inquiétant parcours d'Ayoub El Khazzani, le tireur du Thalys. - AFP

INFOGRAPHIE - Trois jours après l'interpellation d'Ayoub El Khazzani suspecté d'avoir voulu commettre un attentat terroriste à bord du train Thalys, les interrogations demeurent. Les enquêteurs cherchent toujours à établir ses liens avec l'islam radical et à retracer son parcours. Le procureur de la République de Paris, François Molins, a toutefois donné de nombreux détails permettant d'y voir plus clair.

Les zones d'ombre restent nombreuses dans l'enquête sur l'attaque déjouée vendredi à bord du Thalys Amsterdam-Paris. Pour les enquêteurs, le mobile terroriste d'Ayoub El Khazzani, l'homme armé intercepté par des passagers semble crédible. Le suspect de 25 ans assure pourtant qu'il s'apprêtait à braquer le train. Les enquêteurs s'intéressent à sa personnalité et à son parcours.

> Un parcours à retracer

Né le 3 septembre 1989 au Maroc, Ayoub El Khazzani a vécu sept ans en Espagne, d'abord à Madrid et ensuite à Algésiras, entre 2007 et mars 2014. Selon El Pais, il a été arrêté à trois reprises en Espagne pour trafic de drogue, deux fois à Madrid en 2009, une fois à Ceuta, enclave espagnole sur la côte marocaine. Il a été détenu une fois pour ces faits.

Repéré par des discours islamistes radicaux légitimant le jihad, il est fiché fin 2012, selon le journal espagnol, comme "potentiellement dangereux" et inscrit dans la base de données partagée par les polices de l'espace Schengen. Selon l'avocate qui l'a assisté à Arras, il a déclaré aux enquêteurs avoir deux frères et deux soeurs, des parents en vie mais aucune relation avec sa famille. Son père a confirmé dimanche à la presse britannique qu'il n'avait plus eu de nouvelles de son fils depuis plus d'un an.

> Un départ en Syrie depuis la France?

Selon un enquêteur français, le jeune homme a vécu d'emplois précaires et baigné dans la petite délinquance et la marginalité, à la limite de la rue. Les services antiterroristes espagnols ont signalé en février 2014 à leurs collègues français qu'il était susceptible de venir en France. Les Espagnols assurent qu'il a effectivement déménagé dans l'Hexagone, sans préciser où, ce que les Français ne confirment pas. Les mêmes sources espagnoles ajoutent qu'il a voyagé en Syrie depuis la France, avant d'y revenir, information que les enquêteurs français assurent ne pas avoir.

Après le signalement de février 2014, les services français ont émis à son propos une fiche "S" (pour "sûreté de l'Etat"). Mais sa trace se perd jusqu'au 10 mai 2015, quand sa fiche "S" permet sa localisation à Berlin où il a embarqué pour Istanbul, selon une source du renseignement français. Dix jours plus tard, les services espagnols ont informé leurs homologues français qu'El Khazzani s'était installé en Belgique. Depuis, plus rien jusqu'à ce qu'il monte dans le Thalys, vendredi à Bruxelles. Il dit de son côté avoir voyagé ces six derniers mois en Belgique, Allemagne, Autriche, France, Andorre.

Le père d'Ayoub El Khazzani a assuré quant à lui dans la presse britannique que son fils avait bel et bien travaillé pendant un mois en France au printemps 2014.

> Le tireur suivait-il des instructions de l'étranger?

Quels sont ses liens avec les mouvements islamistes? A-t-il obéi à des instructions? En Andalousie, il a fréquenté des mosquées radicales et les enquêteurs français tentent de déterminer s'il a bien séjourné en Syrie comme le disent les Espagnols - ce qu'il nie - et y a pris des contacts avec les milieux islamistes. Les enquêteurs belges s'interrogent sur ses liens éventuels avec des islamistes de la ville de Verviers, l'un des principaux foyers de radicalisation en Belgique. Vendredi soir, après avoir procédé à son interpellation, les policiers ont fouillé le Thalys 9364 et vérifié l'identité des passagers, à la recherche d'éventuels complices. Il n'y a pas eu d'interpellation.

> Le mobile de l'attaque à confirmer

Ayoub El Khazzani voulait-il faire un massacre, cibler des gens ou les détrousser? Maîtrisé par trois jeunes passagers américains et un père de famille britannique, le jeune homme, torse nu, était armé d'une kalachnikov, d'un pistolet automatique et d'un cutter.

Des armes qu'il prétend avoir trouvées fortuitement et décidé d'utiliser pour détrousser des voyageurs parce que, sans le sou, il avait besoin d'argent. Version jugée fantaisiste par les enquêteurs. Les jeunes Américains qui l'ont maîtrisé ont pour leur part dit n'avoir aucun doute sur ses intentions terroristes. 

Olivier Laffargue, C. B avec AFP