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Comment Anis Amri a pu passer les frontières européennes

L'auteur présumé de l'attentat sur le marché de Noël à Berlin est passé par la France, où il a été filmé à la gare Lyon-Part-Dieu, avant de rejoindre l'Italie. Certains y voient une faille dans le système de surveillance.

En cavale, Anis Amri est bien passé par la France. Le terroriste, auteur présumé de l'attentat sur le marché de Noël à Berlin, a été filmé jeudi dernier par les caméras de vidéosurveillance de la gare Lyon-Part-Dieu, selon nos informations. Il a acheté un billet pour Milan avec une correspondance à Chambéry. Son périple s'est achevé en Italie où il a été abattu par deux policiers lors d'un banal contrôle d'identité.

En train, en bus, en voiture, comment l'homme qui était alors le plus recherché d'Europe a-t-il pu traverser aux moins deux frontières européennes? Anis Amri s'était crée six identités différentes toutes rattachées à des papiers. Ce n'est pas la première fois que la situation se produit. Déjà en 2014, Mehdi Nemmouche, le tireur présumé du musée juif de Bruxelles, avait été arrêté à Marseille après avoir transité via les Pays-Bas. A l'époque, le parcours du terroriste avait déjà créé la polémique.

3.000 kilomètres de frontières

Après l'attentat sur le marché de Noël, qui a fait douze morts, les médias allemands s'interrogeaient sur la surveillance d'Anis Amri, repéré depuis quelques mois alors qu'il était soupçonné de vouloir préparer une attaque, mais aussi sur les loupés de l'enquête. Après la confirmation que le jihadiste présumé a bien transité par la France, des voix s'élèvent pour réclamer des explications aux autorités. 

"Comment est-il possible qu’en état d’urgence, un terroriste recherché par toutes les polices d’Europe puisse entrer en France avec des armes, être dans une des principales villes de France où il y a de la vidéosurveillance, prendre un train et à nouveau quitter le territoire national sans que notre système de surveillance ne puisse le détecter", s'insurge Thierry Solère, député Les Républicains.

Des critiques que refusent d'entendre les forces de l'ordre. "Sur les frontières françaises, il y a 3.000 kilomètres de frontières terrestres, détaille Luc Poignant du syndicat Unité SGP Police FO. Il est évident qu’on ne peut pas tous les mètres mettre un fonctionnaire des douanes ou un fonctionnaire de police. Une frontière ce n’est pas quelque chose d’hermétique malheureusement, même avec un mandat d’arrêt."

L'espace Schengen en cause

Au lendemain de l'attaque de Berlin, le ministre de l'Intérieur, Bruno Le Roux avait décrété un renforcement des contrôles aux frontières avec l'Allemagne, le Luxembourg et la Suisse. A la Gare de l'Est à Paris, les contrôles ont également été intensifiés. L'Allemagne avait, elle, lancé un mandat de recherche européen et la photo du suspect, ainsi que ses caractéristiques physiques, avaient été largement diffusées.

Une nouvelle fois, l'espace Schengen et la libre-circulation des citoyens est remise en cause. "Cette escapade dans deux ou trois pays a minima est symptomatique de la catastrophe sécuritaire totale que représente l’espace Schengen", dénonçait la semaine dernière Marine Le Pen qui souhaiterait rétablir les frontières nationales. Une mauvaise idée pour les pro-européens.

"Ce qu’on ne dit pas c’est que tout le dispositif dont nous sommes aujourd’hui dotés pour traquer des terroristes, pour échanger des fichiers, tout ça, c’est fondé sur Schengen et c’est parce qu’on a Schengen qu’on a cette collaboration possible avec tous nos partenaires européens", conclut Pervenche Berès, députée européenne.

J.C. avec Océane Goannec