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Attentat de Berlin: les renseignements et la police mal préparés

Un policier patrouille près d'un marché de Noël, à Berlin, le 20 décembre.

Un policier patrouille près d'un marché de Noël, à Berlin, le 20 décembre. - Tobias Schwarz - AFP

Lundi soir, la capitale allemande a été confrontée à sa première attaque terroriste islamiste, lorsqu'un camion a foncé dans la foule sur un marché de Noël. Si la menace s'est intensifiée ces derniers mois outre-Rhin, cet attentat, ainsi que la gestion de l'enquête par la police, démontrent que les services allemands ne sont pas préparés à ce type de scénario.

Les services allemands sont-ils dépassés par les événements qui les frappent? L'attaque au camion-bélier survenue lundi soir à Berlin, qui a fait 12 morts, mais aussi les différents ratés de l'enquête, à commencer par l'arrestation puis le relâchement du premier suspect, témoignent des difficultés rencontrées par la police et les renseignements allemands face à cet attentat. Malgré une menace persistante depuis quelques mois, ainsi que la multiplication des attaques sur le sol allemand, les services restent mal préparés à gérer ce type de scénario. Explications. 

Un incroyable raté

Lundi soir, quelques instants après l'attaque, un ressortissant pakistanais est interpellé à deux kilomètres du lieu des faits, et suspecté d'être le chauffeur du poids-lourd ayant foncé dans la foule. Mardi à la mi-journée, le ministre de l'Intérieur allemand en personne confirme que le principal suspect est cet homme, un demandeur d'asile de 23 ans, arrivé en Allemagne le 31 décembre 2015, précisant toutefois que l'intéressé "nie les faits" qui lui sont reprochés. 

Mais à peine deux heures plus tard, la police berlinoise émet ses premiers doutes sur sa réelle implication, avant finalement de le relâcher dans la soirée, faute d'éléments le mettant en cause. Un incroyable raté, qui a laissé le temps à l'auteur de l'attaque de prendre la fuite. "Nous avons probablement un dangereux criminel dans la nature", a ainsi reconnu le chef de la police berlinoise, Klaus Kandt.

Des renseignements en sous-effectif

Cet aveu d'échec soulève plusieurs questions, à commencer par celle de la préparation des forces de l'ordre et des renseignements aux attaques terroristes, outre-Rhin. 

"Les services de renseignement allemands sont beaucoup moins nombreux que les services de renseignement français. Ils n'ont pas le savoir-faire des Français parce qu'ils n'ont encore jamais été confrontés à des attentats majeurs comme celui qu'ils viennent de vivre", fait valoir Dominique Rizet, consultant police-justice de BFMTV. 

Des services en sous-effectif, notamment face à l'arrivée massive de migrants dans le pays depuis l'été 2015. "L'Allemagne a accueilli près d'un million de migrants et ses services n'ont pas les moyens d'une surveillance efficace: il faut entre quatre et dix agents pour surveiller une personne", souligne ainsi David Khalfa, expert à l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE), auprès du journal Centre Presse.

"Si le BFV (le renseignement intérieur allemand, ndlr) est très performant dans la surveillance des mouvements néonazis et d'extrême gauche, cela l'occupe beaucoup", explique-t-il par ailleurs, ajoutant que le BFV et le BND, le renseignement extérieur, ont "un gros retard technologique en matière de recueil de renseignement". 

Le système fédéral, frein à la bonne coordination des renseignements?

Pourtant, comme le rappelle La Croix, l'Allemagne s'est dotée, dans les années 2000, de plusieurs instances dédiées à la lutte antiterroriste: un centre commun de lutte contre le terrorisme, le GTAZ, créé en 2004, ainsi qu'un centre de données antiterroriste lancé en 2007. 

Mais le système fédéral, selon lequel est régi le pays, complique la tache des services de lutte antiterroriste, puisque chacun des 16 Länder possède un ministère de l'Intérieur, mais aussi ses propres services de renseignement et de police. La coopération des différents échelons policiers au niveau national est opérée par l'Office fédéral de police criminelle (BKA). Le BFV, lui, se charge de le faire pour les multiples services de renseignement. Ces services sont censés s'échanger données et informations mais dans les faits, cette territorialisation entrave leur bonne coordination.