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Attentats de Bruxelles: "C'est un échec terrible", réagit l'ambassadeur de Belgique

Vincent Mertens de Wilmars, l'ambassadeur de Belgique en France, et Gilles Kepel, professeur des universités et spécialiste de l'islam et du monde arabe, sont ce mercredi matin les invités de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et sur RMC, au lendemain des attentats de Bruxelles.

Deux des trois terroristes de Bruxelles ont été identifiés mercredi matin comme les frères El Bakraoui, connus pour grand banditisme, et liés à Salah Abdeslam. "On est face à un drame et manifestement, des choses n'ont pas été prévues", reconnaît Vincent Mertens de Wilmars, l'ambassadeur de Belgique. "Il est en partie difficile de lire dans les intentions des personnes. Je crois qu'il ne faut pas immédiatement mettre l'opprobre sur les services de sécurité. (Mais) Il y a un échec, sans aucun doute, comme Paris était un échec, ceci est un échec terrible, il faut trouver tous les moyens de les prévenir. Un travail de police extraordinaire a été fait depuis le 13 novembre, mais à Bruxelles il n'a pas abouti à temps".

"Ce qui est frappant (avec l'identification des terroristes, Ndlr), c'est qu'on a la démonstration du lien entre ces deux milieux" salafistes et du grand banditisme, analyse pour sa part le politologue Gilles Kepel. "Si Salah Abdeslam a pu se planquer pendant quatre mois, alors qu'il était recherché par toutes les polices d'Europe, c'est parce qu'en réalité c'est le milieu qui l'a protégé".

"Des erreurs dans les choix politiques"

Aujourd'hui, la coopération entre membres de l'Union européenne paraît très en retard face au terrorisme: les Etats membres ne parviennent toujours pas à s'entendre sur la mise en place du fichier PNR, le projet de fichier européen centralisé des passagers aériens.

"Face à des défis comme celui-ci, il est tout à fait clair que nous devons aller plus loin" dans la coopération européenne, reconnaît à nouveau Vincent Mertens de Wilmars. "On a longtemps dans nos pays défendu le concept de la liberté, parce que ces mesures empiètent sur ce que nous avons considéré comme la liberté. Aujourd'hui, il y a un besoin de sécurité nettement plus affirmé".

La Belgique, "cible par excellence"

L'identification des terroristes démontre les liens entre les attentats du 13 novembre à Paris, et de ce 22 mars à Bruxelles. "Pendant un certain temps, on a considéré que la Belgique était une sorte de sanctuaire, l'endroit où on rassemblait des gens qu'on utilisait ensuite pour taper sur Paris", rappelle Gilles Kepel. "Or, aujourd'hui on se rend compte que c'est au contraire la cible par excellence (...). Bruxelles, c'est la capitale de l'Europe, la capitale symbolique".

"Le gendarme est en retard sur le voleur", renchérit Gilles Kepel. "On est dans une fuite en avant, de plus en plus de violence pour sidérer l'adversaire, le terroriser".

La Belgique a-t-elle montré une trop grande mansuétude face à la montée du communautarisme, face au foyer jihadiste de Molenbeek? "Il y a eu des erreurs dans les choix politiques qu'on a faits", concède l'ambassadeur de Belgique. "La politique d'immigration, la politique d'intégration, qui d'ailleurs sont fort semblables entre la France et la Belgique n'ont pas été un grand succès. Il est grand temps de réfléchir et de faire d'autres choix dans nos villes". Toutefois, le partage d'informations entre services européens "est beaucoup plus intense, beaucoup plus efficace qu'on ne le croit", assure Vincent Mertens de Wilmars.