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Attentat déjoué: un arsenal prêt à l'usage découvert dans l'appartement des suspects

Les deux suspects interpellés ce mardi se sont connus en prison. L'un d'entre eux étaient en lien avec des jihadistes belges de la filière de Verviers.

Des arrestations qui interviennent grâce à "un travail tenace et remarquable". Le procureur de la République de Paris, François Molins, s'est exprimé mardi soir quelques heures après l'arrestation de Mahiedine Merabet, à 10 heures au moment où il sortait de l'immeuble, et Clément Baur, à 10h35, dans la cage d'escalier d'un immeuble marseillais. Des interpellations qui ont permis de déjouer "un projet d'action imminente" monté par "des individus méfiants et déterminés" localisés là matin même.

Face à la presse, François Molins a livré une liste détaillée d'éléments découverts par les enquêteurs dans l'appartement que louaient les deux suspects à Marseille. Des armes, dont un fusil mitrailleur, des armes de poing et un pistolet automatique, le tout accompagné de cartouches et de munitions, ont été découvertes. Trois kilos d'explosif de TATP ont également été retrouvés "en train de sécher dans un placard sur trois étagères, à trois stades d'élaboration différents", poursuit le procureur. Des bouteilles de produits pour fabriquer plus d'explosifs étaient également présentes dans la logement.

"L'un était prêt à l'usage", insiste-t-il également.

Deux individus radicalisés

Pour l'heure, les enquêteurs estiment qu'il est trop tôt pour établir "avec précision le jour, la ou les cibles visées ou les circonstances de leur passage à l’acte". Pour autant, un plan de la ville de Marseille au mur a été découvert dans l'appartement conspiratif qu'occupaient les deux suspects depuis le 1er avril. "C'est une zone de combat, ce sont des gens qui sont en train de se préparer", estime Dominique Rizet, spécialiste police-justice de BFMTV. Une GoPro - laissant penser que les deux individus s'apprêtaient à filmer leurs crimes - un Coran, un drapeau de Daesh et des photos d'enfants victimes de bombardements en Syrie ont également été retrouvés.

"La surprise pour les enquêteurs, c'est le niveau de matériel qui a été acquis et stocké pour préparer ces attentats, juge Christophe Caupenne, ancien négociateur du Raid. Il y a fort à parier qu'il n'y avait pas qu'une seule action qui était prévue."

Le niveau d'organisation de Mahiedine Merabet et Clément Baur, tout deux de nationalité française, peut s'expliquer par le profil de ces deux suspects. Les deux hommes, âgés aujourd'hui de 29 et 23 ans, se sont connus en prison en 2015 quand ils ont partagé la même cellule pendant deux mois. Le premier, dont le casier judiciaire fait état de 12 mentions, avaient été condamnés à quatre ans de prison pour trafic de stupéfiants, le second à quatre mois pour détention et usage de faux documents administratifs. Connus pour leur radicalisation, ils étaient fichés S depuis 2016 et 2015.

En lien avec des jihadistes belges

La conversion du plus jeune, élevé dans une famille catholique, remonte à 2007. En 2015, ses proches avaient signalé sa disparition ainsi que ses velléité de départ pour la Syrie et une pratique radicale de l'Islam. Cette conversion s'est faite au contact d'hommes de la communauté tchétchène alors qu'il se trouvait à Nice.

"Il n'a eu de cesse d'utiliser des alias notamment celui d'un jihadiste tchétchène connu à Verviers (ville belge dans laquelle une cellule jihadiste a été démantelée, NDLR)", a précisé le procureur de la République. Les autorités belges avaient alors ouvert une enquête à son égard en raison de ses liens avec la mouvance jihadiste belge.

"Je vis d'amour et d'eau fraîche"

Concernant Mahiedine Merabet, les services de renseignement avaient mené une perquisition administrative à son domicile de Roubaix en décembre dernier. L'homme était alors absent mais les enquêteurs avaient contrôlé un individu, se présentant sous une fausse identité, qui va se révéler être Clément Baur. Sur place, un drapeau de Daesh et de la documentation jihadiste avaient été retrouvés. Introuvable depuis, le suspect originaire de Croix, dans le Nord, avait adressé ses papiers d'identité et sa carte bancaire aux policiers de Roubaix le 4 avril dernier.

"Je donne ma carte d'identité et ma carte bancaire car à cause de vous je n’en ai plus l’utilité, avait-il écrit aux enquêteurs. Je vais bientôt me rendre, on discutera. A vous les forces de l'ordre, que me voulez-vous? Laissez-moi respirer. Je n'ai rien à vous dire. Je vis d'amour et d'eau fraîche, je médite, laissez-moi tranquille. Salut."

Les hommes de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ont retrouvé la trace des deux hommes à la fin du mois de mars quand ces derniers ont quitté Nancy, séparément, pour rejoindre Marseille grâce à un service de covoiturage payé avec des cartes prépayées. Le 12 avril dernier, une photo montrant un fusil mitrailleur, un drapeau de Daesh, une dizaine de munitions ainsi que la Une d'un quotidien datée du 13 mars avec le visage d'un candidat à l'élection présidentielle, disposés sur une table, a confirmé les craintes d'une action violente imminente.

Justine Chevalier