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Attentat déjoué à la prison de Fresnes: les détenus voulaient passer à l'acte à leur sortie

Les deux suspects étaient détenus à Fresnes.

Les deux suspects étaient détenus à Fresnes. - AFP

Deux hommes de 22 et 28 ans, détenus à la prison de Fresnes, pour des délits de droit commun, ont été mis en examen en fin de semaine dernière pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste".

Les contours de leur projet restent encore flous mais deux détenus de la prison de Fresnes, considérés comme radicalisés, étaient bien déterminés à passer à l'acte à leur sortie. Une sortie de prison qui devait intervenir dans les tous prochains jours, dès mardi pour l'un d'eux. Connus pour être proches de la mouvance islamiste, les deux hommes ont été mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Ils ont été placés en détention provisoire, repoussant ainsi leur sortie de prison.

> Qui sont les deux suspects

Les deux hommes soupçonnés d'avoir fomenter un attentat sont un Français de 22 ans et un Camerounais de 28 ans. Ils étaient incarcérés à la prison de Fresnes, en région parisienne, pour des délits de droit commun. L'un avait été condamné pour une tentative de meurtre, le second pour braquage. Lors de sa garde à vue, le ressortissant camerounais, qui a par ailleurs salué "ses frères tueurs du Bataclan", a reconnu projeter un attentat.

Les deux suspects s'étaient radicalisés en prison. Le détenu camerounais était considéré comme l'un des leaders de la mouvance islamiste à Fresnes et avait été placé à l'isolement il y a quelques temps dans l'unité dédiée dite de déradicalisation qui était expérimentée à Fresnes. Après six mois d'expérimentation, ce dispositif va être abandonné par le gouvernement.

> Quelles étaient les cibles de cet attentat déjoué

Si les deux suspects comptaient passer à l'acte rapidement après leur sortie de prison, leur projet n'était pas réellement abouti. Différentes cibles, à l'extérieur de l'établissement, étaient envisagées. Il semblerait que les deux hommes voulaient s'attaquer aux forces de l'ordre. Parmi les hypothèses évoquées par les suspects: des surveillants pénitentiaires, des policiers, une prise d'otage ou encore un mitraillage.

Ce projet d'attentat se voulait de grande ampleur. Les deux hommes avaient pour ambition de recruter d'autres membres dans d'autres établissements pénitentiaires.

"Ces deux islamistes radicaux voulaient monter un groupe de combattants avec la volonté de monter en puissance par le biais de diverses actions, à l'extérieur de la prison, ciblant entre autres des policiers et des surveillants de prison", a indiqué une source proche de l'enquête.

> Comment ont-ils été repérés?

Les deux hommes faisaient l'objet d'une surveillance discrète de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) après la découverte dans une cellule de documents appelant au jihad. Des écoutes ont alors été mises en place sur le téléphone que possédait le détenu. Les investigations ont permis d'établir que le détenu était en contact avec un personne située en zone irako-syrienne. 

"Nous faisons un effort tout à fait considérable sur le renseignement pénitentiaire avec là encore création d'emplois, sur le travail avec les surveillants parce que se sont eux les premiers agents de la lutte contre la radicalisation", détaille Nicole Belloubet, la ministre de la Justice, sur Europe 1.

> La prison, un foyer de radicalisation

Les syndicats de surveillants pénitentiaires réclament aujourd'hui des établissements spécialisés accueillant uniquement des détenus radicalisés. Car depuis quelques années, et notamment les attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015, le nombre de dossiers de personne radicalisée en prison a été multiplié par 7. Actuellement, on compte 1.200 détenus radicalisés sur les 69.126 que comptent les prisons françaises.

Désormais les unités dédiées, sensées éviter le prosélytisme religieux, ont été remplacées par des quartiers d'évaluations de la radicalisation (QER). Pendant plusieurs mois, la dangerosité des détenus est évaluée par les services pénitentiaires, par des psychologues. Actuellement, trois prisons sont dotées d'un QER: Fleury-Mérogis, Osny et Fresnes.

Justine Chevalier avec Mélanie Bertrand