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Attentat à Nice: le point sur l’enquête, un mois après

Un mois après l’attentat de Nice, qui a fait 85 morts le 14 juillet, six personnes, dont plusieurs proches de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, ont été mises en examen. L’enquête a mis au jour plusieurs complicités et démontré le caractère prémédité de l’attaque.

Depuis l’attentat de Nice, au cours duquel Mohamed Lahouaiej Bouhlel a tué 85 personnes sur la Promenade des Anglais le 14 juillet, il y a un mois jour pour jour, l’enquête a permis de démontrer que le Tunisien de 31 ans n’avait rien d’un loup solitaire. Le tueur de Nice semble au contraire avoir bénéficié de complicités, et avoir "mûri" son macabre projet depuis plusieurs mois, comme l’a souligné le procureur de la République de Paris, François Molins. Comme pour chaque attentat, c’est en effet le Parquet de Paris qui est en charge de l’enquête.

Les enquêteurs cherchent par ailleurs à établir les liens entre les réseaux terroristes islamistes et Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, resté en dehors des radars de l’antiterrorisme jusqu’au jour de l’attentat, revendiqué par Daesh.

Six personnes mises en examen

Parmi les complices présumés du tueur, quatre hommes âgés de 21 à 40 ans et une femme de 42 ans. Tous ont été mis en examen le 21 juillet et placés en détention provisoire. A ces cinq suspects s’ajoute un sixième, interpellé le 26 juillet et mis en examen le 1er août. Tous nient avoir eu connaissance des plans du terroriste et à l'instar du tueur, jamais fiché pour radicalisation islamiste, ils étaient inconnus des services antiterroristes.

> Hamdi Z.

Cet homme de 36 ans mis en examen le 1er août apparaît notamment sur un selfie pris avec le tueur devant le camion blanc, quelques jours avant le 14 juillet. Il est poursuivi pour le chef d'"association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste en vue de commettre des crimes d'atteintes aux personnes". Il a été placé sous mandat de dépôt par le juge des libertés et de la détention, conformément aux réquisitions du parquet.

Selon une source proche de l’enquête, il était en relation avec Mohamed Lahouaiej Bouhlel "depuis au moins un an" avant l'attentat jihadiste du 14 juillet.

> Ramzi A.

Franco-tunisien de 21 ans, il était connu des services de police pour vols et trafic de stupéfiants. L'exploitation du téléphone portable de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, retrouvé dans la cabine du camion, a révélé que le tueur avait envoyé plusieurs SMS quelques minutes avant de se lancer dans sa course meurtrière. Dans l'un des message, transmis à 22h27, le terroriste écrit "Amène plus d'armes". C’est à Ramzi A. que le tueur a envoyé ce message.

Au cours d'une perquisition mercredi dans une cave d'un proche de Ramzi A., une kalachnikov et un sac de munitions ont été retrouvés. A ce stade, "on ne sait pas à quoi (le fusil d'assaut) était destiné", a indiqué François Molins. 

> Chokri C. 

Agé de 37 ans et de nationalité tunisienne, il a un casier judicaire vide, mais pourrait avoir eu connaissance du projet du tueur. Le 4 avril 2016, il lui envoie notamment ce message sur Facebook: "Charge le camion, mets dedans 2.000 tonnes de fer, coupe lui les freins mon ami, moi je regarde".

D'après des images de vidéosurveillance, l'homme était le 12 juillet sur la promenade des Anglais aux côtés de Lahouaiej Bouhlel dans le camion lancé sur la foule deux jours plus tard. Ses empreintes digitales ont par ailleurs été découvertes sur l'une des portières du véhicule. 

> Mohamed Oualid G.

Figurant également sur la liste des complices présumés, c’est un ami de longue date du terroriste, inconnu de la justice et des services de renseignement. Régulièrement en contact avec Chokri C., il avait adressé le 10 janvier 2015 un SMS à Lahouaiej Bouhlel: "Je ne suis pas Charlie... Je suis content, ils ont ramené les soldats d'Allah pour finir le travail". Quelques heures après l’attentat de Nice, il s’est filmé sur la Promenade des Anglais dévastée.

Chokri C., Mohamed Oualid G. et Ramzi A. ont été mis en examen pour "complicité d'assassinats en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste". Ramzi A. est aussi poursuivi pour "infractions à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste", tout comme un couple d'Albanais.

> Artan H. et Enkeledja Z.

Cet homme et sa compagne, de nationalité albanaise, sont soupçonnés d'avoir participé à la fourniture du pistolet avec lequel Lahouaiej Bouhlel a tiré sur des policiers avant d'être abattu. Le couple fait partie de l’entourage du tueur également.

Artan H. était sous le coup d'une expulsion mais n'avait pas été reconduit à la frontière lors d'un récent contrôle, selon une main courante de la police municipale de Nice. Le document, affiché sur le site internet du Point, révèle qu’il avait été contrôlé le 2 mai 2016 pour une banale infraction de la route. Son véhicule en panne de batterie était stationné vitres ouvertes. Accompagné par un autre individu, il avait été présenté à la caserne de police sans documents valables. Une recherche avait pu déterminer qu'il faisait l'objet d'une fiche de reconduction à la frontière.

Charlie Vandekerkhove avec AFP