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Affaire Ghlam: une reconstitution du meurtre d'Aurélie Châtelain à Villejuif

Presque un an après les faits, la justice organise une reconstitution du meurtre d'Aurélie Châtelain, victime collatérale d'un projet d'attentat déjoué à Villejuif, en présence du suspect principal, Sid Ahmed Ghlam.

Les premiers repères ont été posés au sol dimanche matin, tôt. A 9 heures, Sid Ahmed Ghlam, principal suspect du meurtre d'Aurélie Châtelain, est arrivé sur les lieux, sous bonne escorte policière. Le juge d'instruction en charge de l'enquête a décidé d'organiser une reconstitution des faits sur le parking d'un complexe hôtelier à Villejuif, dans le Val-de-Marne, où la jeune femme avait été retrouvée morte en avril dernier, alors qu'un attentat devait se produire peu après dans une église de la commune.

Une reconstitution destinée à éclaircir les très nombreuses zones d'ombre du dossier. Le dimanche 19 avril 2015, en début de matinée, deux passants avaient découvert une Renault Scenic en flammes à Villejuif. Arrivés très vite sur place, les secours avaient extrait le corps d'une jeune femme de la carcasse. Il s'agissait d'Aurélie Châtelain, 32 ans, danseuse et professeur de fitness, mère d'une petite fille de 5 ans. L'autopsie avait très rapidement attribué sa mort à une balle reçue en plein coeur.

Un suspect arrêté très rapidement après les faits

Trois jours plus tard, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avait annoncé l'arrestation d'un suspect, Sid Ahmed Ghlam, un étudiant algérien de 24 ans. Stupeur: le jeune homme, connu des autorités pour ses velléités de départ vers la Syrie, est aussi soupçonné d'avoir planifié un attentat contre une église de la commune, en lien avec l'organisation terroriste Daesh. 

Sid Ahmed Ghlam avait été arrêté juste après le meurtre d'Aurélie Châtelain, le dimanche matin, dans le XIIIe arrondissement de Paris. L'homme, blessé d'une balle dans la jambe, avait contacté le Samu pour être secouru. En garde à vue, il avait ensuite varié dans ses versions. Il avait d'abord réfuté tout lien avec la mort de la jeune femme, et affirmé s'être blessé en voulant se débarrasser d'armes trouvées au hasard.

Il accuse un complice mort au Bataclan

Mais les perquisitions menées dans sa voiture et son appartement avaient très rapidement mis au jour la présence d'un arsenal d'armes et son implication dans un projet terroriste. Le 19 juin, devant le juge, il avait fini par reconnaître avoir été sur les lieux de la mort de la jeune femme.

Il se décrivait alors comme étant sous la coupe de jihadistes qui l'auraient enjoint de commettre un attentat, auquel il aurait renoncé ensuite. Il évoquait aussi la présence d'un complice avec qui il devait attaquer une église et qui aurait tué accidentellement Aurélie Châtelain avant de prendre la fuite. Il n'a donné son nom que très récemment, affirmant avoir reconnu son visage dans les journaux: Samy Amimour, le kamikaze mort au Bataclan.

Les proches de la victime veulent comprendre "pourquoi"

Alors pourquoi seul son ADN a-t-il été retrouvé dans le véhicule d'Aurélie Châtelain? "C'est l'objet de cette reconstitution, vérifier tout ce qui a été déclaré au juge, et in situ, voir si sa version tient la route, car tout l'accuse: traces papillaires, ADN, balistique", s'indigne Me Antoine Casubolo Ferro, avocat de la famille d'Aurélie Châtelain.

Une reconstitution jugée nécessaire également par le père de la victime, "ne serait-ce que pour voir la tête du présumé assassin de ma fille", explique-t-il.

"Je veux le regarder bien dans les yeux, et essayer de comprendre ce qu'il s'est passé, en espérant qu'il avoue un peu, ou qu'il laisse passer des indices. On veut savoir la vérité: pourquoi elle a été tuée. On veut comprendre pourquoi", conclut son père.

Six heures de reconstitution

"On a appris beaucoup de choses qui confirment ce qu'on pense déjà quant à la responsabilité de ce monsieur", a affirmé l'avocat de la famille d'Aurélie Châtelain, Me Antoine Casubolo Ferro, à l'issue de cette reconstitution qui a duré six heures au lieu des 3 heures 30 prévues. Des membres de la famille d'Aurélie Châtelain étaient présents, selon leur avocat, pour "comprendre pourquoi on l'a tuée et comment". La reconstitution a renforcé "une certitude, si elle avait besoin d'être renforcée. C'est tellement incohérent ses déclarations", a-t-il affirmé à la presse.

Christian Benoît, l'avocat de Sid Ahmed Ghlam, a indiqué en milieu d'après-midi que la reconstruction s'était passée "dans de bonnes conditions". Le but était de vérifier que la version de son client concordait par rapport aux éléments objectifs du dossier. Selon maître Benoît cela a "permis de conforter" les déclarations de Sid Ahmed Ghlam depuis le départ de la procédure. "Notamment qu'il n'était pas responsable du décès de cette malheureuse personne", a-t-il indiqué ajoutant qu'il attendait la suite de manière très sereine.

Alexandra Gonzalez et E. M.