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Rixe d'Echirolles: des peines de 8 à 20 ans pour dix accusés, deux acquittements

L'un des accusés des meurtres de Kevin et Sofiane sort du tribunal, escorté par la police.

L'un des accusés des meurtres de Kevin et Sofiane sort du tribunal, escorté par la police. - Jean-Pierre Clatot - AFP

Dix des douze prévenus ont été condamnés à des peines allant de 8 à 20 ans de réclusion pour le meurtre en septembre 2012 de Kevin et Sofiane, deux jeunes hommes, dans un square. Deux autres accusés ont été acquittés.

La cour d'assises de l'Isère a rendu son verdict samedi matin. Dix personnes accusées des meurtres de Sofiane et Kevin lors d'un lynchage collectif de septembre 2012 ont été condamnés à des peines de 8 à 20 ans de prison. Deux autres accusés ont par ailleurs été acquittés. 

Lundi lors du procès, l'avocat général avait réclamé des peines allant de 10 à 20 ans de prison. 

A l'annonce du verdict des incidents ont éclaté dans la salle d'audience. L'un des acquittés, Ibrahim Camara a essuyé des insultes, rapporte l'AFP. "Tu étais là assassin!", a crié une proche d'un des condamnés, ce qui a provoqué l'évacuation d'une partie de la salle et une suspension d'audience. Gendarmes et policiers ont dû intervenir dans le box et quelques échanges de coups ont eu lieu entre forces de l'ordre et des accusés. L'audience a pu reprendre une dizaine de minutes plus tard. Les avocats des dix condamnés ont annoncé leur intention de faire appel.

> Le rappel des faits

Ce 28 septembre 2012, Kevin, un étudiant en master de 21 ans et Sofiane, un éducateur de 22 ans, en quelques minutes décèdent sous un déferlement de violence dans le square Maurice-Thorez à Echirolles. Tout avait débuté plus tôt dans la journée après une bagarre entre Wilfried, le frère cadet de Kevin et un jeune du quartier de la Villeneuve, dont sont originaires les accusés. Alors vers 20 heures, les jeunes de la Villeneuve décident de partir en expédition punitive. A coup de marteau, de barres de fer, ils vont frapper. Sofiane va recevoir 31 coups de couteau. Kevin, huit, dont un lui sera fatal. 

> La question du huis clos

Ce procès sensible a débuté le 2 novembre avec une question: faut-il instaurer le huis-clos pendant les audiences? Car au moment des faits, deux accusés étaient mineurs. Afin d'assurer la sérénité des débats, la cour d'assises de l'Isère a décidé de ne pas les rendre public. Une décision qui avait scandalisé les familles des deux victimes. "Nos enfants ont été assassinés en public, donc nous voulons un débat public", avait scandé Mohamed Tadbirt, le père de Sofiane.

> Des accusés mutiques

Pendant une semaine, un à un, les douze accusés ont livré leur version des faits. Mais comme lors de leurs auditions, aucun d'entre eux n'a reconnu avoir porté les coups mortels. Parmi les rares confessions, seul Antonin, 23 ans, a expliqué avoir donné un coup de bouteille sur la tête de Sofiane. Un autre accusé, Ibrahim Camara, a joué la stratégie du "tous coupables, sauf moi". Il a mis en cause Ilyes Tafer, 21 ans, qu'il dit avoir vu donner des coups de couteau à Sofiane, tout comme Constant Mukala Weti. Enfin, il a accusé Naderhalman Delli, 21 ans, et un accusé mineur, au moments des faits, d'avoir frappé Sofiane à la tête avec un marteau.

Invités à s'exprimer pour la dernière fois jeudi midi avant que la cour se retire, "la plupart des accusés se sont excusés", ont indiqué plusieurs avocats. Trop tard pour les proches des victimes.

> Un réquisitoire qui ne convient à personne

"Le ministère public tente de faire coïncider la monstruosité des faits avec la monstruosité de la décision judiciaire. Il faut que la peine soit injuste comme le crime a été injuste", dénonçait en début de semaine Me Ronald Gallo, avocat d'un accusé. Au terme de ce procès complexe, l'avocat général a requis 10 à 20 ans de prison contre les 12 accusés. 

Que ce soit du côté de la défense ou de l'accusation, ce réquisitoire semble incohérent. 20 ans de prison ont été requis contre Ilyes Tafer et contre Constant Mukala Wetu, tous deux pour avoir porté des coups de couteau. Mais les avocats généraux ont réclamé 10 ans de prison contre Bérat Karaborklu, soupçonné d'avoir donné des coups de poing, autant que contre Mohamed Elhadj, un militaire, arrivé en renfort, qui aurait tout déclenché en aspergeant de gaz lacrymogène le petit frère de Kevin. "A un moment donné, la répression doit être lisible. Or, je n'ai pas le sentiment qu'elle le soit", a critiqué Me Francis Szpiner, avocat des familles des victimes, en dénonçant "l'incohérence du ministère public".

> Un procès sur les réseaux sociaux

A plusieurs reprises, ce procès a été perturbé par les réseaux sociaux. Au premier jour des audiences, des accusés se mettaient en scène sur Facebook alors même qu'ils étaient incarcérés. Quand certains messages vantent l'utilisation des armes, des photos montrent l'un des accusés dans une piscine gonflable installée en cellule ou un autre fumant un joint en faisant le V de la victoire. Lors de cette dernière semaine d'audience, c'est une avocate des parties civiles qui s'est faite remarquer. Le procès avait dû être suspendu alors que Me El Ali réalisait un live-tweet des débats.

Justine Chevalier