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"Provocation à la haine raciale": le procès d'Eric Zemmour risque d'être renvoyé

Eric Zemmour le 22 avril 2021 à Paris

Eric Zemmour le 22 avril 2021 à Paris - JOEL SAGET © 2019 AFP

Eric Zemmour doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris pour "provocation à la haine" et "injures raciales". Il avait qualifié les mineurs isolés de "voleurs" et d'"assassins".

Alors qu'Eric Zemmour vient d'annoncer une tournée pour promouvoir son livre - et annoncer sa candidature à la présidentielle 2022? -, sa première étape sera devant la justice. Le chroniqueur doit comparaître ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris pour "provocation à la haine raciale" et "insultes racistes".

Le 29 septembre 2020, Eric Zemmour s'exprime sur CNews, chaîne sur laquelle il officie quotidiennement. Le débat organisé dans l'emission "Face à l'info" porte sur l'attentat perpétré quatre jours plus tôt devant les anciens locaux de Charlie Hebdo par un Pakistanais de 25 ans. Le chroniqueur s'en prend alors aux migrants mineurs isolés: "Ils n'ont rien à faire ici. Ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c'est tout ce qu'ils sont. Il faut les renvoyer, il ne faut même pas qu'ils viennent."

Les Départements demandent réparation

Les propos font polémique, jusqu'au plus haut sommet de l'État. La ministre déléguée en charge de la Diversité et de l'Égalité des chance saisit le procureur de la République de Paris, tout comme le Conseil supérieur de l'audiovisuel, le CSA. Une enquête est ouverte par le parquet de Paris qui décide, en juillet dernier, de citer à comparaître Eric Zemmour.

Si la seule décision revient au tribunal qui siège collégialement, le procès devrait être renvoyé, selon plusieurs sources proches du dossier. Depuis quelques jours, de nombreuses constitutions de parties civiles parviennent à la justice. Outre des associations antiracistes, des conseils départementaux, en charge de l'Aide sociale à l'enfance qui accompagne les mineurs isolés, entendent demander réparation au tribunal.

"L'escalade des propos haineux de la part de M. Zemmour, et qui lui ont déjà valu d'être condamné par la passé, est absolument intolérable, fait valoir Stéphane Troussel, président de la Seine-Saint-Denis, dans un communiqué. En portant plainte au nom du Département, nous refusons que ces propos soient banalisés, et que soient mis.e.s en cause les mineur.e.s étrangers isolé.e.s qui viennent demander protection en France, ainsi que toutes celles et ceux qui travaillent du mieux possible à leur offrir."

"Nous avons gagné 10 fois"

Cette affluence de constitution de parties civiles de dernière minute implique le traitement de ces demandes, notamment pour que la défense d'Eric Zemmour évalue leur recevabilité. Cela nécessite la tenue d'un procès plus long où chaque partie pourrait avoir l'occasion de s'exprimer. Selon plusieurs sources, les différentes parties pourrait ainsi réclamer le renvoi du procès à une date ultérieure.

Eric Zemmour est serein face à cette nouvelle convocation judiciaire. "Eric Zemmour a été poursuivi 12 fois et nous avons gagné 10 fois", a fait valoir en juillet dernier Me Olivier Pardo, l'avocat du chroniqueur, qui doit comparaître aux côtés du président du directoire du groupe Canal +, Jean-Christophe Thiery.

"Eric Zemmour a pignon sur les médias, c'est un professionnel, on ne peut le soupçonner de s'être trompé, dénonce Me Sabrina Goldman, l'avocate de la Licra, qui s'est constituée partie civile. Eric Zemmour poursuit le même discours de haine depuis des années, il n'y a plus aucune marque de bienpensance. Il fait de véritables appels à la haine et à la discrimination."

CNews condamnée par le CSA

Dans cette affaire, la chaîne CNews a été condamnée à payer une amende de 200.000 euros par le CSA. Le gendarme de l'audiovisuel avait estimé que les propos d'Eric Zemmour traduisaient "l’expression d’un vif sentiment de rejet à leur égard" et qu'"aucune réaction suffisamment marquée n'a été apportée à ces déclarations" sur le plateau.

Eric Zemmour a déjà été condamné à trois reprises en 2011, 2018 et 2020 pour provocation à la discrimination raciale et provocation à la haine religieuse envers les musulmans. Pour sa dernière condamnation à une amende de 10.000 euros, le chroniqueur a fait appel, la décision a été mise en délibéré.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV