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Des rescapés des attentats dénoncent l'instrumentalisation des victimes par une campagne pro-Zemmour

Des affiches soutenant la candidature d'Eric Zemmour à l'élection présidentielle de 2022, dans les rues de Paris le 29 juin 2021

Des affiches soutenant la candidature d'Eric Zemmour à l'élection présidentielle de 2022, dans les rues de Paris le 29 juin 2021 - Ludovic MARIN © 2019 AFP

Mardi, un collectif proche d'Eric Zemmour et militant pour sa candidature à la présidentielle a publié des visuels montrant les visages de personnes tombées sous les coups du terrorisme ou de faits-divers, accompagnés du slogan "Nos vies comptent". Associations, rescapés et proches de victimes ont dit leur dégoût devant cette campagne.

Beaucoup ont été tués le 13 novembre au soir, au Bataclan ou sur une terrasse ; d'autres ont succombé à des attentats ultérieurs et tragiquement célèbres, comme le couple de policiers assassiné à son domicile de Magnanville, dans les Yvelines, en juin 2016, ou le père Hamel en son église de Saint-Etienne-du-Rouvray en Seine-Maritime ; d'autres comme la jeune Victorine, dont le corps a été retrouvé le 26 septembre dernier à Villefontaine, en Isère, ont perdu la vie dans des faits-divers au retentissement national, ou comme le brigadier Eric Masson, tué par un dealer dans les rues d'Avignon le 5 mai, aux répercussions politiques et sociétales.

Dans leur grande diversité, tous ces visages ont en commun de se retrouver dans des visuels diffusés depuis mardi sur Twitter. C'est "Génération Z", qui dans la galaxie en formation autour d'une candidature d'Eric Zemmour à la présidentielle revendique la place de mouvement de jeunesse, qui a fait feu de tout bois. Toutes ces images, dont nous ne publions ci-dessous qu'un seul extrait à titre d'exemple et le plus général, sont accompagnées du slogan "Nos vies comptent".

L'initiative a ulcéré un grand nombre de rescapés du terrorisme et de leurs proches qui réclament depuis la fin de cette campagne et le retrait ou la suppression de ces clichés, vécus comme autant de détournements politiques de la mémoire des victimes.

Twitter interpellé

L'historien Christophe Naudin - auteur de Charles Martel et la bataille de Poitiers -, survivant de l'attaque du Bataclan, expérience à laquelle il a consacré son Journal d'un rescapé, a lancé: "Les groupies de Zemmour reprennent des portraits de victimes d’attentats pour alimenter leur propagande islamophobe et raciste. Évidemment sans l’autorisation des familles. Ne pas les traiter de vautours, ces derniers méritent plus de respect que ces ordures fafs" ("faf" est un acronyme qui dérive du slogan "la France aux Français" et désigne des militants racistes ou perçus comme tels).

Arthur Dénouveaux, président de l'association de victimes des attentats du 13 novembre Life For Paris, a interpellé Twitter directement. "Twitter France, ce compte souille la mémoire des victimes de terrorisme. Pouvez-vous faire quelque chose?"

"Envie de hurler"

Ce dernier identifie dans son post le député LaREM élu dans les Côtes-d'Armor Eric Bothorel, engagé notamment dans les questions numériques. Celui-ci a réagi: "De tout cœur avec les survivants , les proches, les victimes directs ou indirects des attentats en photo, qui s’émouvant d’une nauséabonde propagande sur Twitter de 'Génération Z' (comme zéro), doivent en plus se cogner des commentaires abjects". Jouant avec le mot d'ordre de "Génération Z", le parlementaire a parodié: "Seul votre avis compte."

Père de l'une des victimes tombées au Bataclan, Georges Salines a bondi sur le même réseau social: "Je suis parti en vacances aujourd'hui. Ce soir en arrivant chez les amis, je regarde Twitter et je tombe sur cette ignoble campagne pro-Zemmour utilisant les photos de nos enfants décédés. J'ai juste envie de hurler."

"Profanation"

L'association dont il fait partie "13Onze15 - Fraternité et Vérité" a tancé: "Rappelons que l'utilisation sans autorisation d'images de victimes de terrorisme n'est pas une façon de rendre hommage à leur mémoire. C'est de la profanation. Quelle que soit la couleur politique."

On peut toujours voir les visuels controversés sur la page de "Génération Z" pour l'heure. Mais, entre la publication ce mercredi d'un clip de (proto)campagne et des tweets sur l'affaire Pegasus, il semble que ces "jeunes avec Zemmour" passent déjà à autre chose.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV