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Procès de la fusillade de Forest: Salah Abdeslam défie la justice, 20 ans requis

Salah Abdeslam a refusé de se lever.

Salah Abdeslam a refusé de se lever. - Emmanuel Dunand - AFP

Le premier jour du procès de Salah Abdeslam se conclut sans que le seul survivant des commandos du 13-Novembre ne livre ses secrets. Brièvement interrogé, le terroriste présumé s'est livré à un discours de propagande. 20 ans ont été requis contre lui et contre l'autre prévenu Sofiane Ayari.

C'est sur une incertitude que se conclut la première journée du procès de Salah Abdeslam et Sofiane Ayari. Un doute sur la suite des débats tant ils ont été succincts et pourraient s'achever bien plus tôt que prévu. Depuis ce lundi matin, les deux hommes sont jugés dans le cadre de l'enquête de la fusillade de Forest, dans la banlieue de Bruxelles, où le 15 mars 2016 des policiers belges et français avaient essuyé des tirs lors d'une perquisition d'une planque de terroristes. Un homme avait été tué, deux autres avaient pris la fuite. Les deux prévenus, soupçonne la justice. 20 ans de réclusion criminelle ont été requis contre eux.

Dans une salle d'audience, transformée en forteresse, Salah Abdeslam est apparu pour la première fois depuis son transfèrement en France en avril 2016. Barbe fournie, chemise blanche, veste claire, pantalon de costume marron, le seul survivant des commandos du 13-Novembre a d'abord observé son droit au silence, en refusant de se lever, de décliner son identité ou encore de s'exprimer. Encadré par deux policiers, maintenu parfois par la ceinture lors des déplacements, le terroriste présumé est en permanence surveillé du regard par un des deux fonctionnaires cagoulés.

Propagande

"Je ne souhaite pas répondre aux questions", lance dans un premier temps Salah Abdeslam. Après deux heures d'audience et face aux questions d'une présidente de la chambre correctionnelle pugnace, le France-marocain va livrer ses impressions. Pourquoi il refuse de se lever? Car il est "fatigué", lui qui a été extrait de sa cellule de Fleury-Mérogis à 4 heures du matin. Pourquoi est-il venu si ce n'est pour s'exprimer? "On m’a demandé de venir, je suis venu, je suis l’acteur de ce procès", rétorque-t-il, omettant alors qu'il était à l'origine de cette comparution.

Toujours questionné, Salah Abdeslam sort alors de son silence pendant quelques minutes se livrant d'abord à une critique de la justice et appelant la cour à prendre une décision en se basant sur "des preuves tangibles et scientifiques". "Vous êtes là, pas pour satisfaire votre public, ni pour se baser sur ce que disent les médias", critique-t-il provocant avant de développer une discours de propagande bien rodé: "Mon silence ne fait pas de moi un criminel, c'est ma défense. (...) C’est en mon seigneur que je place ma confiance. Je n’ai pas peur de vous, ni de vos alliés, je place ma confiance en Allah, je n'ai rien à ajouter."

"Le procès n'est pas fini, il peut encore s'exprimer", tente toutefois d'avancer une avocate des parties civiles.

"Scène de guerre"

Son co-prévenu, Sofiane Ayari, a comme lui, été interpellé le 18 mars 2016. Jugé comme Abdeslam pour "tentatives d'assassinat sur plusieurs policiers" et "port d'armes prohibées", le Tunisien de 24 ans a été plus bavard tout en restant bref sur ces réponses. La plupart de ses déclarations concernant la fusillade dans l'appartement conspiratif de Forest se sont limitées à un "je ne me souviens plus" ou "je sais pas". Ayari est lui aussi soupçonné dans le cadre de l'enquête sur les attentats parisiens, où il apparaît sous plusieurs fausses identités.

La procureure fédérale n'a pas fait de distinction entre les deux hommes en requérant 20 ans de prison à l'encontre des prévenus. Soit la peine maximale. "Il est clair qu'il y avait une volonté commune de monsieur Ayari et de monsieur Abdeslam de détenir ces armes dans le cadre d'un contexte terroriste, a lancé Kathleen Grosjean, avançant que deux armes ont été utilisées lors de la fusillade. C'est une véritable scène de guerre à laquelle les policiers ont été confrontés (...) C'est un miracle qu'il n'y ait pas eu de morts." Après une suspension d'audience pendant deux jours, les débats devraient reprendre jeudi avec les plaidoiries des parties civiles. La justice devrait, elle, rendre son jugement dans le courant du mois d'avril.

Justine Chevalier