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Policiers brûlés à Viry-Châtillon: un an après, le point sur l'enquête

Le 8 octobre 2016, deux véhicules de police étaient pris d'assaut par un groupe d'individus cagoulés et munis de 13 cocktails Molotov.

Le 8 octobre 2016, deux véhicules de police étaient pris d'assaut par un groupe d'individus cagoulés et munis de 13 cocktails Molotov. - Thomas Samson - AFP

Il y a un an, deux voitures des forces de l'ordre et leurs quatre occupants étaient la cible de plusieurs cocktails Molotov. Deux policiers allaient être gravement brûlés.

C'était l'agression de trop, pour des policiers à bout de force. Il y a un an, le 8 octobre 2016, deux véhicules de police étaient pris d'assaut par un groupe d'individus cagoulés et munis de 13 cocktails Molotov, dans le quartier de la Grande-Borne à Viry-Châtillon, en Essonne. Deux membres des forces de l'ordre en ressortaient gravement brûlés, deux autres plus légèrement.

L'agression, dont l'enquête doit établir si elle répondait à l'installation d'une caméra de vidéosurveillance destinée à endiguer des vols violents à la portière, avait un immense retentissement et déclenchait une fronde inédite dans la police.

12 personnes en détention provisoire

Un an plus tard, selon les chiffres communiqués par le Procureur de la République d'Evry, Eric Lallement, 35 personnes ont été placées ont été placées en garde à vue. 18 ont été présentées aux magistrats instructeurs parmi lesquelles 17 ont été mises en examen du chef de "tentatives de meurtres sur personnes dépositaires de l'autorité publique commises en
bande organisée" et une a été placée sous le statut de témoin assisté. Tous étaient âgés de 16 à 21 ans lors de l'attaque. Douze d'entre eux sont toujours en détention provisoire.

La plupart appartiennent à une même bande, selon une source proche de l'enquête. Celle de la "S" comme "Serpente", du nom de la rue où ils avaient l'habitude de se rassembler. "Pas un gang à l'américaine", raconte un de leurs avocats, plutôt "des jeunes qui jouent au foot ensemble depuis petits" et fument la chicha.

Aucun n'a assumé le jet de cocktail Molotov

Dans le "village" de la "Grande Borne" -ou "GB", labyrinthe de 3.600 logements sociaux considéré comme l'une des cités les plus sensibles d'Île-de-France- de nombreux habitants les connaissent. Souvent sous leurs surnoms: "Lookaz", "Koosdar", "Dondon", "Toum's", "Ninio" ou encore "Roro".

Certains ont vécu leur première garde à vue avec cette affaire. D'autres avaient déjà un pedigree. Quatre d'entre eux ont été condamnés devant des tribunaux pour enfants à de la prison ferme pour des agressions violentes en 2015. Un cinquième s'est fait arrêter la même année en possession de cocktails Molotov.

Une violence qu'ils exercent aussi entre eux. "Roro" a été passé à tabac par d'autres membres de la "S" en décembre: les enquêteurs pensent qu'il en avait trop dit à une copine sur l'attaque.

Lors des auditions, les codes du quartier ont été diversement suivis. Beaucoup ont nié en bloc, d'autres ont reconnu leur présence, certains avoir lancé des pierres. Mais aucun n'a assumé le jet d'un cocktail Molotov.

Pas de preuves "irréfutables"

"Leurs déclarations sont fluctuantes. Ces gamins s'expriment mal et sont empêtrés dans les lois de la cité: même s'ils n'ont rien fait, ils sont prêts à se mettre en difficulté pour éviter d'être une balance", soupire un conseil.

Sans aveu, les enquêteurs ont réalisé un travail de fourmi pour recueillir "des indices concordants", mais "pas de preuves irréfutables", selon un policier, connaisseur du département. Aucun témoin visuel - les agresseurs étaient cagoulés et gantés -, une vidéosurveillance d'une piètre qualité, de l'ADN qui ne donne rien...

Sans compter l'omerta du quartier: l'appel à témoin et la gigantesque opération de porte-à-porte - 900 foyers interrogés - n'ont rien donné. "À la Grande Borne, personne ne peut se permettre d'être une poucave (de dénoncer, ndlr)", confie un proche d'un suspect.

Nouvelle greffe au visage pour le policier le plus touché

Les juges poursuivent leur instruction: plusieurs des mis en examen sont convoqués en octobre pour de nouvelles auditions et les premières confrontations. Le policier le plus gravement brûlé, lui, s'apprête à subir une nouvelle greffe au visage.

Pour l'heure, une seule chose paraît vraiment acquise: le compte n'y est pas. Sur l'une des rares vidéos exploitables du 8 octobre, on dénombrait 19 assaillants.

Jé. M. avec AFP