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Plateforme de signalement des discriminations: les syndicats de police en colère après l'annonce de Macron

La volonté d'Emmanuel Macron de créer une plateforme de signalement des discriminations a suscité l'indignation chez les forces de l'ordre ce vendredi. En guise de protestation, le syndicat Alliance appelle les forces de l'ordre à ne plus procéder au moindre contrôle d'identité.

La pillule ne passe pas chez les représentants des forces de l'ordre. Après l'annonce par Emmanuel Macron ce vendredi soir de la mise en place d'une plateforme de signalement des discriminations en réponse aux derniers faits de violences policières, les syndicats de police s'insurgent face à une décision qu'ils qualifient de honteuse.

"On fait notre travail correctement"

"C'est inacceptable d'avoir entendu ça", déclare sur notre antenne Denis Jacob d'Alternative Police - CFDT qui dit attendre plus de précisions de la part du président ou du ministre de l'Intérieur. "On ne peut pas laisser croire, quand on est chef de l'Etat, qu'il y aurait quelque chose d'institutionnalisé autour d'un contrôle ciblé des personnes", ajoute-t-il.

Et d'ajouter: "Le président veut que nous cessions les contrôles d'identité parce que Gare du Nord, Barbès ou la Goutte d'or à Paris, il y a de fortes probabilités que les contrôles soient plus sur des personnes de couleur que sur des personnes blanches."

Sur BFMTV, le secrétaire général du syndicat de police réclame en retour la mise en place d'"un système de statistiques ethniques comme en Angleterre afin que l'on puisse comparer proportionnellement ces soit-disants contrôle au faciès avec l'environnement où cela a été fait, la population qui y réside où y transite".

Appel à ne plus faire de contrôles d'identité

A l'unisson, les syndicats de policiers affirment ne pas pratiquer de contrôle au faciès: "On fait notre travail correctement. Ce n'est pas parce qu'on a une couleur de peau ou un nom à consonnance issue de l'immigration qu'on est plus contrôlé", défend Matthieu Valet, secrétaire national adjoint du syndicat indépendant des commissaires.

De son côté, le syndicat Alliance-Police s'indigne dans une vidéo des "allusions douteuses sur les actions des policiers" du président de la République et appelle, en signe de protestation, les forces de l'ordre à ne plus procéder au moindre contrôle d'identité.

"La présomption de culpabilité, de racisme et de contrôle au faciès n'aura pas lieu!", écrit ce vendredi soir le syndicat Alliance police nationale.

Les personnes de couleur "20 fois plus contrôlées"

Peu d'enquêtes permettent de refléter la réalité des contrôles policiers. Toutefois, une étude publiée en 2017 par le Défenseur des Droits, Jacques Toubon, esquisse l'état de la relation entre la police et la population au moment des contrôles d'identité. Il apparaît que 80% des individus qui correspondent au profil de "jeune homme perçu comme noir ou arabe" ont été contrôlés ces cinq dernières années, contre 16% pour le reste des personnes interrogées.

"Par rapport à l’ensemble de la population, et toutes choses égales par ailleurs, ces profils ont ainsi une probabilité 20 fois plus élevée que les autres d’être contrôlés", souligne le Défenseur des droits. 

La plateforme nationale de signalement des discriminations proposée par Emmanuel Macron, qui sera lancée à compter de janvier prochain, devra être gérée par l'Etat, le Défenseur des droits et des associations.

Hugues Garnier et Ambre Lepoivre