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Pédophilie dans l'Eglise: les évêques réfléchissent à un "geste financier" pour les victimes 

120 évêques catholiques de France se réunissent en assemblée plénière à partir de ce mardi à Lourdes.

120 évêques catholiques de France se réunissent en assemblée plénière à partir de ce mardi à Lourdes. - ILLUSTRATION - Jewel SAMAD / AFP

Les quelque 120 évêques catholiques de France, réunis en assemblée plénière à partir de ce mardi à Lourdes, vont aborder, jeudi, la possibilité de créer une possible allocation "financière" pour les victimes de pédocriminalité dans l'Église.

À partir de ce mardi à Lourdes, les quelque 120 évêques catholiques de France se réunissent en assemblée plénière. Ils vont notamment discuter, jeudi, de la mise en place d'une allocation "financière" pour les victimes de pédocriminalité dans l'Église, un mécanisme inédit en France. 

"La décision de principe est actée", a par ailleurs assuré Thierry Magnin, secrétaire général et porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF), à Franceinfo. Dans une vidéo, postée sur Twitter, il a assuré que l'Église va "continuer ce travail de lutte contre la pédophilie en lien avec des personnes victimes".

"Nous entendrons des groupes de travail qui s'occupent des thèmes de la mémoire, du geste financier, de la prévention et de l'accompagnement des prêtres qui ont été acteurs d'abus. Les évêques débattront de tout ça dans cette dynamique de désir d'être transparent, de faire le clair, pour trouver les moyens concrets d'avancer dans ce sens là", a-t-il poursuivi dans la vidéo. 

Une réparation financière réclamée par les associations

Lors d'un vote, samedi, l'épiscopat aura à se prononcer sur les modalités de cette "allocation de reconnaissance financière" de la souffrance vécue par les victimes. Les mesures de réparation financière sont réclamées avec force par les associations de victimes, en particulier quand les faits sont prescrits.

En avril, le président de la CEF, Eric de Moulins-Beaufort, tout juste élu, avait dit espérer que l'Église serait "capable de proposer un geste financier" à Lourdes cet automne.

Ce "geste fort de solidarité ne sera pas une indemnité", mais plutôt "un forfait, dont le montant fait partie des discussions" et qui pourrait être mis en oeuvre en "2020", a affirmé Thierry Magnin. 

"Il s'adressera à toutes les personnes reconnues comme victimes car déjà passées par des procédures de justice civile, et aux victimes dont les faits sont prescrits et qui se sont manifestées auprès des cellules d'écoute dans les diocèses", selon lui.

Lors du vote, les évêques devront également se prononcer sur la création d'un "fonds spécifique de dotation", alimenté par un appel aux dons, dont la forme est à définir, qui permettra de financer cette allocation. 

Une "allocation" et non une "indemnisation"

Ce dispositif, avant même d'avoir été voté, fait réagir plusieurs victimes qui travaillent avec l'épiscopat depuis un an sur ce chantier, notamment au sein d'un collectif intitulé "Foi et résilience".

"Le fait qu'ils prévoient une 'allocation' et non une 'indemnisation', laquelle les engagerait juridiquement, montre bien qu'ils n'assument pas la responsabilité collective de ce fléau", regrette ce lundi Olivier Savignac, membre de ce collectif.

"Or le plus important, c'est que l'Église reconnaisse que les agressions sexuelles n'étaient pas quelques cas isolés, mais bien un système dont toute l'institution a été responsable", renchérit Véronique Garnier, autre membre du collectif, qui sera présente jeudi à Lourdes. Selon elle, "un 'geste financier', c'est un peu condescendant. Nous ne souhaitons pas de la condescendance, mais une réparation juste". Elle salue toutefois le "dialogue entamé il y a un an".

Eric de Moulins-Beaufort, le président de la CEF, avait estimé en mai que la pédophilie dans l'Église était un "problème systémique" qu'il fallait "traiter comme tel".

Trois chantiers

Lors de l'édition de l'automne 2018 dans la cité mariale, les évêques avaient voté la création d'une commission chargée de faire la lumière sur les crimes commis par des clercs ou des religieux depuis la fin des années 1950.

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase) a, depuis, été mise sur pied et a démarré ses travaux en juin. Son président, Jean-Marc Sauvé, ex-vice-président du Conseil d'État, viendra en rendre compte jeudi devant les évêques. Lors de ses trois premiers mois d'activité, cette instance a reçu 2000 appels téléphoniques, mails et courriers et commencé à entendre 16 victimes ou témoins d'abus.

Cette question de la réparation financière des victimes de pédocriminalité est liée à trois autres chantiers sur lesquels planchent les évêques depuis un an: le travail de mémoire auprès des victimes, la prévention des actes pédophiles et enfin le suivi des prêtres coupables. Quatre victimes associées à ces groupes de travail seront présentes jeudi.

Différentes procédures d'indemnisation mises en place par l'Église, ou à son initiative, existent par ailleurs aux Etats-Unis, en Belgique ou en Suisse, mais pas encore en France.

Clément Boutin avec AFP