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Manifestation des policiers: pourquoi le mal-être est profond 

Les forces de l'ordre sont en colère. Et ont manifesté lundi soir sur les Champs-Élysées, à Paris. Effectifs insuffisants, politique du chiffre, manque de considération : le mal-être est profond.

Plusieurs centaines de policiers ont manifesté sur les Champs-Élysées à Paris, dans la nuit de lundi à mardi. En tenue civile, dans des véhicules banalisés ou appartenant à la flotte officielle de la police, gyrophares allumés, les représentants des forces de l'ordre ont perturbé pendant plus d'une demi-heure la circulation autour de l'Arc de triomphe ainsi que sur la plus célèbre avenue du monde.

"Cette manifestation, c'est peu de chose"

Le rassemblement a débuté un peu plus tôt devant l'hôpital Saint-Louis, dans le 10e arrondissement de Paris. C'est dans cet établissement de santé qu'est hospitalisé un adjoint de sécurité grièvement brûlé aux mains et au visage après avoir été attaqué le 8 octobre dernier par un jet de cocktail Molotov à Viry-Châtillon, dans l'Essonne.

Une manifestation rare pour les forces de l'ordre qui s'exposent ainsi à des sanctions en sortant de leur devoir de réserve.

"Il est surprenant que l'on s'étonne de la colère des policiers, remarque pour BFMTV.com Charles Pellegrini, ancien commissaire divisionnaire. Ils subissent des attaques qui ne seraient pas arrivées dans d'autres pays. Il n'y a que chez nous qu'il se passe des choses pareilles, cela dépasse l'entendement. On a tout de même essayé à deux reprises de faire brûler vif des policiers dans leurs voitures. Où va-t-on? C'est inadmissible. Cette manifestation, c'est peu de chose face aux agressions qu'ils subissent."

Un chef de service de la police assure même à BFMTV que le mouvement pourrait prendre de l'ampleur si les policiers n'étaient pas entendus.

"Ils sont insultés, attaqués, tués"

Par ce rassemblement exceptionnel, les policiers ont ainsi souhaité exprimer leur soutien à leur collègue blessé mais aussi faire éclater leur colère. Car selon eux, leurs conditions de travail se sont dégradées de manière significative. Dominique Rizet, consultant police-justice pour BFMTV, assure que le mal être est profond et ancien.

"C'est une accumulation de tout un tas de problèmes que l'on n'a jamais réellement traités. Il y a eu la réduction des effectifs sous le précédent gouvernement. Et même à l'époque, il n'y avait pas assez de policiers."

Le ras-le-bol est général. Avec le sentiment de ne pas être écouté.

"Ils sont insultés, attaqués, tués et ils ont l'impression que face à cela, il ne se passe pas grand-chose. Il leur faut des moyens, de l'écoute, qu'ils soient mieux considérés, ajoute Dominique Rizet. Souvenez-vous, après les attentats de janvier 2015, on avait acclamé les policiers dans Paris. Cela a bien changé. Maintenant, on les attaque dans les cités."

"On traînera un policier derrière une voiture"

Un malaise qui concerne aussi bien les non gradés que les cadres. Un commissaire divisionnaire assure à BFMTV que "la colère est profonde. Fatigue avérée et multitudes de missions vont faire du dégât".

Un policier habitué au terrain s'inquiète également d'une surenchère dans la violence. Il rappelle les récentes attaques qui ont visé les forces de l'ordre. Dont celle de Viry-Châtillon, durant laquelle 19 personnes, selon lui, ont attaqué les policiers au cocktail Molotov, "plus deux sur un scooter qui ont surveillé avant et pendant l'agression".

À Mantes-la-Jolie, des policiers ont été pris dans un guet-apens suivi d'échauffourées avec une centaine de jeunes dans le quartier sensible du Val-Fourré dans la nuit de samedi à dimanche. "La prochaine fois, on traînera un policier derrière une voiture", craint cet agent de police.

"Il y a une escalade impressionnante de la violence envers les policiers et de la volonté de tuer, dénonce Charles Pellegrini qui a dirigé l'Office central de répression du banditisme. La situation est exceptionnelle. D'autant que la violence et les actes de violences ne baissent jamais dans l'escalade."

"Aligner des statistiques"

Les forces de l'ordre accusent également leur hiérarchie d'être obsédée par la politique du chiffre et de nuire ainsi à leur travail. Selon Dominique Rizet, de nombreux chefs de service et commissaires souhaiteraient se concentrer sur autre chose que "d'aligner des statistiques".

Céline Hussonnois-Alaya