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Police-Justice

Manifestation à Paris: la nouvelle stratégie policière appliquée ce samedi a-t-elle fonctionné?

Les forces de l'ordre encadrent le cortège parisien contre la proposition de loi sur la "sécurité globale", le 12 décembre 2020.

Les forces de l'ordre encadrent le cortège parisien contre la proposition de loi sur la "sécurité globale", le 12 décembre 2020. - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Environ 3000 membres des forces de l'ordre ont été mobilisés à Paris, ce samedi. De nombreuses interpellations se sont déroulées en amont de la manifestation. Un succès selon Darmanin mais la stratégie ne fait pas l'unanimité.

Un scooter brûlé. C'est en somme, le matériel urbain vandalisé signalé par nos reporters ce samedi, en début de soirée à Paris, en fin de manifestation contre la proposition de loi sur la "sécurité globale". Le cortège, parti de la place du Chatelet, s'est dispersé dans le calme à République aux environs de 20 heures. Ce bilan n'a ainsi rien à voir avec les deux derniers samedis de mobilisation, qui s'étaient terminés par des scènes de vandalisme et de heurts avec les forces de l'ordre.

Autant de manifestants dans les rues

Le nombre de manifestants dans les rues de la capitale, s'élevant aux alentours de 5000, était le même ce samedi et le week-end dernier. Si la vidéo d'un manifestant frappé par des policiers alors qu'il jouait du tambour a vivement fait réagir, le bilan humain est globalement positif: aucun blessé grave n'est à signaler du côté des forces de l'ordre ni des manifestants, indique à notre antenne Mathieu Valet, secrétaire national adjoint du Syndicat indépendant des commissaires (SICP).

Avec une mobilisation constante, comment expliquer l'absence de débordements majeurs? D'abord, par l'impressionnant dispositif des forces de l'ordre déployées sur le terrain: 37 unités de forces mobiles, avec notamment des unités de la préfecture de police, des compagnies de CRS et les Brav (Brigade de répression de l'action violente) pédestres et motorisées ont été mobilisées.

Le "surnombre" pour "déstabiliser les black blocs"

Selon une source syndicale, 3000 policiers et gendarmes étaient présents pour le défilé parisien, soit environ 50% de plus que la semaine dernière. "Ca permet de mieux contenir et de mieux faire face à certaines situations", souligne à notre antenne notre consultant Sécurité Guillaume Farde.

"Il était temps qu'on comprenne qu'il fallait le surnombre et la mobilité pour déstabiliser les black blocs", a réagi auprès de l'Agence France-Presse (AFP) le délégué général du syndicat Alliance, Frédéric Lagache.

Un changement de stratégie a également été opéré en amont de la manifestation, où de nombreuses interpellations ont été réalisées puis signalées très tôt dans la journée. Tout l'après-midi, le ministre de l'Intérieur a publié un bilan des interpellations à Paris sur Twitter, évoquant 81 interpellations à 15h50, puis 119 à 17h50 et 142 à 19h. C'est près de trois fois plus que la semaine dernière, où 42 personnes avaient été arrêtées, et dont la plupart n'étaient pas des casseurs.

Des arrestations en amont

Ces interpellations en amont ont permis, selon les forces de police, d'empêcher les éléments violents de pénétrer dans le cortège et de saisir des armes par destination (tournevis, clés à molette...).

La doctrine déployée durant la manifestation a été "d'aller à la confrontation des personnes habillées en noir qui venaient pour casser ou pour s'en prendre aux magasins", explique Mathieu Valet. Une stratégie qui vise à "montrer la force pour éviter de l'utiliser", indique à BFMTV la préfecture de police de Paris. Cela s'est traduit sur le terrain par des offensives de fonctionnaires vers les manifestants pour casser le cortège et en extraire les fauteurs de trouble.

Des "charges injustifiées"

Une solution efficace, à en juger le peu de débordements mais qui ne fait cependant pas l'unanimité. La députée de la France insoumise Danièle Obono s'est par exemple insurgée contre un "nassage, [l']interdiction de rentrer/sortir du cortège [et les] charges injustifiées" de la police.

Enfin, le rôle du renseignement est également à remarquer, selon le secrétaire national adjoint du SICP. Ce dernier souligne le travail de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris et du renseignement territorial sur le suivi des personnes d'extrême-gauche, comme d'extrême droite, qui a connu "des marges de progression" récemment, assure-t-il.

"Force est restée à la loi", s'est réjoui sur Twitter le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, pour qui "la stratégie de fermeté anti-casseurs (...) a permis de les empêcher" de commettre des violences. Mais pour le représentant syndical Mathieu Valet, il ne faut pas se réjouir trop vite. "Un samedi n'illustrera pas tous les samedis", prévient-il.

Esther Paolini Journaliste BFMTV