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Les plus grandes affaires d'enlèvements en France

Illustration, AFP.

Illustration, AFP. - -

Ce lundi à Nice, la riche hôtelière Jacqueline Veyrac a été enlevée devant son domicile par des malfaiteurs. S'en prendre à de riches personnalités reste une spécialité des malfrats: retour sur les plus grandes affaires d'enlèvements en France.

Le kidnapping est spectaculaire. Ce lundi à Nice, une vieille dame est enlevée alors qu'elle stationne dans son véhicule 4x4 en bas de chez elle, dans une rue bondée. Des individus l'ont forcée à monter à bord d'un véhicule utilitaire. La victime n'est pas n'importe qui, encore moins choisie au hasard. Il s'agit de Jacqueline Veyrac, 76 ans, dirigeante de l'hôtel de luxe Le Grand Hôtel, à Cannes, déjà victime il y a quelques années d'une tentative de rapt. Une enquête a été ouverte pour enlèvement et séquestration en bande organisée. 

Aujourd'hui en France, la règle est simple: plus aucune rançon n'est versée. Si les enlèvements crapuleux de ce type sont de plus en plus rares dans le pays, ils ont connu leur âge d'or les années 70. 

Décembre 1975, un PDG enlevé en pleine réunion 

Nous sommes le 31 décembre 1975. Alors que Louis Hazan, le président de la firme Phonogram, pense faire une dernière réunion avant le réveillon, il est enlevé par six hommes armés en plein conseil d'administration. Immédiatement, une rançon est exigée: 15 millions de francs. Mais ce rapt n'a rien de classique. Faux ordre de virement avec fausse signature de Louis Hazan ou explosion d'une bombe devant la société, l'homme d'affaires a déjà été victime de malfrats.

Les rumeurs les plus folles circulent alors dans les médias. Il s'agirait d'une action terroriste pour rançonner la puissante société Phonogram, filiale de Philips, ou d'une étrange affaire de show-business. 

En janvier 1976, le ministère de l'Intérieur prend une décision qui va bousculer les événements: il n'y aura désormais plus de versement de rançon en cas de kidnapping. La police accélère la procédure et le soir même, arrête deux ravisseurs au cours de la remise de rançon.

Le lendemain, les enquêteurs découvrent Louis Hazan bâillonné, ligoté et enfermé de le placard d'une propriété à Tremblay-les-Villages, dans l'Eure-et-Loir.

Si cinq ravisseurs sont arrêtés dans la foulée, l'affaire est loin d'être résolue. Les inculpés se revendiquent d'extrême droite ou appartenant à la mafia italienne, un sac de nœuds impossible à démêler pour la police. Par ailleurs, l'un des ravisseurs en fuite, Jacques Prévost, est un ancien militant de l'OAS (Organisation de l'armée secrète), il a été impliqué dans l'attentat du Petit-Clamart, contre le Général de Gaulle en 1962. 

300 millions de francs revendiqués par des révolutionnaires argentin

Le 13 avril 1977, le PDG de Fiat France, Luchino Revelli-Beaumont est enlevé devant son domicile, rue de la Pompe à Paris. Quelques jours après, arrive une lettre de revendication de la part du Comité pour l'Unité socialiste révolutionnaire, un groupuscule révolutionnaire argentin. La lettre est accompagnée d'une demande de rançon de 300 millions de francs. 

Le groupe argentin cherche à utiliser la presse, qui publie des communiqués pour exprimer leurs revendications ouvrières, proférer des menaces et réclamer de l'argent. 

Plus de 600 policiers sont alors mobilisés pour retrouver le patron, qui sera relâché en plein Paris après 89 jours de séquestration et une rançon de 2 millions de dollars payée à Genève.

L'affaire n'est résolue que partiellement 8 ans plus tard avec le jugement de deux des sept exécutants. Mais en 2007, un nouveau volet s'ouvre lorsque Luchino Revelli-Beaumont donne son accord pour que sa fille Laura engage en France une action pour "faute lourde d'Etat" afin de faire la lumière sur certaines facettes de cette histoire.

Une affaire relancée à la suite du coup de fil d'un journaliste d'investigation à Laura Revelli-Beaumont, la fille de l'homme d'affaires. Le journaliste dit avoir la preuve que le cerveau de l'enlèvement est en fait Hector Villalon, un ancien conseiller du célèbre général argentin Juan Peron, renversé en 1975 et contraint à l'exil. 

La phalange du baron envoyée à la police 

Les rapts s'enchaînent mais ne se ressemblent pas. Au début de l'année 1978, c'est l'affaire Empain défraie la chronique. Le baron Empain, issu de la noblesse belge, riche hériter et président-directeur général du groupe Empain-Schneider est enlevé dans des conditions similaires à l'enlèvement de Jacqueline Veyrac ce lundi. Alors qu'il quitte son domicile du 16e arrondissement de la capitale dans une Peugeot 604 grise avec son chauffeur, la voiture s'arrête car un cyclomoteur est couché en travers la route. Une fois la voiture stoppée, le motard masqué et des hommes armés sortent d'une estafette, éjectent le chauffeur du véhicule et s'emparent de la voiture. Menotté, bâillonné et les yeux recouverts de sparadrap, le baron est kidnappé dans sa propre voiture. 

Dès le lendemain, le 24 janvier 1978, la radio RTL reçoit un appel revendiquant le rapt:

"Nous, Noyaux armés pour l'autonomie populaire, revendiquons l'enlèvement du baron Empain. Nous exigeons la libération de nos camarades avant mercredi 4, sinon nous tuerons le baron. D'autres patrons suivront..."

Il s'agit en fait d'une fausse piste distillée par les ravisseurs. Le chef d'entreprise est détenu dans une galerie souterraine longue de plusieurs kilomètres, sans eau si ni chauffage, enchaîné à la cheville. Ses ravisseurs, souhaitant prouver qu'ils détenaient le baron, sont allés jusqu'à lui couper une phalange qu'ils ont envoyée à la police. Après 63 jours de séquestration, le kidnappé est enfin relâché, lorsque la police met en scène une fausse remise de rançon. 

Jouer le vacancier sous la menace des armes 

En juillet 2005 à Toulouse, un riche homme d'affaires rentre de sept semaines de vacances en Espagne. Tout du moins c'est ce qu'il raconte à son entourage. Mais son banquier lui est inquiet, des flux d'argents inhabituels ont lieu sur son compte, il demande l'ouverture d'une enquête. Face aux gendarmes, l'homme d'affaires reste d'abord mutique, mais les enquêteurs flairent quelque chose, ils insistent et poussent l'homme à se confier.

Quand l'homme se met à parler, son histoire est stupéfiante. 

En lieu de vacances il s'agit en fait d'un kidnapping de 7 semaines, de la France au sud de l'Espagne. L'homme est enlevé à Toulouse par plusieurs hommes, qui dérobent aussi dans sa maison sa carte bancaire, son téléphone portable et d'autres objets du quotidien. Le but est simple: faire croire à un départ en vacances.

Puis le calvaire commence. Ses ravisseurs lui extorquent de l'argent, avec lequel ils achètent un camping car pour rouler dans le sud de l'Espagne. Il doit jouer les vacanciers, on le force à envoyer des messages et à téléphoner à sa femme. L'homme de 56 ans multiplie les virements sous la contrainte hommes armés, tantôt séquestré dans le véhicule, tantôt dans des caves, n'ayant aucune idée d'où il se trouve. L'eau et la nourriture manquent. 

Lorsqu'il réalise où il est, l'homme, dont l'identité n'a pas été révélée à la presse, se trouve dans un petit village espagnol du nom de San Pedro d'Alcantara. Il a déjà déboursé plus d'un millions d'euro. Les malfaiteurs le relâchent enfin avec un mot d'ordre: un mot, et c'est la mort.

"Si tu veux rester en vie, c'est 100.000 € par semaine, jusqu'à deux millions". 

Lorsqu'elle s'est enfin décidé à parler aux gendarmes, la victime a été expédiée loin de chez elle, pour sa sécurité, le temps de traquer les malfaiteurs. Le 7 septembre suivant, des malfrats au lourd passé judiciaire ont été arrêtés en Espagne et à Toulouse, offrant enfin la liberté à l'homme d'affaire terrorisé.
Marine Henriot