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Les coulisses de la traque des frères Clain, cible numéro 1 de l'antiterrorisme

La frappe de la coalition internationale contre ceux que l'on présente comme "les voix de Daesh" illustre le combat pour éliminer les derniers irréductibles jihadistes encore présents sur zone.

Leur nom revient dans de nombreuses affaires de terrorisme. Les frères Clain ont été ciblés par une frappe de la coalition internationale. Prudente, la ministre des Armées Florence Parly a déclaré sur Twitter qu’il était “possible” que Fabien Clain, la voix des attentats du 13 novembre” ait été tué. Son frère, Jean-Michel, serait lui, gravement blessé.

"Confetti assiégé"

Paris attend une preuve matérielle, à savoir une trace d’ADN, pour annoncer son décès avec certitude. Cette attaque, qui s’annonce comme une victoire de la coalition internationale contre Daesh illustre la traque continue des jihadistes encore sur zone.

La recherche des figures du mouvement a bien changé depuis que le territoire du califat est devenu “un confetti assiégé”, selon Nicolas Hénin, président de la société de conseil Action résilience et auteur de Comprendre le terrorisme, contacté par BFMTV.com.

Alors qu’avant Daesh contrôlait une zone équivalente à la Grande-Bretagne, avec une frontière avec la Turquie qui facilitait les allées et venues, la coalition a désormais un territoire étroit à surveiller.

Filature des cibles de haute valeur

La présence des frères Clain a été repérée il y a quatre jours à Baghouz, au nord-est de la Syrie grâce à une conjonction de moyens:

“Les techniques de renseignement militaire complètent le renseignement humain, avec les interrogatoires des civils et combattants exfiltrés de la zone”, explique Nicolas Henin.

Les drones et les avions de renseignement fournissent des images afin d’appréhender l’environnement de la cible. Établir son agenda, sa routine permet de mettre rapidement en place “une filature des cibles de haute valeur au sein du territoire ennemi”, ajoute ce fin connaisseur du théâtre irako-syrien.

Sur place, Nicolas Henin assure que les pays mutualisent leurs forces: “C’est un travail d’équipe”. Les heures de vol sont partagés entre les différents pays de la coalition, avec l’aide des forces arabo-kurdes. “Les frères Clain étaient une cible prioritaire pour les Français, mais chaque pays a les siennes.”

Ils établissent les objectifs des missions en fonction des opportunités. Pour ces deux membres historiques de la filière jihadiste de Toulouse, le moment opportun était, selon nos informations, le 20 janvier.

Baghouz, “ville fantôme”

Lors de la frappe, notre envoyée spéciale, Amélie Rosique était à trois kilomètres de Baghouz, qu’elle qualifie de “ville fantôme”:

“Dans la journée nous avons entendu des échanges de tirs réguliers puis dans la nuit une frappe aérienne. Nous supposons que c’est lors de ce bombardement que Fabien Clain a été tué et son frère blessé.”

Fallait-il, comme l’auraient voulu des familles de victimes du 13-Novembre, capturer Fabien et Jean-Michel Clain vivant ? Bien qu’étant une source précieuse d’informations pour la justice, la question ne se pose pas selon Nicolas Hénin: “Aussi longtemps que la personne est active sur le champ de bataille, c’est une cible”, tranche-t-il.

L’objectif est donc claire: neutraliser les derniers djihadistes, ces irréductibles de Daesh, qui selon nos informations sont majoritairement des étrangers. Avec une difficulté majeure, précise Nicolas Henin: celle d’établir avec certitude le décès. “Sans preuve concrète, ils resteront présumés morts”. Et continueront donc, de remplir le registre des fichiers de personnes recherchées.

Esther Paolini