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Attentats à Paris: l'ombre des frères Clain, jihadistes français de la première heure

Une photo non datée de Fabien Clain, qui a revendiqué dans un enregistrement audio les attentats à Paris.

Une photo non datée de Fabien Clain, qui a revendiqué dans un enregistrement audio les attentats à Paris. - AFP

Les voix de Fabien et Jean-Michel ont été identifiées sur un enregistrement audio de revendication des attentats, diffusé par l'Etat islamique. Ils sont désormais recherchés.

Une semaine après les attentats, l'enquête dévoile petit à petit les ramifications et les protagonistes derrière ces opérations terroristes. Outre les sept kamikazes tués, Abdelhamid Abaaoud, le commanditaire présumé, a été abattu mercredi lors de l'assaut à Saint-Denis. Mais il reste encore des suspects en vie. Parmi eux, Salah Abdeslam, sous le coup d'un mandat d'arrêt international, ou encore les frères Clain, Fabien et Jean-Michel.

La voix de ces deux frères français a été formellement identifiée par les enquêteurs sur une revendication audio des attaques de Paris par Daesh. L'homme qui lit le texte d'une voix posée, se réjouissant de la mort des "idolâtres" du Bataclan, est Fabien, 37 ans. Celui qui chante au début et à la fin d'une voix venimeuse et lancinante est son cadet, Jean-Michel, 35 ans. Tous deux sont désormais recherchés.

Les investigations doivent déterminer "quel a été le rôle des deux frères Fabien et Jean-Michel Clain qui ont pu revendiquer ces actes dans un message audio", a indiqué jeudi François Molins, le procureur de la République de Paris, tandis que Manuel Valls a sous-entendu la possibilité qu'il y ait non pas un, mais plusieurs "cerveaux" derrière les attentats.

"Il parlait de mourir en martyr"

Fabien Clain, d'origine réunionnaise, est un jihadiste français, pilier de la mouvance toulousaine des Merah, avec des attaches en Normandie, où lui et son frère ont passé une partie de leur jeunesse. Fabien Clain n'appartient pas à la génération des jihadistes partis en Syrie après un embrigadement éclair par internet, dotés d'un bagage religieux sommaire: son profil et son passé en font un mentor naturel pour les plus jeunes.

"En public c'est quelqu'un qui parle comme un mage, un poète. C'est un séducteur. Il ne s'énervait jamais. Il parlait de mourir en martyr, alors qu'ici on a tout ce qu'il faut. Mais il ne s'adressait pas à nous, il allait plutôt vers des gens isolés. Ça fait peur. Nous, on combat ces gens-là", expliquent de jeunes musulmans normands de 25 et 30 ans, qui l'ont connu.

Converti à l'islam dans les années 90, Fabien semble s'être radicalisé dans la première moitié des années 2000, comme son frère Jean-Michel, 35 ans. Il appartient alors à un groupe de jeunes salafistes radicaux qui fréquentent la salle de prières de Bellefontaine à Toulouse jusqu'en 2005. "C'était quelqu'un qui faisait gentil, affable, souriant, je n'ai jamais eu de discussion dogmatique ni quoi que ce soit avec lui", se souvient l'imam, Mamadou Daffé.

La cellule d'Artigat, lien entre les Clain et les Merah

A Toulouse, portant la barbe et la djellabah, les deux frères tiennent un stand de vente d'objets islamiques sur les marchés, rapporte Le Monde. Leurs épouses portent, elle, la burqa. Le clan se rapproche d'Olivier Corel, dit "l'Emir blanc", un guide spirituel auto-proclamé qui tient des sessions d'enseignement religieux dans sa ferme ariégoise, dans le village d'Artigat.

Là-bas se retrouvent plusieurs jeunes qui vont former l'un des groupes les plus dangereux du jihadisme français. Parmi eux, les frères Clain, mais aussi les frères Merah, Abdelkader et Mohamed. Rapidement, Fabien Clain prend l'ascendant intellectuel sur les autres. Lorsque deux membres du groupe sont interceptés en Syrie en décembre 2006, il est présenté comme "organisateur" et condamné à cinq ans de prison ferme en 2009.

A sa libération à l'été 2012, Fabien Clain ne s'installe pas à Toulouse mais revient en Normandie. Il a encore sur place un appartement, et son nom est toujours sur sa boîte aux lettres, qui déborde de courrier, a constaté mercredi une journaliste de l'AFP. Fabien Clain était de nouveau réapparu sur les radars des enquêteurs français, en avril, cette fois dans l'enquête sur le projet avorté d'attaque d'une église à Villejuif. Le parcours de son frère, en revanche, est plus mystérieux. 

Alexandra Gonzalez