BFMTV

"Le pavé, c'était un souvenir pour mon fils": les gilets jaunes à l'heure du jugement

Vingt personnes étaient jugées après les violences en marge de la mobilisation des gilets jaunes à Paris.

Vingt personnes étaient jugées après les violences en marge de la mobilisation des gilets jaunes à Paris. - Zakaria Abdelkafi - AFP

Vingt personnes étaient jugées ce lundi après-midi au tribunal correctionnel de Paris pour les violences commises en marge de la mobilisation des gilets jaunes samedi sur les Champs-Élysées. Des hommes et des femmes jusqu'alors inconnus des services de police qui n'ont rien du profil des casseurs.

"Oui, je le réaffirme, les violences commises sur les Champs-Élysées ont été initiées par des membres de l'ultra-droite, au début du rassemblement", assurait encore dans la matinée Laurent Nunez, le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur. Une affirmation qui était loin de refléter le profil des vingt personnes qui comparaissaient ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris 48 heures après les violences qui se sont produites en marge de la manifestation des gilets jaunes qui a dégénéré sur la "plus belle avenue du monde" samedi après-midi.

La grande majorité des affaires a été renvoyée à une date ultérieure, le 7 janvier, le temps pour les prévenus de préparer leur défense. Pour ceux qui ont souhaité être jugés, des peines de prison ferme avaient été requises. Seul du sursis a été prononcé: deux et trois mois de prison avec sursis pour deux jeunes hommes porteurs d'arme - des couteaux - au moment de leur interpellation. Un troisième prévenu a été condamné à 70 heures de travaux d'intérêt général pour recel de vol. Lors des violences, il avait ramassé un parfum et un gel douche Dior.

"C’était totalement idiot, j’ai ramassé un parfum dans la boutique, une crise d’opportunisme, je ne sais pas comment dire ça, je ne l’aurais pas revendu, je n’en aurais pas eu l’utilité", a déclaré Tom, 22 ans, chevelure bouclée noire et intérimaire au Futuroscope de Poitiers.

Petits boulots et APL

Comme Tom, Anthony, Jérémy, Yanna, Rudy et Loïc sont poursuivis pour "participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations". La totalité des prévenus, arrêtés avec des couteaux, pavés, lunettes de protection ou bombe de peinture, ne sont pas parisiens. Certains sont mobilisés depuis plusieurs jours.

"J’ai manifesté contre la dégradation des services publics", assure Loïc. Barbe bien fournie, t-shirt rouge mettant en avant sa carrure, l'homme de 40 ans est surveillant à la prison de Fresnes.

Juste avant lui, Anthony, 25 ans, réclamait la clémence du tribunal correctionnel de Paris, et un placement sous contrôle judiciaire dans l'attente de son procès, car ce qu'il veut "c’est retourner à (son) travail". Tous ont plaidé leurs intentions "pacifiques" de manifester aux côtés des gilets jaunes.

Aucun message politique ne ressort de leur discours, ne permettant à aucun moment les classer dans les rangs de l'extrême droite ou de l'ultra-gauche. Ils défilent un à un dans le box des prévenus. Devant le micro, sans aborder la fameuse journée de samedi, ils détaillent leur situation personnelle, tout en regrettant leur présence devant le tribunal ce lundi. L'un a enchaîné les petits boulots, de cariste, d'élagage ou dans une serre avant d'obtenir un diplôme de courtier en assurance, l'autre vit des APL, un autre est encore intérimaire. Passés 20 voire 30 ans, pour certains, ils vivent encore chez leurs parents. Un dernier vit dans son camion en Ardèche.

Un pavé comme "souvenir"

Vient le cas de Typhaine. Il a 26 ans et souhaite être jugé. Comme la quasi-totalité des prévenus, il n'a pas de casier judiciaire. L'homme, au visage anguleux, vit à Thonon-les-Bains en Haute-Savoie. S'il est "monté" à Paris samedi, c'était pour montrer son "mécontentement". Son profil surprend. Seulement diplômé d'un brevet des collèges, le jeune homme, père d'un enfant, gagne 8.000 euros par mois "avec les commissions" comme conseiller financier de l'autre côté de la frontière suisse.

"Je n'ai rien cassé", maintient-il. "Je suis simplement venu pour manifester, je suis conseiller financier. Mais je comprends que ce que j’avais dans mon sac peut faire penser à ça."

Lors de son interpellation, Typhaine était porteur de clous, d'un opinel et d'une matraque de policier. Pour les clous, il a raconté les avoir dans sa poche depuis les derniers barrages auxquels il a participé la semaine passée dans sa région. L'opinel? "C'était pour manger. En Haute-Savoie, on casse la croûte sur la route", décrit-il, avec la simplicité. La matraque? Il l'a ramassée après qu'un groupe a attaqué une voiture de police pour la ramener comme "souvenir". "Le pavé, c'était un souvenir pour mon fils", abonde dans le même sens Anthony, 33 ans, lui-aussi porteur d'un couteau comme "tous les jours".

"Sans faire du parisianisme, il fait partie de ces personnes dans les milieux ruraux qui portent des couteaux pour leur travail", va plaider son avocat. "C'est sûr et certain qu'à partir d'aujourd'hui, les couteaux resteront dans la cuisine", conclura Anthony.
Justine Chevalier