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Gilets jaunes: que risquent les deux policiers renvoyés en correctionnelle pour des violences à Paris?

L'un est poursuivi pour avoir giflé un gilet jaune, l'autre pour avoir jeté un pavé sur les manifestants.

Pour la première fois depuis le début du mouvement des gilets jaunes, qui s'apprêtent à fêter ses un an le 17 novembre, deux policiers ont été renvoyés en correctionnelle, a annoncé jeudi le procureur de Paris Rémi Heitz. Tous deux comparaissent pour violences volontaires pour des faits survenus lors des manifestations du 1er mai, marquées par de nombreux débordements.

Le premier policier est accusé d'avoir giflé un gilet jaune et comparaîtra pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique ayant entraîné une incapacité supérieure à huit jours". Pour ces faits, le fonctionnaire de police risque jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende.

Le second policier est accusé d'avoir jeté un pavé sur des manifestants et est donc poursuivi pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique n'ayant pas entraîné d'incapacité". Il risque ainsi jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende.

Les deux scènes avaient été filmées et massivement relayées sur les réseaux sociaux.

"Il n'y a ni victime ni plaignant", estime SGP Police FO

Invité de BFMTV ce vendredi, Grégory Joron, secrétaire général adjoint du syndicat SGP Police FO, a défendu le policier poursuivi pour avoir jeté un pavé sur des manifestants parisiens après un "énième week-end" de mobilisation et de "stress accumulé". Il assure que son collègue, qu'il connaît bien, a été "surpris" et "très affecté" de savoir qu'il allait être jugé en correctionnelle.

"Si on recontextualise tout (...) il n'y a ni victime ni plaignant. (...) Il sait que son geste n'était pas approprié ni adéquat. Mais encore une fois, on recontextualise et quelques minutes auparavant, il a vu son officier se prendre un pavé au milieu du casque", raconte-t-il.

À noter que pour des faits similaires, un père de famille gilet jaune de 34 ans qui manifestait en janvier à Strasbourg avait écopé de huit mois de prison ferme. Il avait jeté un pavé sur les forces de l'ordre, sans, lui non plus, faire de blessés.

409 plaintes et enquêtes déposées

Mais ces poursuites ne sont pas pour calmer la grogne des gilets jaunes. En un an, l'IGPN a vu affluer le nombre de dossiers pour violences policières. Pourtant les chiffres révèlent que très peu de plaintes ont donné lieu à des poursuites. En tout, 409 plaintes et enquêtes ont été déposées contre des policiers, 313 ont été confiées à l'IGPN, 146 ont été clôturées et 54 ont été classées sans suite. 

"Deux policiers, sur 2000 blessés alors qu'il y a des caméras partout, surtout à Paris, je pense que c'est volontaire que les autres (dossiers, NDLR) passent à la trappe. Notre justice en France, c'est deux poids deux mesures", déplore au micro de BFMTV Antonio Barbetta, ancien gilet jaune blessé.

Hugues Vigier, avocat de Christophe Dettinger, gilet jaune condamné pour avoir frappé un policier, partage ce point de vue:

"Pour les gilets jaunes, les poursuites sont presque toujours immédiates. Et pour tous les actes reprochés à des policiers, voilà qu'on considère qu'il faudrait six mois, dix mois, un an, avec aujourd'hui quelques poursuites."

D'après les chiffres du ministère de l'Intérieur, arrêtés au mois de mai, 2448 manifestants et 1797 membres des forces de l'ordre ont été blessés. Selon le décompte du journaliste indépendant David Dufresne, 24 personnes ont été éborgnées depuis le début du mouvement le 17 novembre. Parmi elles, cinq ont perdu une main, un a été amputé d'un testicule, et un autre a perdu l'odorat.

Juliette Mitoyen