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Dupont de Ligonnès: cinq meurtres, une disparition, et une énigme

Xavier Dupont de Ligonnès, lors d'une fête country à Nantes, en 2007.

Xavier Dupont de Ligonnès, lors d'une fête country à Nantes, en 2007. - AFP

Le 21 avril 2011, cinq corps étaient retrouvés dans la maison familiale des Dupont de Ligonnès, à Nantes. Depuis, le père est porté disparu, après avoir fui dans le sud. Retour sur cette énigme criminelle.

Un père en cavale, croulant sous les dettes, sa femme et ses quatre enfants retrouvés morts sous la terrasse de la maison familiale, de mystérieuses lettres, quelques traces de sang dans la cuisine... Quatre ans après les faits, l'énigme criminelle de la famille Dupont de Ligonnès reste indéchiffrable.

L'enquête pourrait connaître un nouveau rebondissement cette semaine: mardi soir, un promeneur a retrouvé en forêt des ossements humains dans un "camp de survie" à l'abandon, dans une grotte. Or, c'est précisément à quelques kilomètres de là que le père de famille, Xavier, avait été aperçu pour la dernière fois, le 15 avril 2011, sur le parking d'un hôtel de bord de route. Depuis, les très nombreux signalements et les pistes suivies par les enquêteurs n'ont jamais permis de retrouver sa trace.

Les meurtres

Retour sur cette affaire hors norme. La famille Dupont de Ligonnès, catholique pratiquante, donne l'image d'un couple et d'une fratrie heureux et soudés. Sous la couche de vernis, l'épouse, Agnès, est pourtant au plus mal depuis des années. Sur un forum internet, en 2004, elle se plaignait déjà du caractère "trop dur" de son mari. "Lui demander s'il est heureux? La réponse est la même: 'Oui oui mais si on pouvait tous mourir demain, quel pied…' Encourageant, hein?". Les finances, elles, sont au plus bas en 2011. Xavier a contracté de nombreuses dettes, y compris auprès de ses amis. Il continue pourtant de mener un train de vie aisé. Les apparences primant sur le reste.

Le 3 avril 2011, Xavier, sa femme Agnès, et trois de leurs enfants vont dîner dans un restaurant à Nantes, où ils habitent. Le soir, en rentrant, le père appelle sa soeur Christine, et lui laisse un message sur son répondeur, d'un ton très enjoué. "On était au cinoche en famille (...) Si ce n'est pas trop tard, tu me rebipes, et je te rappelle. Là je vais coucher les enfants, dire bonsoir à tout le monde. A tout de suite...peut-être!"

Un message qui, des années après, glace le sang. Xavier Dupont de Ligonnès est soupçonné d'avoir tué sa famille ce soir-là. Tous ont reçu au moins deux balles dans la tête. Le lendemain soir, le père retrouve l'aîné de la famille, Thomas, qui vivait à Angers pour suivre ses études. Tous deux dînent dans un bon restaurant, mais resteront "relativement silencieux", selon des témoins. Thomas sera lui aussi retrouvé mort de deux balles dans la tête.

Les lettres

Pour cacher ces disparitions, Xavier Dupont de Ligonnès met en branle une incroyable machination: il envoie de nombreuses lettres aux établissements scolaires, à l'employeur de son épouse, ou encore à leurs amis, évoquant ici une mutation professionnelle urgente en Australie, là une exfiltration secrète aux Etats-Unis dans le cadre du programme de protection des témoins.

"Coucou tout le monde! Méga surprise: nous sommes partis en urgence aux USA", commence ainsi une des lettres, écrite à ses proches. Le post-scriptum glace là encore le sang: "PS: inutile de s'occuper des gravats et autres bazars entassés sous la terrasse, c'était là quand nous sommes arrivés ici". Le 21 avril, les enquêteurs découvriront les restes humains de la famille sous cette terrasse, enterrés sous une couche de chaux.

Commence alors une chasse à l'homme en France pour retrouver le père de famille, rapidement devenu suspect n°1 dans l'affaire. Mais il est déjà trop tard: la dernière trace remonte au 15 avril. Xavier Dupont de Ligonnès est filmé en train de quitter un hôtel Formule 1 à pied, dans le Var. La veille, une autre caméra de surveillance le saisit devant un distributeur de banque à Roquebrune-sur-Argens, où il ne retire que trente euros. Depuis, rien.