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Police-Justice

Dissolution du CCIF : un syndicat d'avocats dénonce "une grave atteinte aux libertés publiques"

Gérald Darmanin - Image d'illustration

Gérald Darmanin - Image d'illustration - THOMAS COEX © 2019 AFP

Gérald Darmanin avait accusé l'association d'être "manifestement impliquée" dans le meurtre de Samuel Paty.

Moins de deux semaines après l'annonce de sa dissolution par Gérald Darmanin, le CCIF (Collectif contre l'islamophobie en France) n'a pas dit son dernier mot. Ce lundi, le Syndicat des avocats de France (SAF, classé à gauche) a dénoncé sa disparition en estimant que cette mesure constituait "une grave atteinte aux libertés publiques et à la démocratie."

"Dissolution inquiétante"

Dans un communiqué publié ce jour, le SAF a estimé que "le gouvernement sanctionne en réalité un délit d'opinion" et que "la liberté d'association et la liberté d'expression sont au coeur de tout Etat démocratique. Elles impliquent la faculté de contester l'état du droit, l'action politique et les décisions judiciaires", a rappelé le syndicat.

De son côté, le gouvernement avait expliqué cette dissolution en l'accusant de propager "avec constance une action de propagande islamiste."

"Cette dissolution administrative est d'autant plus inquiétante qu'aucune poursuite pénale n'a jamais été engagée contre l'association. L'action administrative prend ainsi le pas sur la justice", a encore regretté le SAF.

Mise en garde

Dans la suite du communiqué, le SAF estime que "la lutte légitime contre le terrorisme ne doit pas conduire à porter atteinte à la liberté d'expression de toutes celles et ceux qui luttent contre les discriminations, contestent l'affaiblissement des libertés individuelles et collectives, dénoncent les états d'urgences permanents et la surveillance généralisée de la population."

"A poursuivre sur cette lancée, de nombreuses associations, syndicats ou partis politiques, attachés à la défense des libertés publiques pourraient être dissoutes demain", a mis en garde le syndicat.

Le CCIF était dans le viseur du gouvernement depuis l'assassinat de Samuel Paty, un professeur d'histoire décapité le 16 octobre après avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait accusé l'association d'être "manifestement impliquée" dans le meurtre de l'enseignant, la décrivant comme une "officine islamiste" oeuvrant "contre la République". Le CCIF a réfuté ces accusations et a annoncé qu'il contesterait sa dissolution, dénonçant un abus de pouvoir du gouvernement.

Créé au début des années 2000, le CCIF se présente comme une "association de défense des droits humains dont la mission est de combattre l'islamophobie".

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier avec AFP Journaliste BFMTV