BFMTV

Dieudonné a écrit une lettre à Salah Abdeslam en prison

L'humoriste Dieudonné M'bala M'bala au palais de justice de Paris le 12 mars 2015.

L'humoriste Dieudonné M'bala M'bala au palais de justice de Paris le 12 mars 2015. - Loïc Venance - AFP

Selon des informations du Parisien ce lundi soir, l'humoriste polémique Dieudonné a écrit une lettre à Salah Abdeslam, seul membre encore en vie du commando terroriste ayant perpétré les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, pour solliciter une entrevue. Sa demande pour rencontrer le jihadiste a été rejetée par le juge d'instruction.

En 2013, l'humoriste controversé Dieudonné, plusieurs fois condamné par la justice pour injures et provocations à la haine raciale, s'affichait aux côtes du terroriste Carlos. Quatre ans plus tard, et dans une plus grande discrétion, il a écrit une lettre à Salah Abdeslam, dernier membre encore en vie du groupe jihadiste qui a mené les attentats parisiens le 13 novembre 2015, courrier qu'il lui a adressé dans sa prison de Fleury-Mérogis, dans l'Essonne, selon une information du Parisien ce lundi soir. 

Une lettre datée du 30 septembre 

Le pli, en date du 30 septembre et reçu par le détenu au début du mois d'octobre, se présentait sous la forme d'une lettre dactylographié, longue d'une page. Le but poursuivi par Dieudonné était d'obtenir l'accord de Salah Abdeslam pour une entrevue. Cet entretien visait à nourrir un livre que l'ancien comparse d'Elie semoun dit écrire avec deux coauteurs et intitulé: Comment arrêter les attentats en France? Il décrivait ainsi ses motivations à Salah Abdeslam:

"Nous ne voulons pas parler des actes qui vous sont reprochés. Ce qui nous intéresse est de comprendre votre état d’esprit et les raisons qui vous ont poussé à agir. La violence est un mode d’expression qui surgit quand tous les autres ont échoué: l’attentat a pour but d’envoyer un message fort qu’on ne peut transmettre autrement. C’est en tout cas comme ça que nous le comprenons. En discutant avec vous, nous espérons mieux comprendre la profonde révolte qui vous habite et à laquelle la société reste sourde."

Il rappelait aussi au prisonnier son propre passif judiciaire: "J'ai moi-même été condamné pour apologie d’acte de terrorisme, au moment de ce qu’il est convenu d’appeler les attentats de Charlie Hebdo, pour ne pas m’être senti assez Charlie : on m’a reproché d’avoir écrit sur Internet :' Ce soir, en ce qui me concerne, je me sens Charlie Coulibaly'."

"Une inversion des valeurs"

Jacques Verdier, l'un des avocats de Dieudonné, joint par Le Parisien, a assuré qu'il ne s'agissait nullement pour son client de marquer "une quelconque sympathie pour le terrorisme" ni de "provoquer". "Il y a une volonté de comprendre le moteur qui a conduit à ces actes. C’est un travail de construction que M. Dieudonné effectue avec deux psychothérapeutes", a-t-il déclaré. La volonté de Dieudonné de rencontrer le jihadiste a de toute façon été contrecarrée par le juge d'instruction qui a décidé de rejeter la demande. 

Gérard Chemla, un avocat qui défend plusieurs victimes des attentats perpétrés par Salah Abdeslam et ses complices, a informé ses clients de cette démarche et a reproché à l'auteur de la lettre de procéder à "une inversion des valeurs". "L’humoriste présente le terroriste comme une victime de la société en état de légitime défense. A partir de cette analyse, on peut tout légitimer.", a-t-il estimé. 

Robin Verner