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Crash de l'A320: l'enquête s'oriente vers le suicide du copilote

Un simulateur d'A320, en octobre 2011

Un simulateur d'A320, en octobre 2011 - Malte Christians - DPA - AFP

Les informations révélées après l'analyse de la première boîte noire de l'A320 laissent redouter un terrible scénario. C'est le copilote, Andreas Lubitz, qui, enfermé seul dans le cockpit, a décidé de faire descendre l'avion.

La piste qui se dessine pour expliquer le drame de ce mardi est à peine croyable. Andreas Lubitz, le copilote de l'A320 de Germanwings a, par son action, "volontairement permis la chute de l'avion" dans les Alpes et donc causé la mort de 150 personnes, lui compris. C'est le terrible scénario posthume dévoilé ce jeudi par le procureur de Marseille, Brice Robin.

L'acte du copilote, qui a empêché le pilote de retourner dans le cockpit avant le crash de l'appareil, a immédiatement conduit plusieurs compagnies aériennes à décider la présence permanente de deux membres d'équipage dans le cockpit tout au long du vol.

Que s'est-il passé dans la cabine de l'avion?

La première boîte noire, qui a été retrouvée dès mardi, permet de connaitre les 30 dernières minutes d'échanges entre le commandement de bord et le copilote. "Durant les 20 premières minutes, les deux pilotes échangent de manière tout à fait normale (...) enjouée (...) courtoise", "rien d'anormal", a résumé le procureur.

C'est alors que le pilote laisse le copilote seul dans le cockpit. "On entend le commandant de bord demander au copilote de prendre les commandes et on entend à la fois le bruit d'un siège qui recule et le bruit d'une porte qui se ferme", raconte Brice Robin. Andreas Lubitz prend alors vraisemblablement la décision de faire descendre l'avion. "C'est alors qu'il est seul que le copilote manipule les boutons de ce qu'on appelle le 'flight monitoring system' pour actionner la descente de l'appareil. L'action sur ce sélectionneur d'altitude ne peut être que volontaire", tranche le procureur.

Le pilote tente ensuite de regagner la cabine, en vain, le copilote ne répond pas. "On entend plusieurs appels du commandant de bord demandant l'accès à la cabine de pilotage par l'intermédiaire (...) d'un interphone avec une visio". pourtant, il semblerait qu'Andreas Lubitz soit resté conscient dans la cabine pendant ces longues minutes. Selon le procureur, on entend "un bruit de respiration humaine à l'intérieur (...) A priori il respirait normalement, ce n'est pas une respiration de quelqu'un qui est en train de faire un infarctus". Le copilote ne répondra ni aux injonctions du pilote, ni à celles de la tour de contrôle de Marseille. Il ne prononcera plus un mot.

Les passagers ont-ils réalisé ce qui se passait?

Les alarmes se sont déclenchées autour de 2.000 mètres d'altitude "pour signifier à l'équipage la proximité du sol". A ce moment-là, "on entend des coups portés violemment comme pour défoncer la porte (...) blindée selon les normes internationales", explique Brice Robin. Avant l'impact final, l'avion a vraisemblablement touché un talus sur lequel il a glissé avant de percuter la montagne à plus de 700 km/h.

"Les cris interviennent dans les derniers instants juste avant l'impact", selon Brice Robin qui a estimé que "les victimes ne se sont rendues compte qu'au dernier moment". Leur mort "a été instantanée puisque cet appareil en percutant à 700 km/h la montagne a littéralement explosé", a-t-il ajouté.

Que sait-on du copilote?

Le copilote, de nationalité allemande, s'appelait Andreas Lubitz et avait 28 ans. Il avait effectué "une centaine d'heures de vol sur cet appareil". Il avait commencé à travailler chez Germanwings en septembre 2013, juste après la fin de sa formation au sein du centre de pilotage du groupe Lutfhansa à Brême. Il avait à son actif 630 heures de vol.

Originaire de la commune de Montabaur dans l'Etat régional de Rhénanie-Palatinat où il vivait chez ses parents, il avait un appartement à Düsseldorf, base importante pour la compagnie Germanwings et destination du vol qui s'est écrasé.

L'interprétation la plus plausible avancée par le procureur de la République "est que le copilote, par une abstention volontaire, a refusé d'ouvrir la porte de la cabine de pilotage au commandant de bord et a actionné le bouton commandant la perte d'altitude". Le jeune pilote aurait donc eu "une volonté de détruire cet avion", selon les mots du procureur.

Comme l'a souligné Brice Robin, "il n'est pas répertorié comme terroriste (...) absolument pas" et "aucun élément qui ne milite en faveur d'un attentat terroriste". Une piste écartée aussi par le ministre allemand de l'Intérieur qui a considéré qu'"il n'y a pas de contexte terroriste".

A. D. avec AFP