BFMTV

Comment le violeur présumé de la Sambre a-t-il pu échapper à la police pendant des décennies?

Le violeur en série présumé de la Sambre, qui présente un profil de "monsieur Tout-le-monde", est soupçonné de viols sur plusieurs dizaines de victimes, les plus anciens remontant à la fin des années 80.

Faute de pouvoir lui associer une identité, il était surnommé le "violeur de la Sambre". Désormais sous les verrous, le suspect interpellé ce lundi, un ouvrier du Nord, a été mis en examen mercredi. Il a reconnu des faits de viols et d'agressions sexuelles, dont les plus anciens remontent à la fin des années 80. Selon le procureur de Valenciennes Jean-Philippe Vicentini, le suspect "évalue le nombre de ses victimes à une quarantaine". Mais cela pourrait aussi bien être "une cinquantaine", selon les enquêteurs.

Ce père de famille, ouvrier nordiste de 57 ans très bien intégré dans sa commune de Pont-sur-Sambre, n'avait rien d'un marginal. Il avait été entraîneur et président du club de football local. Décrit comme quelqu'un de "serviable", "sociable", ayant "toujours du monde chez lui", il a échappé pendant des dizaines d'années à la police judiciaire de Lille. Un constat d'autant plus troublant qu'il était apparu aux enquêteurs, recoupements ADN concordants à l'appui pour 19 de ces affaires, qu'il s'agissait bien d'un seul et même auteur, d'un même violeur en série.

Un mode opératoire minutieux

Le mode opératoire, toujours le même, allait aussi dans le sens d'un profil unique à l'origine de ces crimes. L'individu agressait ses victimes au petit matin, dans un même secteur géographique à cheval sur la France et la Belgique, mais en prenant systématiquement grand soin de brouiller les pistes. Le visage partiellement dissimulé, portant une paire de gants, il menaçait les jeunes filles ou les femmes avec une arme blanche, selon nos informations, et les attaquait en arrivant dans leur dos. Lors de son interpellation lundi matin, il avait sur lui un Opinel, dont il a reconnu s'être servi pour menacer et agresser en Belgique une collégienne de 16 ans. "Il n'y a pas de typologie des victimes (...) ça pouvait être toute femme qu'il trouvait sur son passage", explique le directeur interrégional de la police judiciaire de Lille Romuald Muller, à BFMTV.

Selon une source policière proche de l'enquête, on dénombre à ce stade 22 plaignantes. Des victimes qui ont entre 13 et 50 ans. Plusieurs collégiennes, des lycéennes, une aide ménagère, une infirmière... Avec un dénominateur commun: toutes se lèvent tôt et habitent cette région du Nord de la France près de Maubeuge, ou la Belgique toute proche.

La photo du violeur multirécidiviste présumé de la Sambre.
La photo du violeur multirécidiviste présumé de la Sambre. © BFMTV

L'ADN formellement identifié... mais pas répertorié

Si le même ADN a été retrouvé pour une vingtaine de cas, comment se fait-il que l'auteur des viols n'a pu être confondu par ces traces pendant de si nombreuses années? L'homme au casier judiciaire vierge n'était fiché nulle part. Nulle trace dans le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), créé en 1998. Et encore moins au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes (FIJAIS), créé en mars 2004. D'autant plus que, pour les faits présumés les plus anciens, les deux fichiers référents n'existaient tout simplement pas.

"Son profil est connu du fichier depuis des années, simplement il n'a pas de nom", a expliqué ce mercredi soir sur notre antenne Guillaume Groult, technicien de la police scientifique. "Il n'a jamais été identifié pour une autre infraction, une bagarre, quelque chose qui aurait pu amener à ce que ce monsieur soit identifié. (...) Dans les dernières affaires qui ont fait parler la presse, de meurtre ou de crime grave, on a trouvé le responsable dans l'entourage (de la victime, NDLR). Là, c'est quelqu'un qui n'a aucun lien social avec ses victimes. Comment remonter jusqu'à lui si on n'a que son profil génétique? C'est très difficile. Il faut quelque chose de caractéristique de la personne. C'est toute la valeur du travail d'enquête. C'est quelque chose qui se fait en binôme. L'enquête et la police scientifique sont indissociables." 

Mais l'ADN permet de relier a posteriori l'auteur à un certain nombre de ces crimes. Ce, de manière de plus en plus fine, tant les progrès en la matière sont impressionnants. Dernière révélation spectaculaire en date obtenue par ce biais, l'élucidation avant aveux du meurtre de Maëlys par Nordahl Lelandais. Quand les premières agressions du "violeur de la Sambre" débutent, l'utilisation aux fins d'identification judiciaire de l'ADN fait seulement ses premiers pas. Le concept "d'empreinte génétique" ne naît qu'en 1986. 

Lui n'était pas fiché, mais sa voiture si

Si le suspect, qui déclare avoir agi sous le coup de "pulsions", est passé aux aveux, son avocat évoquant pour lui "une forme de délivrance", une manière de "mettre des mots sur ses agissements" et qu'il "n'a pas l'intention de faire obstacle à la vérité", il n'en était pas de même avant que des caméras de surveillance belges ne mettent les enquêteurs des deux pays sur sa piste.

De fait, le suspect a été confondu de manière presque fortuite. Début février, le violeur a récidivé. A partir de là, une coopération franco-belge se met en place. De l'autre côté de la frontière, une femme décrit son agression et dresse le profil de son agresseur. "Tous les jours, nous recevons de la part des polices belges des bulletins des infractions qui se déroulent chez eux. Et notre service du traitement de l'information criminelle, qui est chargé d'analyser et de recouper ces informations, de les enrichir, a 'percuté' comme on dit sur une infraction commise tôt le matin avec un mode opératoire qui nous a tout de suite fait penser au 'violeur de la Sambre' et donc nous nous sommes rapprochés des collègues belges, pour voir ce qu'ils avaient dans leur dossier. Et par chance, par un élément de vidéosurveillance, ils avaient pu relever le véhicule utilisé par l'auteur et une partie de la plaque, qui était française", détaille Romuald Muller, directeur de la PJ de Lille à BFMTV.

Sur ces images figure un véhicule, une Peugeot 206 grise immatriculée en France. Les enquêteurs français épluchent les fichiers des cartes grises, trouvent la correspondance et mettent le suspect sous surveillance. Il est appréhendé lorsqu'il se rend à sa voiture, lundi matin. 

David Namias