BFMTV

"Cabinet noir": le coup de colère d'un haut magistrat

Robert Gelli s'insurge contre les récentes accusations d'instrumentalisation de la justice.

Robert Gelli s'insurge contre les récentes accusations d'instrumentalisation de la justice. - ERIC PIERMONT - AFP

Robert Gelli, directeur des affaires criminelles et des grâces au ministère de la Justice, a envoyé un mail aux procureurs généraux pour dénoncer les accusations et mentions d'un "cabinet noir" qui instrumentaliserait la justice, venant de François Fillon et du livre Bienvenue Place Beauvau, récemment publié.

Robert Gelli, a décidé de riposter aux accusations visant ses services, en envoyant un mail aux mots très forts aux procureurs et procureurs généraux, et qu'a diffusé Libération. A 62 ans, le directeur des affaires criminelles et des grâces (DACG) au ministère de la Justice, se trouve à double titre au centre de ces accusations d'instrumentalisation politique de la justice à travers un "cabinet noir". Tout d'abord, le haut magistrat est cité dans le livre publié à ce sujet par les journalistes Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé, intitulé Bienvenue Place Beauvau. Il est également concerné par les allégations de François Fillon, qui s'appuie sur ce même livre. Ce jeudi sur France Inter, le candidat de la droite et du centre a même assuré disposer des "dates, jours et personnes" qui auraient selon lui "communiqué les documents" à l'origine de l'affaire qui le vise lui et sa famille à présent.

"Permettez-moi de réaffirmer avec force, s’il en était besoin, que moi-même et tous les magistrats de la DACG respectons scrupuleusement la loi du 25 juillet 2013 prohibant les instructions dans les dossiers individuels et je mets au défi quiconque de rapporter une intervention de ma part, qu’elle soit écrite, orale, directe ou indirecte, depuis ma prise de fonction en septembre 2014", contre-attaque Robert Gelli, qui ajoute: "La loi de 2013 constitue une rupture claire et nette dans les rapports entre le pouvoir exécutif et la justice."

Ecarter les soupçons

S'il ne nie pas l'existence de certaines remontées d'informations vers le ministère de la Justice, le haut magistrat en définit strictement les contours. Pour lui, il s'agit seulement de "permettre au garde des Sceaux de remplir les missions que la loi lui confère". Selon lui d'ailleurs, le nombre des affaires suivies a chuté de 50.000 en 2012 à 8.000 en 2017. 

Robert Gelli lance ensuite cette interrogation: "Comment imaginer que des procureurs généraux, des magistrats du parquet en charge d’enquêtes, des juges d’instruction, des juges du fond et du droit de la première instance, des cours d’appel et de la chambre criminelle de la cour de cassation, appliqueraient des instructions occultes, de nature à détourner ou entraver le cours de la justice?" Aux yeux du magistrat, "le dire et même le penser est une supportable insulte au professionnalisme de l’institution judiciaire dans son ensemble et une atteinte à la probité de toute la magistrature."

Pour conclure, Robert Gelli n'imagine pas un membre de ses services communiquer, en violation de son serment, "des éléments tirés d’une procédure judiciaire à une autorité ou un service, ou encore à une personne extérieure au ministère de la Justice."

R.V.