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Qu'est ce qu'un cabinet noir?

François Hollande.

François Hollande. - CHRISTOPHE ENA / POOL / AFP

Le "cabinet noir" renvoie à une pratique de renseignement utilisée pendant des siècles dans les monarchies d'Europe.

"On cherchait un cabinet noir, on l'a trouvé (à l'Elysée, ndlr.)": jeudi soir, dans "L'émission politique" sur France 2, François Fillon accusait François Hollande d'être à la tête d'une entreprise de clandestine de démolition de sa candidature à l'élection présidentielle. Mais qu'est-ce au juste qu'un cabinet noir ?

Une pratique d'Ancien Régime

On s'en doute, le terme renvoie au domaine de la clandestinité et des pratiques occultes du pouvoir. Historiquement, elle fait référence à une pratique d'Ancien Régime, intimement liée au caractère absolu du pouvoir royal: "Le secret est l'âme des affaires", disait Richelieu, et c'est avec lui que la violation du secret des correspondances par l'Etat a connu son essor au XVIIème siècle. Le cabinet noir désignait alors le service de renseignement chargé de collecter et de transmettre les secrets diplomatiques, politiques ou militaires récoltés dans les courriers aux souverains. Avec la massification des échanges postaux au XIXème siècle, cette pratique universellement partagée par les gouvernements a été rendue impossible.

En ce sens, le dispositif décrit par les auteurs de Bienvenue Place Beauvau, Police: les secrets inavouables d'un quinquennat serait cousin du "cabinet noir" historique, puisqu'il constituerait un système officieux et personnel de renseignement du gouvernant. Le résumé historique des Renseignements Généraux par le ministère de l'Intérieur ne cache d'ailleurs pas la vocation de ce service (fusionné avec la DST au sein de l'actuelle DGSI) : "Les Renseignements généraux sont apparus sous la Troisième République, en 1911. Ils remplissent aujourd’hui encore une fonction régalienne d’information de l’Etat et du Gouvernement reconnue par tous les régimes qui se sont succédé en France depuis la fin du XVIIIe siècle."

Le cabinet noir de Jacques Chirac

Cependant, l'expression "cabinet noir" a également été utilisée, plus récemment, dans un sens légèrement différent: Jacques Chirac a ainsi été soupçonné d'être lui aussi à la tête d'un cabinet noir pendant ses deux mandats. Chapeauté par le premier ministre Dominique de Villepin, le directeur des Renseignements Généraux Yves Bertrand et le conseiller Philippe Massoni, ce supposé cabinet noir serait par exemple à l'origine de l'affaire Clearstram en 2004. A la différence du cabinet noir royal, celui-ci ne se serait donc pas "contenter" de la collecte d'information, mais aurait également "déminé" les affaires du président de la République et allumé les contre-feux nécessaires, en utilisant médias, services financiers et justice.

C'est à ce "cabinet noir" que François Fillon semble faire référence, et c'est précisément la nuance exprimée par l'un des auteurs du livre mentionnée par le candidat des Républicains, le journaliste au Canard enchaîné Didier Hassoux: "Ce qu’on raconte dans le livre c’est que François Hollande a fait, comme nombre de ses prédécesseurs, une utilisation classique de l’appareil policier. Ce serait une faute politique majeure qu'un certain nombre d'informations ne remontent pas."

Louis Nadau