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Bonnemaison acquitté: retour sur un procès marqué par l'émotion

Nicolas Bonnemaison et sa femme arrivent à la cour d'assises de Pau, le 12 juin 2014.

Nicolas Bonnemaison et sa femme arrivent à la cour d'assises de Pau, le 12 juin 2014. - -

Nicolas Bonnemaison a été acquitté. Retour sur les temps forts d'un procès historique, celui d'un médecin jugé pour avoir abrégé la vie de sept patients.

Mise à jour à 12h40: Le Dr Nicolas Bonnemaison a été acquitté par les jurés, qui ont estimé qu'il n'avait pas l'intention de donner la mort. Des applaudissements ont retenti dans la salle à l'énoncé du verdict.

C'est l'un des procès les plus marquants de ces derniers mois, qui aura probablement contribué à faire bouger les lignes sur la fin de vie dans la dignité: celui d'un homme, médecin, accusé d'avoir outrepassé ses fonctions en empoisonnant sept patients dont il voulait abréger les souffrances.

Nicolas Bonnemaison, 53 ans, anciennement urgentiste à Bayonne, comparaît depuis le 11 juin devant la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques. Retour sur les temps forts des débats judiciaires.

> "J'ai fait du mieux que j'ai pu"

Traits tirés, costume sombre, coupe stricte, Nicolas Bonnemaison a radicalement changé en quelques années. Il porte sur son visage les stigmates de son odyssée judiciaire, commencé le 10 août 2011 lorsqu'il est placé en garde à vue après la dénonciation d'infirmières.

Au premier jour de son procès, seul dans le box des accusés, il prend la parole. "Monsieur le président, je voudrais dire que je pense aux patients. J'ai vécu des choses très fortes avec eux. Ca marque l'homme, au-delà du médecin", lance-t-il d'une voix atone. Il poursuit en évoquant les familles, n'aborde pas frontalement les gestes qu'on lui reproche. "J'ai fait du mieux que j'ai pu", souffle-t-il. "D'être là, devant vous, comme un criminel, c'est violent pour ma femme, mes enfants".

> "Elle était en fin de vie, mais ce n'était pas pour aujourd'hui"

Le lendemain vient le tour de ses anciens collègues. A la barre, l'une d'eux, aide-soignante dans le service, livre un récit à charge du dernier jour d'une patiente, en avril 2011. Françoise a 86 ans, elle est dans un coma profond après une grave chute. "Elle était en fin de vie, mais ce n'était pas pour aujourd'hui", souligne l'aide-soignante. Son fils, Pierre, bloc d'émotion, est partie civile dans le procès.

Le lendemain de l'admission de Françoise, le Dr Bonnemaison parie "un gâteau au chocolat" avec un collègue qu'elle ne survivra pas à la journée. Il dit vrai. Dans l'après-midi, l'aide-soignante et une infirmière l'entendent entrer dans la chambre de Françoise, puis en ressortir. Quelques minutes plus tard, les machines s'alertent: les deux femmes se précipitent dans sa chambre. La patiente est en arrêt cardiaque, après s'être vue administrer un sédatif par le Dr Bonnemaison.

> "Il a donné la mort à des malades qui ne la demandaient pas"

Mardi 17 juin, le député Jean Leonetti, à l'origine de la loi sur la fin de vie, est entendu par la cour. Pour lui, "Nicolas Bonnemaison n'est pas un assassin", mais un médecin qui, dans un contexte particulier, "a choisi l'illégalité, la transgression". "Il a donné la mort à des malades qui ne la demandaient pas", poursuit-il.

"Je ne me considère pas comme un médecin tout puissant", ou "au-dessus des lois", mais comme un médecin "qui essaie de faire le plus humainement son travail", lui répondra l'accusé quelques minutes plus tard.

> "Il y aura toujours un interstice libre pour la conscience"

Au huitième jour du procès, deux soutiens médiatiques se présentent à la barre: Bernard Kouchner, ex-ministre de la santé, et Michèle Delaunay, ex-ministre aux Personnes âgées. Le premier parle de lui, de son expérience de médecin sur le terrain. "Nous étions mis en prison et condamnés quand nous franchissions les frontières pour aller soigner les gens", raconte-t-il. La seconde, médecin également, fait grande impression par sa sagesse. "Ce procès n'est pas celui de l'euthanasie, mais celui de l'accompagnement et de la fin de vie. Dans chaque cas, il y aura toujours un interstice libre pour la conscience."

A leur sortie, les journalistes captent un moment d'une grande intensité entre Bernard Kouchner et Nicolas Bonnemaison, venu le remercier de son soutien. Une partie du public applaudit.

> "Vous n'êtes ni un assassin ni un empoisonneur"

Cinq ans de prison avec sursis: c'est la peine demandée par l'avocat général, dans un réquisitoire fort modéré au regard de la perpétuité, la peine légalement encourue. "Vous n'êtes ni un assassin ni un empoisonneur, au sens commun de ces termes", a lancé mardi le procureur général adjoint, Marc Mariée.

Ce mercredi, ultime jour du procès, Nicolas Bonnemaison s'est adressé d'une voix posée une dernière fois à la cour. "J'ai agi en médecin comme je le conçois. J'estime que cela fait partie du devoir de médecin d'accompagner ses patients jusqu'au bout du bout". Les jurés se sont ensuite retirés. Après quelques heures de délibérations, ils ont décidé de l'acquitter.

Alexandra Gonzalez