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Procès Bonnemaison: le récit des soignants qui l'ont dénoncé

Nicolas Bonnemaison entouré de ses avocats à son arrivée à la cour d'assises de Pau, mercredi 11 juin, au premier jour de son procès.

Nicolas Bonnemaison entouré de ses avocats à son arrivée à la cour d'assises de Pau, mercredi 11 juin, au premier jour de son procès. - -

Du directeur à l'aide-soignante, la cour d'assises de Pau a entendu ce jeudi le personnel hospitalier qui côtoyait le docteur Bonnemaison au moment des faits reprochés à l'urgentiste, sept empoisonnements de patients au prétexte de "souffrances extrêmes".

Quel médecin était Nicolas Bonnemaison? "L'excellent chef de service", "le type bien" décrit par les deux directeurs d'hôpital qui l'ont côtoyé à Bayonne ne cadre pas les agissements relatés par des membres du personnel, ce jeudi à la barre de la cour d'assises de Pau.

Nicolas Bonnemaison, 53 ans, comparaît depuis mercredi devant les assises. Radié de l'Ordre des médecins en janvier 2013, il est accusé d'avoir empoisonné sept patients en fin de vie, hospitalisés dans son service au Centre hospitalier de la Côte basque entre 2010 et 2011.

Une injection de curare

Dès août 2011, Christine Solano, l'infirmière-cadre du service, avait rapporté ces faits en remettant un rapport au directeur de l'hôpital. Quelques jours plus tôt, une infirmière et une aide-soignante lui avaient fait part de leurs soupçons concernant quatre décès suspects survenus au cours de gardes du docteur Bonnemaison.

Elles avaient notamment vu le docteur casser une ampoule, préparer une seringue, puis entrer dans la chambre d'une dame qui était morte peu de temps après, a relaté jeudi l'infirmière-cadre à la barre. Elles avaient ensuite récupéré l'ampoule, jetée à la poubelle: du Norcuron, un curare provoquant une paralysie des muscles.

Christine Solano a alors mené une enquête rapide, qui a tendu à confirmer ces soupçons.

La thèse du "complot" balayée

Un "complot" mené contre le chef de l'unité? Cette question a été soulevée par la défense. Christine Solano était en effet proche de l'ex-maîtresse du médecin, qui travaillait aussi à l'hôpital. Une femme qui, la veille de son audition, avait déclaré devant le juge: "Je vais l'assassiner, le charger, lui en mettre plein la tête. C'est un pourri!"

Interrogé, le directeur de l'hôpital a immédiatement écarté cette thèse d'un "rapport monté de toute pièce par des collègues". Michel Glanes apportait pourtant son entière confiance au docteur Bonnemaison, qu'il considérait comme "le médecin le plus indiqué" pour diriger l'unité d'hospitalisation de courte durée. Mais dans les lignes rédigées par Christine Solano, il avait conscience de "faits répétés, graves, avec plusieurs témoins".

Il "parie un gâteau au chocolat"

L'une des aides-soignantes du service, Laurie Pebarthe, est elle aussi venue témoigner à la barre ce jeudi. Récit à charge du dernier jour d'une patiente, en avril 2011, confirmé après elle par l'infirmière de service ce jour-là.

Selon l'aide-soignante, la vieille dame se trouvait dans un état stable: "Elle était en fin de vie, mais ce n'est pas pour aujourd'hui". Plus tôt ce jour-là, elle s'était donc étonnée que le médecin "parie un gâteau au chocolat" que le lendemain, la "patiente ne serait plus là". Dans l'après-midi, elle dit avoir entendu le médecin préparer une ampoule et entrer dans la chambre. Peu de temps après, la vieille dame se trouvait en arrêt cardiaque.

Selon l'aide-soignante, la patiente ne présentait pas de trace de douleur physique: elle se trouvait seulement dans un état comateux. "Elle n'avait pas de douleurs physiques, mais une forme de douleur psychique est possible, même dans le coma", a alors argué Nicolas Bonnemaison depuis son box. "Mais ce n'est pas une certitude?" a demandé le président. "C'est un risque", a admis l'accusé.

Mathilde Tournier et avec AFP