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Fin de vie: le Dr Bonnemaison, un médecin passionné et dépressif

Nicolas Bonnemaison à son arrivée à la cour d'assises de Pau, ce mercredi 11 juin, avec ses avocats Arnaud Dupin (g.) et Benoît Ducos-Ader.

Nicolas Bonnemaison à son arrivée à la cour d'assises de Pau, ce mercredi 11 juin, avec ses avocats Arnaud Dupin (g.) et Benoît Ducos-Ader. - -

Avant que le débat sur l'euthanasie ne le submerge, le premier jour du procès de Nicolas Bonnemaison a donné lieu à l'examen de la personnalité de ce médecin-urgentiste, poursuivi pour l'empoisonnement de sept patients.

Avant d'entrer dans le prétoire, ce mercredi matin, Me Benoît Ducos-Ader a résumé en une phrase l'enjeu des débats qui vont occuper les assises de Pau pendant trois semaines: "on va commencer par le procès du docteur Bonnemaison, mais on aura également le procès de la fin de vie." Et c'est bel et bien la personnalité de son client qui a occupé le premier jour de son procès pour empoisonnement.

La prison à perpétuité en jeu

Nicolas Bonnemaison, médecin-urgentiste de 53 ans, est accusé d'avoir empoisonné sept de ses patients en fin de vie entre mars 2010 et juillet 2011. Cinq femmes et deux hommes, décédés peu après leur admission aux urgences de l'hôpital de Bayonne.

L'ancien médecin, radié de l'Ordre en janvier 2013, argue qu'il a soulagé des souffrances en abrégeant la vie de ces patients tous proches de la mort. "On accompagne des gens qui vont dans la mort. On ne donne pas la mort", a tenu à nuancer Me Benoît Ducos-Ader.

Mais la législation française ne connaît pas cette nuance. Si la loi Leonetti de 2005, cadre légal de la fin de vie, interdit l'acharnement thérapeutique, elle ne permet pas l'euthanasie active. Nicolas Bonnemaison est donc poursuivi pour "empoisonnement sur personnes particulièrement vulnérables", un crime passible de la prison à perpétuité.

Plusieurs épisodes dépressifs

Depuis le box, les traits tirés, Nicolas Bonnemaison n'a rien caché de la "violence" qu'il éprouvait à se trouver là, "comme un criminel, un assassin, un empoisonneur". Il n'a pas caché non plus ses faiblesses psychologiques, des états dépressifs qui l'ont mené à plusieurs reprises à l'hôpital comme patient. Ni les difficultés qu'il a éprouvées dans la gestion de l'unité d'hospitalisation de courte durée, dont il était à la tête.

Alors qu'il abordait son état de "fatigue", de "déprime", et même des "idées suicidaires", le président l'a interrogé: "étiez-vous qualifié pour diriger un service aussi lourd que l'unité d'hospitalisation de courte durée?" "J'ai la conviction que j'étais en capacité de le faire. Quand je ne me suis plus senti en capacité, je me suis arrêté", a répondu le praticien, en référence à un arrêt de travail de plusieurs mois en 2009 lié à un état dépressif.

La médecine, "passion" d'une vie

Mais Nicolas Bonnemaison a aussi évoqué la médecine, sa "passion", sa vocation depuis l'enfance auprès d'un père directeur de clinique et d'une mère infirmière. La problématique de la fin de vie, il l'a découverte pendant son internat. Un sujet qui l'a passionné au point de porter son sujet de thèse sur les soins palliatifs.

Défendu à la barre par son épouse, également médecin au Centre hospitalier de la Côte basque, Nicolas Bonnemaison peut également compter sur le soutien de l'épouse d'une des victimes, Patricia Dhooge. Présente à l'audience ce mercredi, celle-ci a déclaré à la presse qu'elle avait elle-même "supplié d'arrêter les souffrance" de son mari.

Mathilde Tournier et avec AFP