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Aide aux migrants: demande de relaxe en forme de réquisitoire pour Martine Landry

Martine Landry, responsable Amnesty International dans le sud de la France.

Martine Landry, responsable Amnesty International dans le sud de la France. - Valery Hache - AFP

Le parquet a requis la relaxe mercredi à Nice pour une responsable d'Amnesty International, Martine Landry, 73 ans, poursuivie pour son assistance à deux mineurs guinéens en 2017.

Les militants semblent en passe d'obtenir gain de cause. Du moins, les réquisitions de la procureure de la République Valentine Vinesse vont, certes à contre cœur, dans leur sens. La relaxe a été requise mercredi soir au palais de justice de la ville, pour Martine Landry, responsable d'Amnesty International. La septuagénaire comparaissait pour avoir "convoyé pédestrement" jusqu'au poste de frontière français deux mineurs guinéens qui se trouvaient côté italien. Des faits qui remontent à 2017 et que la militante conteste.

Reste que le parquet n'a pu caractériser l'infraction, en l'occurrence le "délit de solidarité". Pire, les magistrats ont dénoncé des "manœuvres" pour tromper les autorités. Le parquet aurait intérêt à des poursuites pour faux, usage de faux et tentative d'escroquerie", a menacé la magistrate, après deux heures d'audience au cours desquelles la bénévole aux cheveux blancs a été soumise à un feu roulant de questions sur l'horodatage des emails, des fax, des accusés réception et autres preuves des démarches entreprises pour les deux jeunes migrants avant leur arrivée au poste-frontière de Menton le 28 juillet 2017.

Martine Landry, observatrice à la frontière avec l'Italie depuis 2011, a répété qu'elle avait recueilli au panneau France les deux Guinéens sans les convoyer à pied depuis l'Italie comme cela lui était reproché. Elle a rappelé que les deux migrants avaient été interpellés avec des adultes lors d'une perquisition chez le militant Cédric Herrou dans la vallée de la Roya, puis renvoyés vers l'Italie, ce qu'a contesté le parquet.

La militante demande "l'abolition du délit de solidarité"

A sa sortie du tribunal, où elle était entrée sous les encouragements de plusieurs dizaines de militants, Martine Landry s'est étonnée du réquisitoire: "Pourquoi aurions-nous monté tout un stratagème pour ces deux mineurs, alors qu'il y en a des dizaines qui passent toutes les semaines à cette frontière ?!", a-t-elle interrogé, déplorant "des suspicions reposant sur des élucubrations".

"Il y a une politique générale pour intimider tous ceux qui portent assistance aux migrants et c'est pour ça que nous demandons l'abolition du délit de solidarité", a-t-elle revendiqué.

Reporté à trois reprises, le procès est une première en France contre une membre d'Amnesty, également bénévole de l'Association nationale d'aide à la frontière pour les étrangers (Anafé).

"La France doit se conformer à ses engagements et s'aligner sur le droit international en cessant de criminaliser l'action de personnes ou d'associations qui viennent en aide à des personnes migrantes ou réfugiées", a réagi dans un communiqué Amnesty international.

Depuis 2015, au moins douze militants associatifs, dont Cédric Herrou, ont été condamnés à Nice ou à Aix-en-Provence à des peines d'amende, ou de prison avec sursis tandis que les autorités tentent de juguler l'afflux de migrants arrivant d'Italie au prix d'irrégularités combattues par les associations, condamnées au tribunal administratif et objets de rappels à l'ordre de la part du Défenseur des droits.
David Namias avec AFP