BFMTV

Affaire Grégory: Murielle Bolle doit être entendue par les gendarmes

Murielle Bolle avait incriminé son beau-frère, Bernard Laroche, suspect numéro 1 en 1984 pour le meurtre de Grégory Villemin. Avant de se rétracter.

Après les derniers rebondissements des dernières semaines, l'enquête sur la mort de Grégory Villemin se poursuit dans les Vosges. Murielle Bolle, la belle-soeur de Bernard Laroche, soupçonné d'avoir participé au rapt du petit garçon, est entendue depuis mercredi matin par les gendarmes, après avoir été interpellée à son domicile. A l'époque du meurtre en 1984, cette femme, aujourd'hui âgée d'une cinquantaine d'années, avait incriminé son beau-frère. Avant de se rétracter.

"Son audition était prévisible dans la mesure où c’est un témoin-clé, a réagi Marie-Christine Chastant-Morand, l'avocate de Jean-Marie et Christine Villemin. Nous attendons qu’elle s’explique. Si elle pouvait parler et expliquer ce qu’il s’est réellement passé, ce serait répondre aux vœux des parents du petit Grégory."

Elle est entendue "essentiellement pour complicité d'assassinat, non-dénonciation de crime. Je crois qu'il y a non-assistance à personne en danger (...) qualifications qui sont à la périphérie immédiate de ce qui s'est passé" le 16 octobre 1984, jour de la mort de Grégory, a précisé Jean-Paul Teissonniere, son avocat.

-
- © Emeline Gaube - BFMTV

Pression familiale?

Quelques semaines après l'assassinat de Grégory Villemin, le 16 octobre 1984, l'audition de Murielle Bolle avait été déterminante. L'adolescente rousse, alors âgée de 15 ans, met en cause directement son beau-frère, cousin du père de l'enfant, considéré alors comme suspect numéro 1. Elle explique, que le jour du meurtre, elle est montée dans le véhicule de Bernard Laroche, en sortant de l'école, et a assisté à l'enlèvement du petit garçon. Son beau-frère était alors descendu de voiture, selon ses dires, avec l'enfant "près d'une petite place" à Lépanges, avant de revenir seul.

Ce récit, Murielle Bolle va le répéter à trois reprises aux gendarmes mais aussi au juge. Celui-ci décide alors de la laisser repartir dans sa famille. La jeune fille de 15 ans rentre chez elle. Le lendemain, Murielle Bolle se rétracte et dénonce la pression des enquêteurs. Elle va expliquer que le soir du meurtre, elle a pris le bus pour rentrer chez elle. Une version contredite par le chauffeur de l'autocar. Les journalistes, qui ont suivi l'affaire à l'époque mettent alors en cause les proches de l'adolescente qui auraient pu influer sur son témoignage. Depuis Murielle Bolle clame l'innocence de Bernard Laroche.

"Murielle Bolle avait fait à l’époque une version qui s’est avérée complètement fausse, elle est revenue dessus à une dizaine de reprises. Il y a eu un procès contradictoire aux assises de Dijon en 1993 où on s’est aperçu que ce qui lui avait fait dire était faux, a estimé Me Gérard Welzer", l'avocat de Marie-Ange Laroche, veuve de Bernard Laroche et soeur de Murielle Bolle. 

"Mise en scène médiatique"

Précisant que sa cliente aspirait à la "tranquillité" et à la "sérénité", l'avocat de Marie-Ange Laroche regrette qu'enquêteurs et médias n'ont "rien appris d'il y a 32 ans". "J’ai dit, depuis le début de ces prétendus rebondissements, soit il y a quelque chose de solide, de déterminant, disons-le et examinons-le de manière contradictoire. Soit il n’y a rien et c’est grave parce qu’on jette en pâture des gens, des noms, des visages. J’espère qu’il ne va pas y avoir de nouveaux drames", poursuit Me Welzer qui dénonce la "mise en scène médiatique" autour des interpellations de ces dernières semaines.

L'avancée de l'enquête, notamment grâce aux analyses graphologiques, et surtout l'abandon de l'hypothèse "un corbeau = un tueur" donnent toutefois un éclairage nouveau au témoignage de l'époque de Murielle Bolle. Les gendarmes veulent désormais interroger cette femme, qui vit recluse depuis quelques semaines dans son pavillon de Granges-Aumonzet, sur les époux Jacob. Marcel et Jacqueline Jacob, mis en examen pour "enlèvement" et "séquestration suivie de mort", pourraient avoir été les "cerveaux" du meurtre de Grégory Villemin. C'est en tout cas ce qu'estiment les auteurs d'une synthèse de près de 600 pages, dévoilée par Le Figaro, qui a permis de relancer l'affaire.

Justine Chevalier avec Sarah-Lou Cohen