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Affaire Delphine Jubillar: les éléments de l'enquête qui ont conduit à la mise en examen de son mari

Le procureur de la République de Toulouse a annoncé que Cédric Jubillar a été mis en examen pour "homicide volontaire par conjoint" et "placé sous mandat de dépôt".

Il conteste son implication. Mis en examen pour "homicide volontaire par conjoint", Cédric Jubillar est souçonné d'être directement impliqué dans la disparition de son épouse. Et lors de sa conférence de presse, le procureur de la République de Toulouse Dominique Alzeari a apporté plusieurs éléments venant consolider cette thèse.

Un contexte très conflictuel et des mensonges

D'abord, le procureur est revenu sur le contexte dans lequel s'est déroulé la séparation du couple Jubillar. Si dans un premier temps le mari niait toute conflictualité avec son épouse, l'enquête est finalement venue apporter une autre version:

"Contrairement à ce qui a été dit et soutenu y compris par l'intéressé, ce contexte de séparation était très conflictuel et donnait lieu à de fréquentes disputes. C'est bien expliqué par l'ensemble des témoins et de la famille", déclaré Dominique Alzeari.

Cédric Jubillar avait selon le procureur une grande difficulté à accepter sa séparation avec son épouse et tentait de la reconquérir de manière "intrusive et agressive". Il avait même organisé une "véritable surveillance" de Delphine Jubillar, esayant de la géo-localiser. En outre, après l'avoir dans un premier temps nié, Cédric Jubillar convient maintenant qu'il était au courant que sa femme avait un amant.

"M.Jubillar nous expliquera d'abord que cette séparation se passait de manière non conflictuelle, qu'ils s'"étaient même rapprochés récemment, qu'ils faisaient chambre à part mais que cela n'empêchait pas des rapports réguliers entre eux", relate le procureur.

Or l'ensemble des témoignages ont permis de balayer cette thèse, et Delphine Jubillar avait "pour projet" de quitter le domicile et familial pour s'installer avec un autre homme. Le réel contexte de la séparation pourrait relever "presque de l'ordre du mobile" selon le procureur de la République.

Couette nettoyée et voiture déplacée

Lorsque les gendarmes arrivent un peu avant 5h du matin au domicile des Jubillar en décembre dernier, ils trouvent Cédric Jubillar occupé à lancer une machine à laver, dans laquelle se trouvent la couette du canapé où dormait son épouse.

"Ceci se passe dans un contexte assez incongru, puisqu'elle a disparu: ce n'est pas la première chose à laquelle on pense. D'autant plus que cela se situe dans une habitation dont l'état d'entretien est extrêmement négligé", déclare Dominique Alzeari.

Interrogé sur cette machine à laver, Cédric Jubillar aurait donné comme explication que les chiens du couple auraient peut-être sali les draps. Autre détail attirant l'attention des enquêteurs: le stationnement de la voiture de Delphine Jubillar, qui prouverait qu'elle a été déplacée au cours de la soirée:

"Delphine Jubillar avait ses habitudes, elle la mettait dans un sens précis, celui du départ. Quand les gendarmes arrivent, il est dans l'autre sens, selon les voisins", explique le procureur qui note également qu'une vitre est à moitié ouverte: "ils ont remarqué la présence de condensation à l'intérieur. Selon un expert, cela correspondait [...] à une présence humaine."

Des témoignages troublants

À ces éléments de l'enquête viendront ensuite s'ajouter des témoignages importants. D'abord, celui du fils du couple, âgé de 6 ans. Il aurait entendu une "violente dispute" éclater entre ses parents aux alentours de 23h le soir de la disparition de Delphine Jubillar. Un témoignage "crédible" pour le procureur, car l'enfant était au courant que sa maman voyait quelqu'un d'autre, il avait même dit à son père "que c'était un secret de maman".

L'enfant est apparemment formel sur le fait que ses parents se sont violemment disputés ce soir-là. L'accusé explique quant à lui que son fils "doit confondre avec une autre soirée", même s'il admet qu'il a pu parfois être "brutal" et "grossier" envers son épouse lors de disputes. Autre récit qui est venu s'ajouter à l'enquête, celui rapporté par deux voisines, une mère et sa fille.

"A 23h07 très précisemment, cette dame et sa fille vont entendre du domicile de la faille Jubillar des cris stridents, de détresse d'une femme qui vont les interpeller, et qui vont disparaître".

Les deux voisines n'ont pas appelé les gendarmes au moment où elles ont entendu ces cris, mais leur témoignage est un autre élément qui vient s'ajouter à un dossier de plus en plus rempli.

"Un deuil très rapide"

Autre élément que le procureur ne considère pas comme une "charge" mais comme un constat possiblement révélateur de la psychologie de Cédric Jubillar, sa facilité à faire son deuil:

"Il y a eu un déni, un deuil très rapide. Il a parlé très rapidement de son épouse au passé, se concentrait sur ses propres difficultés, et a repris très rapidement une vie affective."

Cédric Jubillar aurait donc rapidement eu une relation avec une personne qui a été entendue par les gendarmes. D'après le procureur, elle a présenté à la presse une version de la situation "assez éloignée" de ce qu'elle avait raconté aux enquêteurs, ce qui laisse suggérer qu'elle puisse être à nouveau entendue.

Louis Augry