BFMTV

Affaire Benalla: le patron de la société Velours, sous-traitante du contrat russe, confirme que Benalla était un intermédiaire

Dans un entretien accordé à BFMTV, le président de la société de protection privée Velours, sous-traitante du contrat russe de Vincent Crase et Alexandre Benalla, assure que l'ancien chargé de mission de l'Elysée était un intermédiaire majeur de la négociation. Une enquête pour corruption a été ouverte par le parquet national financier sur ce contrat.

Interrogé ce lundi par Ruth Elkrief sur BFMTV, Jean-Maurice Bernard, président de la société Velours, engagée comme sous-traitante du contrat russe proposé par Alexandre Benalla et Vincent Crase, a tenu à livrer sa version des faits. Il explique vouloir protéger le nom de son entreprise, et évoque sa "colère". "Je joue la vie de mon entreprise, l'avenir de mes salariés".

Dans un premier temps, le chef d'entreprise a recontextualisé sa relation avec les deux hommes. S'il assure avoir fait passer un entretien qui n'a pas donné de suite à Vincent Crase, en 2012, il confirme qu'Alexandre Benalla a bien été employé par Velours, entre octobre 2014 et novembre 2015. Ce n'est que quelques années plus tard, alors qu'il est chargé de mission à l'Elysée en 2018, que Benalla reprend contact avec Velours afin de leur proposer une mission, la protection de la famille d'un riche oligarque russe.

"La rencontre a lieu en janvier 2018 au Damas Café à proximité de l'Elysée, Benalla est présent, Crase aussi. Crase tient le lead et Benalla est afféré sur ses téléphones. Il n'intervient pas mais émet plusieurs noms susceptibles d'intervenir dans la mission. Il est là, il est probablement au courant, mais je m'en tiens aux faits", détaille-t-il. 

A ce moment-là, le nom d'Iskandar Makhmudov n'est pas encore évoqué. 

"7000 euros de marge nette par mois"

Toujours selon Jean-Maurice Bernard, la situation évolue courant juin 2018. Plusieurs rendez-vous avec les deux hommes sont organisés, cette fois-ci au siège de LaREM, et les contrats sont paraphés le 25 juin. 

"Lorsqu'on apprend le nom, au dernier moment, de Makhmudov, on se renseigne sur internet et on voit qu'il s'agit d'un industriel russe qui a eu des activités économiques en France et qui été visé par des enquêtes qui n'ont pas donné suite. J'entreprends alors la mission, comme décidé", assure-t-il. 

Pour ce travail, le groupe Velours touche 147.000 euros hors taxes comme avance pour les trois premiers mois (d'un contrat qui devait en durer six, ndlr), "ce qui correspond à 48.000 euros par mois. Lorsque nous déduisons les salaires et les charges de l'entreprise, il nous reste 7000 euros de marge nette par mois." Et Jean-Maurice Bernard l'assure, il n'est pas question d'une éventuelle commission de rapporteur d'affaire. Ce dernier évoque une première trahison, lorsqu'il apprend dans la presse que la société de sécurité de Vincent Crase, Mars, a été créditée, pour trois mois, de 294.000 euros.

"A ce moment-là je me dis que le client et nous-même nous sommes faits avoir", souligne-t-il. 

Rupture du contrat

C'est le 18 juillet, date à laquelle est révélée l'affaire Benalla par Le Monde, que la relation entre les différents tiers se tend. "Nous apprenons les événements du 1er mai et c'est un coup de massue. Le 20 juillet il y a les gardes à vue et nous décidons de rompre unilatéralement le contrat avec Mars. Il y a eu l'envoi de courriers recommandés que Crase n'a jamais récupérés ainsi qu'un mail, explique encore Jean-Maurice Bernard.

En ce qui concerne l'audition d'Alexandre Benalla devant le Sénat, au cours de laquelle l'ancien chargé de mission avait assuré qu'il n'avait jamais été intéressé par les activités de Vincent Crase et qu'il n'avait jamais participé à la négociation du contrat passé avec un oligarque russe, le chef d'entreprise botte en touche.

"Je m'en tiens aux faits, il a assisté à plusieurs rendez-vous sur ce contrat avec Crase et nous-même. Il a soufflé, ou bien connaissait les noms des cinq personnes qui nous ont été imposées par Crase. Ils nous ont demandé au moment de la rupture de contrat de le poursuivre, ce sont les faits."

Ultime trahison et appel à la parole

En guise de conclusion à cet entretien, Jean-Maurice Bernard dresse la situation actuelle de sa société. "Pourquoi nous n'avons pas parlé avant? Nous jugions que nous étions dans la légalité et que nous n'avions rien à nous reprocher, mais ces derniers jours, les révélations se succèdent."

Pour lui, ces révélations "détruisent de manière collatérale les carrières de plusieurs personnes." Il évoque la possibilité de porter plainte. 

"Ce qui me pousse a être devant vous aujourd'hui, c'est parce que depuis 10 jours on n'entend plus les protagonistes ni leurs conseils. Il est temps pour eux d'assumer et de prendre position, dire ce qui est. Je trouve ça dommage que je doive venir formuler cet appel."

Hugo Septier