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Homosexualité et handicap: Special, la série Netflix qui va bousculer les codes

Ryan O'Connell dans "Special"

Ryan O'Connell dans "Special" - Capture d'écran YouTube - Netflix

Ryan O'Connell joue son propre rôle dans cette série de huit épisodes diffusée en avril sur la plateforme.

La prochaine production américaine signée Netflix s'apprête à bousculer la représentation des minorités à la télévision. Special, qui débarque le 12 avril prochain sur la plateforme, s'intéresse au parcours d'un jeune homme gay et handicapé qui cache l'origine de son boitement à son entourage. Une histoire autobiographique, incarnée à l'écran par celui qui l'a vécue. Et qui, contrairement à ce que le pitch peut laisser penser, est une comédie.

Ryan Kayes, le personnage principal, est atteint de paralysie cérébrale; "une infirmité du cerveau qui se manifeste par un manque de coordination des muscles", comme il l'explique dans la bande-annonce. Les conséquences de ce handicap se font ressentir sur sa vie sentimentale et sexuelle, si bien qu'il n'ose même pas s'essayer à la drague: "J'adore que tu imagines que j'ai assez de confiance en moi pour être sur GrindR", s'amuse-t-il, évoquant la célèbre application de rencontres gays. Pour se donner du courage, il fait croire à son entourage que les dysfonctionnements de son corps sont dus à un accident de voiture. 

Acteur par hasard

Aux commande de cet OVNI télévisuel, le jeune Ryan O'Connell. Le scénariste de 32 ans (qui compte les séries Awkward et Will & Grace sur son prestigieux CV) a écrit et produit Special, adaptée de ses propres mémoires I'm Special, and other lies we tell ourselves ("Je suis unique, et autres mensonges que l'on se fait à nous-même"). Et à l'heure où les polémiques autour de rôles gays confiés à des acteurs hétéros se multiplient, lui enfile également la casquette de comédien et endosse le rôle principal. 

Ryan O'Connell n'avait pourtant pas prévu d'être le héros de sa propre histoire: "Je n'ai jamais envisagé de jouer dans Special", explique à Queerty celui qui n'a jamais joué la comédie. "Mais le monde n'est pas rempli d'acteurs gays dans la vingtaine atteints de légère paralysie cérébrale."

Le tout dans une volonté assumée de représentation: "Si, en grandissant, j'avais vu un gay (handicapé) à la télé ou dans des films qui me faisait penser à moi, cela aurait probablement changé à jamais le cours de ma vie."

"Les gens n'étaient pas prêts"

Comme son personnage, Ryan O'Connell a menti sur les origines de son handicap: "Quand je suis arrivé à New York, tout le monde pensait que mon boitement était dû à mon accident de voiture. Je ne les ai jamais corrigés parce que je ne me suis jamais identifié à ma paralysie cérébrale", explique-t-il à Vulture. Il fait finalement ce qu'il appelle son "coming out" en tant qu'handicapé à 28 ans dans un poste de blog. Le texte retient l'attention de Jim Parsons, acteur-star de la série The Big Bang Theory. Il officie comme producteur exécutif sur Special

Cette sitcom de 15 minutes (encore une première pour Netflix) en huit épisodes, Ryan O'Connell a dû la porter à bout de bras devant différents producteurs:

"Les gens n'étaient pas prêts", raconte-t-il au même média. "On présentait l'idée, et tout le monde était mort de rire en disant 'Mon Dieu, c'est tellement unique et fou.' Et les uns après les autres, ils étaient pris de doutes au moment de faire une offre."

Des craintes infondées selon lui, comme il l'explique à Queerty: "Je pense que la peur que beaucoup ont eue était qu'une série sur un gay handicapé n'intéresserait que les personnes gays et handicapées, mais c'est des conneries. Le personnel est universel. On retrouve des expériences communes à travers les spécificités."

Benjamin Pierret