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Comment la coupe mulet s'impose comme la tendance capillaire de 2021

Billy dans "Stranger Things", Joe Exotic, Miley Cyrus et Rihanna ont adopté la coupe mulet

Billy dans "Stranger Things", Joe Exotic, Miley Cyrus et Rihanna ont adopté la coupe mulet - Netflix, captures d'écran Instagram

Adoré par les uns, décrié par les autres, le mulet divise. En 2021, il s’impose comme la coupe tendance aussi bien chez les hommes que les femmes - mais attention, dans une version modernisée.

Jamais une coupe de cheveux n'aura été aussi clivante. Pratique et cool pour certains, horreur capillaire pour d'autres, le mulet fait débat. N'en déplaise à ses détracteurs, il fait son grand retour - même si, en vrai, il n'était jamais vraiment parti. Courte devant, très dégradée et longue sur la nuque, cette coupe rendue célèbre dans les années 1970 par David Bowie ou encore Little Richard, a perduré dans les années 1980 et 1990, popularisée par les footballeurs, héros de séries ou encore rock stars. On l'a même aperçue dans les années 2000 sur Scarlett Johansson et les danseurs de Tecktonik. Mais en 2021, elle s'impose comme une véritable tendance, après un come-back progressif entamé en 2020.

“La tendance du mulet va s'intensifier en 2021, nous allons voir de plus en plus de gens avec cette coupe”, a assuré au DailyStar Tony Copeland, co-créateur de la British Master Barbers Alliance.

Billie Eilish, Jacob Elordi, Miley Cyrus, Rihanna, Christine and the Queens, Cara Delevingne, Maisie Williams... les stars, elles, ont déjà sauté le pas. Et sur TikTok, reflet des modes et tendances, on ne compte plus le nombre de vidéos d'internautes qui filment leur transformation capillaire. Mais comment en est-on arrivé là?

Le confinement, ce pro-mulet

En mai 2020, alors que le monde entier est confiné et les salons de coiffure fermés, certains impatients décident de se lancer en solo dans des expériences capillaires. En parallèle naît une nouvelle icône de la pop culture: Joe Exotic, star de la série documentaire Tiger King sur Netflix. Un passionné de félins qui porte un mulet peroxydé sur ses vestes à franges et chemises satinées - un style si décalé qu'on en oublierait presque qu'il est emprisonné pour tentative de meurtre et accusé de maltraitance animale. Le cocktail confinement/Tiger King est explosif: le site britannique Standard rapporte que sur Internet, les recherches "Comment se faire une coupe mulet" ont explosé, progressant de 1124% à partir du premier confinement.

Pour Simon Chossier, 26 ans et hair stylist dans l'agence B. Agency à Paris, "le confinement a aidé l’acceptation du mulet".

"Beaucoup de personnes qui avaient déjà une nuque assez longue ne sont pas allées chez le coiffeur, ont laissé pousser d'environ six, huit centimètres, et se sont rendues compte que cette coupe ne les dérangeait pas. Cela a grandement aidé les gens à adopter le mulet, un peu inconsciemment", explique-t-il.

Rémi, étudiant de 20 ans, a justement franchi le pas durant le premier confinement. "Ça faisait un bon moment que je pensais à me faire cette coupe, et j’ai sauté le pas en mars 2020", nous raconte-t-il. "On était un peu obligés de se couper les cheveux nous-mêmes, alors je l’ai fait moi. C’était un peu compliqué à faire tout seul, surtout sur les côtés", concède-t-il.

"J’ai remarqué qu'au début, certaines personnes demandaient une coupe mulet pour rigoler ou juste pour essayer avant de repasser à un style plus classique. Mais force est de constater que l'essayer, c'est l’adopter!", nous dit Fanny Fraslin, 32 ans, coiffeuse free-lance et co-créatrice du webzine mode Jacquard Mag.

Et Rémi confirme: "Je trouve ça super agréable et très pratique comme coupe, ça ne demande pas un énorme coiffage, ça te gêne pas puisque c'est court devant."

Une coupe dure à réaliser, mais facile à entretenir

Si comme le jeune étudiant, beaucoup se sont improvisés coiffeur à domicile, Simon Chossier met en garde: il s’agit d’une coupe difficile à réaliser, et un accident est vite arrivé.

"Il faut faire attention à ce genre de coupe: ça parait simple comme ça, on se dit qu’il faut juste laisser sa nuque longue et couper court devant. Mais il y a tout un travail de dégradé à faire, il faut demander à un coiffeur compétent pour avoir un joli résultat et éviter la catastrophe. D’autant qu’il faut savoir adapter cette coupe à sa texture de cheveux", prévient-il.

En revanche, la suite est bien moins contraignante. "Ce n’est pas une coupe qui a besoin de beaucoup d’entretien. C’est une coupe qu’on doit laisser vivre, qu’on peut laisser repousser facilement trois mois avant de s’en occuper à nouveau. Le mulet, c’est une coupe de laisser-aller. Même en prenant de la longueur, le dégradé sera encore présent", ajoute le spécialiste.

"Si c’est un peu fouillis c’est pas très grave", appuie Romain Puppione, 32 ans et coiffeur dans un salon à Porto-Vecchio. "Ça donne un côté un peu grunge, un peu 'je m'en fous de moi mais je suis stylé quand même'."

Et nos trois experts sont unanimes: tout le monde peut adopter le mulet. "C’est une coupe de cheveux qui va à tout le monde du moment qu’elle est assumée”, estime Fanny Fraslin. "Sachant qu’il y a plusieurs types de mulet, plus ou moins longs sur la nuque et plus ou moins rasés sur les côtés. Ce n’est pas une coupe qui exige d’avoir une nature de cheveux particulière, elle est universelle. Tout le monde peut se l’approprier."

Simon Chossier précise toutefois que cela peut s'avérer "peut-être un peu plus difficile sur des cheveux crépus ou trop lisses", et que l'idéal est d'avoir "des cheveux avec des boucles bien structurées et dessinées".

Du milieu artistique au grand public

Mais si le mulet va "techniquement" à tout le monde, n'importe qui peut-il vraiment se l’approprier? Romain Puppione souligne que s'il fait son retour progressif depuis “quatre-cinq ans”, autant sur les hommes que sur les femmes, il n’est pas encore adopté partout, et reste encore cantonné à un milieu bien précis.

“Quand je travaillais à Montréal ou Marseille on m’en demandait beaucoup mais en Corse par exemple, pas du tout”, raconte-t-il. "Et c’est toujours un peu le même type de clients: des fêtards, des gens du monde de la nuit, très branchés et pointus."

Même son de cloches du côté de Simon Chossier. "On m’en demande assez régulièrement depuis environ un an, mais c’était jusqu’ici surtout des chanteurs et chanteuses, des acteurs, des DJs…", énumère-t-il. "Depuis trois mois, de plus en plus de particuliers m’en demandent, mais très peu dans les milieux qu'on 'conventionnels', par exemple dans la banque..." Il estime toutefois qu’au cours de l’année passée, “20 à 25%” de sa clientèle lui a fait confiance pour passer à la coupe mulet. Une vraie augmentation par rapport à l'année précédente, selon lui.

Si en Europe, le grand public est encore frileux à l'idée de porter la nuque longue, en Australie, où se tient depuis 2018 le "MulletFest", la tendance est plus répandue. Le site australien New Daily publiait en décembre 2020 une étude menée auprès de 18 salons de coiffure à Melbourne, selon laquelle la coupe mulet est “le look adopté en majorité” par les clients, surtout les plus jeunes. Un salon interrogé avance même que 30% de la clientèle masculine s’est présentée, post-confinement, avec des mulets auto-réalisés chez eux, afin de demander à entretenir leur nouvelle coupe.

Le retour de l'esthétique des années 1980 et 1990

Enfant de l’an 2000, Rémi est né bien après l’époque où la tendance mulet était à son apogée. Mais sa génération baigne dans l'esthétique rétro de l'époque, grâce aux réseaux sociaux, la pop culture et plusieurs fictions. On peut notamment citer la série à succès Stranger Things, qui se déroule dans les années 1980: les personnages de Billy, Steve ou encore Dustin, apportent chacun leur dose de mulet.

“Inconsciemment, je pense que c’est tout ça qui m’a donné envie. J’aime beaucoup l'esthétique autour du mulet", explique le jeune homme, qui a notamment été inspiré par le groupe français Salut C’est Cool, à l’esthétique kitschissime. “J’ai toujours trouvé ça assez classe. J’ai aussi rencontré des artistes sur Paris qui en portent un, et ça m’a attiré."
Des mulets, dans la série "Stranger Things"
Des mulets, dans la série "Stranger Things" © Netflix

Romain Puppione cite de son côté l’exemple du footballeur Chris Waddle, ancien ailier de l'Olympique de Marseille qui foulait la pelouse coiffé d'une coupe mulet, entre la fin des années 1980 et le début des années 1990: "C’était une grande star, il avait la brosse et le mulet, ce qui était très à la mode”. Ce fameux Chris Waddle a d'ailleurs surfé, en avril 2020, sur le revival de cette coupe. Il a ainsi partagé sur les réseaux sociaux une photo où il arbore un (faux) mulet, histoire d'attirer l'attention des internautes et les encourager à respecter le confinement.

"La mode est un renouvellement, et ça s’applique aussi aux tendances capillaires. Dans les années 2010, on était très années 1970, avec des coupes longues et bohèmes, on a eu des petits carrées années 20 dans les années 2000", rappelle Simon, pour qui le retour au mulet est une suite logique.
Chris Waddle en avril 2020
Chris Waddle en avril 2020 © Capture d'écran Instagram

Une version modernisée

En 2021, le mulet n’est plus vraiment le même que celui arboré par Waddle dans les nineties. La version moderne se porte ainsi plus sur cheveux bouclés - quitte à réclamer une permanente sur la longueur de la nuque si l’on a des cheveux trop lisses.

"On garde la même base, mais c’est beaucoup plus léger, c’est désépaissi. Dans les années 1970, 1980 et 1990, les figures qui portaient le mulet avaient une nuque très épaisse, on gardait la globalité, sans réel dégradé. Aujourd’hui, on a moins de textures, un dégradé plus travaillé, avec des mèches longues, c’est plus aérien", détaille Simon Choissier.

La nuque est aussi moins longue, et les clients n'hésitent pas à demander des mèches ou teintures intégrales dans des teintes de couleurs audacieuses, façon Billie Eilish et ses mèches vert fluo, afin de créer de la dimension dans la coupe mais aussi d'ajouter une touche mode.

Une coupe de “ploucs”... pour les gens branchés

A l'instar de sa version rétro, le mulet 2.0 est loin de faire l'unanimité. "Bien que largement mis en valeur et popularisé par de nombreux artistes ou encore sportifs, le mulet est en majorité associé à un style de 'beauf'", souligne Fanny Fraslin. "Avant que cette coupe fasse partie de la mode pointue, elle était surtout arborée par des gens de la classe ouvrière - notamment les pêcheurs, d’où le nom 'mulet', qui est une variété de poisson en anglais", explique ainsi l'experte. Paradoxalement, c'est justement ce côté "outsider" qui plaît à ceux qui l'adoptent.

“Il y a ce sentiment général que le mulet est particulièrement sans classe, démodé et hideux”, affirme Willa Paskin, animatrice du podcast The History of the Mullet. "C'est exactement ce que les sous-cultures qui ont embrassé le mulet (les enfants de l'électropunk, les red-necks assumés, les fashionistas, les personnes queer) aiment à ce sujet: c’est une manière de rire au nez du respect du grand public."

"C'est un peu l’idée que j’avais aussi en la faisant: plein de gens trouvent ça ringard, mais moi je trouve ça amusant de jouer avec ça”, confirme Rémi, qui se fiche du regard des autres, et avoir fait ça "un peu sur le ton de la blague".

Finalement, les réactions ont été plus que bienveillantes. “Depuis que je l’ai, on ne m’a fait presque que des compliments", confie-t-il. "Beaucoup de gens m’ont dit qu’ils avaient envie de s’en faire une depuis longtemps, mais n’avaient jamais osé. C’est vraiment en train de prendre de l’ampleur, j’ai l’impression de voir de plus en plus de gens avec cette coupe autour de moi."

Résultat des courses: sa petite amie, mais aussi un camarade de classe, ont aussi adopté la coupe mulet. Quant à Rémi, il est bien parti pour garder la sienne “un bon moment". Le mulet est-il sur le point de conquérir le monde? "Le mulet reste tout de même un produit de niche, allant à l’origine à contre-courant de la mode en général", rappelle Fanny Fraslin. "Nous pourrons réellement parler de 'mulet mania' lorsqu’on verra tous les présentateurs et présentatrices télé portant fièrement une nuque longue comme si de rien n’était."

Nawal Bonnefoy