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Quand confinement rime avec désastre capillaire

La mannequine Irina Shayk coiffée lors du défilé Victoria's Secret au Grand Palais à Paris le 30 novembre 2016 (photo d'illustration)

La mannequine Irina Shayk coiffée lors du défilé Victoria's Secret au Grand Palais à Paris le 30 novembre 2016 (photo d'illustration) - Lionel Bonaventure-AFP

La population française se divise en deux catégories: les aventureux et audacieuses qui osent prendre les ciseaux et les autres, prudents, qui attendent avec impatience la fin du confinement pour retourner chez le coiffeur, désespérés par leur état capillaire.

Voilà plus d'une semaine que les Français sont confinés. Et cela devrait durer plus longtemps que les quinze jours annoncés initialement. S'il est encore possible de sortir, à de rares exceptions, pour faire ses courses et pratiquer un peu d'activité physique - bien que les conditions de ces sorties aient été durcies - il est interdit de rendre visite à sa famille, d'aller chez ses amis, ou plus prosaïquement, chez le coiffeur. Et pour certaines et certains, c'est là un vrai problème.

"Si je me rate, ce n'est pas grave"

C'est le cas de Jean-François*, 49 ans, qui travaille à la mairie de Paris et réside à Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Cet habitué d'un salon de coiffure pour hommes de quartier qui aime "avoir les cheveux très courts" s'inquiète de son avenir capillaire auprès de BFMTV.com. Lui qui allait se faire couper les cheveux "tous les quinze jours, trois semaines" commence déjà à les trouver trop longs - ils n'ont pas été coupés depuis un mois. Il envisage, en dernier recours, d'acheter une tondeuse en grande surface, faute de mieux.

Nawal*, une Parisienne de 28 ans, a déjà sauté le pas et s'est elle-même coupé la frange. Cette journaliste de BFMTV se dit plutôt satisfaite du résultat - "franchement, c'est pas mal" - contrairement à une précédente expérience d'une auto-coupe de cheveux catastrophique. "Je passe mes journées en pyjama, pas maquillée, je n'en pouvais plus de me trouver moche, il fallait faire quelque chose", juge-t-elle sévèrement.

"Je me suis dit que de toute façon, si je me ratais, comme je ne vais voir personne avant plusieurs semaines, ce n'était pas grave. C'est le moment de tester des choses", ajoute la jeune femme.

"Une tignasse qui pousse vite et drue"

Mais tout le monde n'ose pas s'improviser coiffeur. Comme François*, un retraité de 66 ans, qui a quant à lui préféré transgresser les interdits pour pouvoir se faire couper les cheveux. Impossible pour ce Savoyard qui a "une tignasse qui pousse vite et drue" de rester "plus d'un mois comme ça" - son rendez-vous chez sa coiffeuse fixé vendredi dernier a été annulé en raison du confinement.

Par connaissance, François a réussi à trouver les coordonnées d'une personne sachant manier la paire de ciseaux. Il s'est rendu chez elle, à quelques kilomètres de son domicile, en toute illégalité. Il assure l'avoir fait "par besoin, pas par plaisir" et respecter le reste du temps les consignes de confinement.

Pauline*, une travailleuse sociale de 22 ans qui vit en Seine-et-Marne, a quant à elle renoncé à entretenir sa mèche. "Je commence à ressembler à un caniche", rit-elle jaune. La jeune femme a décidé de tirer une croix sur ses jolies coiffures et attachera ses longs cheveux jusqu'à la fin du confinement. "Ce qui est bien, c’est que je les lave beaucoup moins souvent puisque je ne sors pas, donc ça les repose", tente-t-elle de positiver. Son compagnon, Christophe*, est beaucoup moins confiant. "Il m'en parle tous les jours de ses cheveux."

Des tutos de coiffeurs professionnels

Certains professionnels de la coiffure tentent ainsi de venir en aide à ces désespérés. C'est le cas de Chloé Tabusse, qui possède un salon de coiffure à Montpellier. Brushing wavy sans fer à boucler ou brushing sans brosse, coiffure rétro ou encore "queue de cheval rapido": sur sa page Instagram, elle diffuse depuis le début du confinement un tuto par jour. "Je ne m'attendais pas à un tel engouement", explique-t-elle à BFMTV.com. Ses vidéos sont vues par plusieurs centaines de personnes.

Elle qui n'avait encore jamais fait de tuto a décidé de se lancer dans le tournage de ces petites vidéos explicatives notamment pour "garder le lien avec ses clientes".

"Je n'ai pas eu le temps d'aller chercher mon matériel au salon, ajoute Chloé Tabusse. Du coup, je me suis adaptée à ce que j'avais à la maison. J'ai le même matériel que mes clientes, ce que je montre est facile à réaliser."

Si elle ne propose pas de tuto pour se couper les cheveux - "je n'ai pas envie de changer de coiffure", précise-t-elle - les vidéos de ce genre tournées par des professionnels ou des anonymes pullulent sur les réseaux sociaux. Mais pour Christophe, évoqué un peu plus haut, pas question de se lancer dans une telle odyssée.

"Si je me loupe, c'est la catastrophe"

Pour ce jeune homme de 26 ans en formation dans la sécurité, cette période sans passer entre les mains d'un professionnel de la coiffure est assez difficile à vivre. Lui qui allait deux à trois fois par mois chez le coiffeur pour entretenir sa coupe afro assure que ce dernier aura "un boulot monstre" lorsqu'il pourra retourner le voir.

"J'ai une de ces touffes! témoigne Christophe. Ni tressé, ni les contours faits, c'est la galère! Je ressemble à peu près aux Jackson Five, mais en version pas coiffée."

Si sa compagne essaie de lui donner un coup de main pour lui brosser les cheveux, il assure qu'il n'est "pas question" qu'ils tentent un coup de ciseaux ou de tondeuse. "Si je me loupe c'est la catastrophe! Surtout pour les cheveux du haut, c'est deux ans de pousse qui tombent en miettes."

Tous les témoins marqués d'une * n'ont souhaité être présenté que par leur prénom.

Céline Hussonnois-Alaya