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Ramzy à l'affiche de La Lutte des classes: "Comme j’étais à l’école privée, j’étais toujours le seul rebeu"

Baya Kasmi et Ramzy dans La Lutte des classes

Baya Kasmi et Ramzy dans La Lutte des classes - UGC

A l’affiche de La Lutte des classes de Michel Leclerc, Ramzy Bedia commente l’évolution de sa carrière, ses films avec Eric Judor, et ses projets.

Ramzy délaisse un peu ses loufoqueries. L'acolyte d'Eric dévoile depuis quelque temps au cinéma une facette inattendue de sa personnalité. La Lutte des classes de Michel Leclerc, où il incarne un directeur d’école publique à Bagnolet, en est le dernier exemple. À l’occasion de la sortie de ce film, mercredi 3 avril, il commente l’évolution de sa carrière, ses films avec Eric et ses projets.

Après Lola et ses frères de Jean-Paul Rouve en novembre dernier, vous dévoilez dans La Lutte des classes une facette inattendue de vous: de la tendresse.

Ça va peut-être avec l’âge. J’ai 47 ans maintenant. Je suis moins excité qu’avant. On me propose des choses plus sérieuses. Je fais pas mal de films en ce moment où des réalisateurs ont vu chez moi des choses que je ne voyais pas. Du coup, j’y vais parce que j’ai confiance en eux et qu’ils sont bienveillants, Michel Leclerc encore plus que les autres.

Le conflit entre l’école publique et l’école privée, qui est au cœur de La Lutte des classes, vous parle?

Je l’ai connu. J’étais un jeune rebeu de cité à Gennevilliers. Mes parents ne voulaient pas me mettre à l’école publique de la cité, parce qu’ils pensaient que c’était un nid d’échec scolaire. Ça l’était. On venait d’un quartier très difficile. Ils m’ont mis à l’école privée catholique. J’avais une double vie: j’y passais la journée - je faisais même mes prières - et le soir je rentrais dans ma maison de culture et de tradition musulmane et je voyais mes potes de la cité.

Vos enfants sont allés à l’école privée?

Non. Il y a eu une ascension sociale. J’habitais dans Le Marais et l’école publique du Marais, c’est sympa (il sourit).

Comme vos rôles, votre humour a changé: il est devenu moins burlesque.

J’ai travaillé ça. Il y a des réalisateurs, pendant que je joue, qui m’ont dit: 'Stop, c’est trop Ramzy.' On m’a souvent sorti cette phrase. Ça me vexe un peu, mais, quelque part, ils m’ont emmené vers le jeu, ils m’ont enlevé tous mes tics burlesques. Avant, je ne pouvais pas rester dans un silence. Quand il y avait une scène, je ne savais pas que l’on pouvait faire passer des choses dans le silence. Il fallait toujours que je le comble avec une blague, un objet qui tombe, un coude qui glisse.

Dans Hibou, votre première réalisation, vous étiez déjà sorti de votre personnage habituel.

C’est mon petit jardin, ce film. Je voulais raconter mon histoire, celle du costume dans lequel on se cache - ce que je fais: je suis grand, dégingandé. J’ai toujours souffert de ça. On ne me voyait pas quand j’étais petit. Comme j’étais à l’école privée, j’étais toujours le seul rebeu. Personne ne me calculait vraiment. Ce n’était pas du racisme. On ne me voyait pas, alors je me suis mis à beaucoup bouger, à faire le con et là, on m’a vu. Je crois que c’est ça que je racontais dans Hibou.

Dans Hibou, vous dirigez Philippe Katerine, qui était déjà apparu dans La Tour de contrôle infernale sous les traits du colonel Janiouniou, le chef des Moustachious. D’où viennent ces mots?

C’est Eric et moi. Pour les Moustachious, on cherchait un mot drôle pour les méchants. Quand je suis avec Eric, on est dans une autre logique. Une fois que je vois [le film], je me demande pourquoi on a fait ça. Elles sont loin, ces vannes. Ça, c’est avec Eric. Ce n’est pas le même travail que lorsque je suis avec Franck [Gastambide]. Il prépare une série pour Canal. J’ai un bon rôle dedans. Je vais faire un toxico-dépressif. Je n’ai jamais fait ça de ma vie. Il va falloir le jouer!

Philippe Katerine dans La Tour de contrôle infernale
Philippe Katerine dans La Tour de contrôle infernale © Copyright Légende Distribution

Contrairement à la plupart de vos comédies avec Eric, qui étaient un peu hors du temps, Halal police d’état, sorti en 2011, était en prise directe avec l’actualité: vous y parliez de racisme.

Au début, on mettait un point d’honneur à ne pas avoir de message. On voulait que les gens qui sortent de notre salle ou de notre film se disent: ‘je n’ai rien appris, mais qu’est-ce que je me suis marré.’ Puis, de plus en plus, on a ajouté des choses. Halal police d’état, c’est le coup de cœur de mes films. Il y avait en Algérie un mec qui s’appelait l’inspecteur Tahar, qui était une star dans les années 1970-80. Il faisait des sketches à la Benny Hill. C’était un inspecteur complètement idiot. J’ai grandi avec ça quand on allait en Algérie en vacances. L’idée de le refaire me tenait beaucoup à cœur. Eric m’a suivi là-dedans. Et j’adore ce film. Je trouve dommage qu’il ne soit pas super bien filmé. Mais j’adore l’esprit du film. Il n’y avait pas encore toutes ces histoires horribles de terrorisme que l’on a subies. C’était plus léger.Je ne sais pas si aujourd’hui on le referait de la même manière. Je rêve d’en faire un deuxième comme celui-là. On voulait faire Nerh-Nerh contre Scotland Yard.

Vous deviez faire un film avec Quentin Dupieux, Garde à l’œil.

Oui, on devait faire Au Poste [sorti en juillet 2018, NDLR]. Garde à l’œil, c’était Au Poste. Il l’avait écrit pour nous et je ne sais pas pourquoi, au dernier moment, ce n’est pas nous qui l’avons fait. Je répondrai toujours présent à Quentin. Il fait des films sacrément intéressants.

Cette année, c’est le grand écart: vous êtes à la fois dans le nouveau film de Jeanne Balibar et dans Rendez-vous chez les Malawa de James Huth.

Et chez Rabah Ameur-Zaïmeche! [Ce film] est dur. C’est un médecin en France pendant une période terroriste. Je soigne des blessés. Ça chiale. C’est une sorte de dystopie sur ce que pourrait être la France si le Front national passait. Il y a des barrages partout, tous les Arabes sont surveillés et parqués. C’est très dur. Le Balibar, c’est bien aussi. C’est une nouvelle équipe qui remporte la mairie de Montfermeil [en Seine-Saint-Denis, NDLR] et qui promulgue de nouvelles règles totalement absurdes et poétiques: tous les lundis, les hommes doivent être en jupe. Comme je joue l’adjoint au maire, je serai en kimono!

À part le Palmashow et Les Déguns, les duos ont un peu disparu aujourd’hui.

A chaque fois que je vois des duos, je suis touché. Ça me rappelle des souvenirs… Avec Eric, on a envie de refaire des choses encore. Je tourne déjà dans Platane.

Votre personnage sera-t-il enfin gentil avec lui dans la saison 3?

Non (rires). C’est moi le mec le plus gentil de sa vie. Je suis vraiment son ami, son frère, mais quand il me fait tourner dans ses projets, je suis un enc***. Il y a un truc psychologique très étrange. Dans La Tour de contrôle infernale, je ne m’en suis pas rendu compte [pendant le tournage], mais il me tue! Il y a la scène avec les oiseaux, les flûtes à champagne, les mains [de mon personnage] qui sont écrasées… Il me fait payer un truc, je crois.

Quels souvenirs avez-vous de Seuls Two?

C’est le premier film qu’on a co-réalisé. On était vraiment très concentré sur ce film. On voulait vraiment en faire notre carte de visite. C’est sur ce film qu’on s’est embrouillé avec Eric. C’était juste une embrouille: la preuve, on est toujours ensemble. C’est ce film qui nous a fait du mal. On savait qu’on passait à une autre étape. On avait déjà sacrément évolué. Ça faisait 15-20 ans qu’on travaillait ensemble. On n’était plus les mêmes qu’à nos débuts. On s’en rendait bien compte. Il nous fallait une pause.

Quels sont vos projets?

Je vais tourner avec Samuel Benchetrit à Dunkerque, puis dans Brutus de Kheiron. Je fais Balles perdues pour Netflix. Après, je fais Toto, d’après les blagues. On m’a proposé le rôle du méchant. J’adore faire des films pour les enfants et y jouer des méchants. Les enfants se souviennent de toi! J’écris aussi un nouveau film avec Vincent Desagnat. Ce sera sur Raël et ça s’appelle Raoul.

Jérôme Lachasse