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Eric Judor: "On a très envie de refaire un truc avec Jamel et Ramzy"

Eric Judor dans Roulez Jeunesse

Eric Judor dans Roulez Jeunesse - Copyright Céline Nieszawer

A l'affiche de Roulez Jeunesse, l'humoriste raconte les défis qu'il a dû relever pour son premier rôle tragi-comique, ses projets avec Ramzy et Jamel, ainsi que ses échecs au cinéma.

Dans Roulez Jeunesse, son premier film tragi-comique, Eric Judor ne fait pas son "Tchao Pantin", en référence au célèbre film de Claude Berri qui a valu un César à Coluche. "Et pourtant j’ai une salopette, je suis garagiste et je fais pleurer", rigole-t-il.

A 49 ans, le comédien incarne comme à son habitude un homme devant s’occuper d’une marmaille abandonnée par sa mère. Un rôle assez proche de ceux, "un peu lunaire, un peu déconneur", qu'il interprétait dans Platane ou Problemos

"Exactement. C’est une autre petite corde que je fais vibrer, une corde plus intime. Jusqu’à présent, mes personnages étaient plutôt en surface. Ils avaient de la distance sur les situations. Même dans Problemos: il n’est jamais impliqué dans ce qu’il se passe pour son entourage ou pour lui. Il y a toujours le second degré en plus. Alors que, là, il prend les choses dans le ventre. Il est obligé. Et moi, en tant qu’acteur, j'étais obligé d’y aller. C’était dur."

"Dans tous mes personnages, il y a un fond de l’enfance"

Ce tournage a été le plus éprouvant de sa carrière. Jusqu'à présent, il se rendait sur ses films "la fleur au fusil": "Je savais que j'allais déconner avec les assistants, les maquilleuses et mes partenaires de jeu. Là, il fallait oublier ces réflexes et jouer la situation, aller prendre l’émotion dans des trucs persos". Autre nouveauté: pour la première fois, Eric Judor a dû jouer une scène de sexe. 

"Dans tous mes personnages adultes, il y a un fond de l’enfance. La naïveté, la gaucherie, l'immaturité: c’est l’enfant que j’essaye de dépeindre de différentes couleurs. Ça fait aussi partie de ma pudeur. Je n’ai jamais voulu montrer ou évoquer ça avec mon corps ou dans mon écriture. Là, j’étais obligé de le faire. Comme les séquences d’émotion. C’est nouveau. Je n’étais pas hyper à l’aise avec ça."

Avec sa marmaille sur le dos, Eric Judor doit prendre ses responsabilités. Il multiplie malgré tout les gaffes, répétant à qui veut l’entendre: "C’est moi le mec sympa, je rends service". De Seuls Two à Platane, c’est le leitmotiv de ses personnages, toujours persuadés de bien agir tout en provoquant des catastrophes: "C’est drôle, parce que c’est ce que je pense de ma carrière", dit-il dans un éclat de rire.

Dix ans de "traumas"

Les échecs répétés des films qu’il a réalisé depuis dix ans (Seuls Two, La Tour de contrôle infernale et Problemos) lui pèsent dessus. Il en parle cependant librement:

"Il y a des projets où je suis persuadé d’avoir tout mis: mes exigences, ma culture comique, mon expérience de jeu, d’image, de rythme et ça fait pschitt à la sortie. Et je ne comprends pas: les gens ont adoré des trucs moins bien finis et ils n’y vont pas là. Puis, deux ans plus tard, on me dit que c’était génial. Seuls Two est sur Netflix depuis quelques mois. Ils ont fait 700.000 vues. C’est beaucoup". Puis il s’écrit avec une pointe d'amertume: "Il était taffé le film! Il était joyeux, solaire."

Malgré ces "traumas", Eric Judor ne baisse pas les bras et fourmille de projets. Il prépare un Zorro avec Laurent Lafitte et une série musicale, Danse avec les Keufs, avec son complice Youssef Hajdi. "Je continue de chercher. Je suis obligé. C’est une sorte de motivation". L'humoriste travaille sans relâche, mais s’est imposé une limite: ne pas blesser le public. "Je continue de dire et de faire des choses qui visiblement heurtent les gens. Quand je parle de cinéma français, par exemple. Et je le regrette dès que je le dis", dit-il en référence à ses commentaires récents sur Taxi 5 de Franck Gastambide.

Il précise: "C’est vraiment un truc de bienveillance: ça me fait chier de heurter des vrais gens. Encore plus des gens que je connais et que j’apprécie par ailleurs." N'a-t-il pas peur d'être attaqué sur Alad'2? "Ça me ferait chier aussi. Regarder le film et après vous pouvez vanner. C’est pour ça que c’est débile de faire des sorties là-dessus. Ça n’a pas vraiment de sens."

"Jamel est quand même très très très drôle"

Alad'2 est un film particulier pour Eric Judor. Le tournage de ce blockbuster a été l’occasion pour lui de retrouver ses vieux camarades de H: Jamel Debbouze et Ramzy.

"C’était le principal attrait de cette histoire: se reformer et faire les cons. Ça nous a donné très envie de faire un truc à trois. Jamel est quand même très très très drôle. Il a bien vieilli le mec. Il a une nature comique. J’aime bien quand il fait des trucs un peu plus engagé. Cependant, quand on a ce talent comique, il faut l’utiliser."

Eric Judor développe également un autre projet avec Ramzy. Le duo envisage de faire un late show sur Canal + pour "retrouver le public". "Ça nous manque", confie le comédien. "Dès que je fais des avants-premières, ça doit durer 10 minutes et je pousse jusqu’à une demi-heure tellement ça me fait du bien d’entendre les gens rire à une vanne qui a été faite à l’instant". Après dix ans de films où le public ne rit pas en salles, mais "deux ans plus tard en VOD", on veut bien le croire.

Jérôme Lachasse