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Pourquoi Bad Boys II, unanimement détesté, est un des films les plus importants des années 2000

Bad Boys II

Bad Boys II - Sony

Le troisième volet de la franchise d’action avec Will Smith et Martin Lawrence sort au cinéma ce mercredi 22 janvier. L’occasion de revenir sur Bad Boys II, blockbuster haï par la critique et miroir de l'Amérique des années Bush.

Dix-sept ans après Bad Boys II, Mike Lowrey (Will Smith) et Marcus Burnett (Martin Lawrence) reprennent du service. Toujours installés à Miami, les "mauvais garçons" affrontent la crise de la quarantaine et les cartels. Bad Boys for Life, réalisé par le duo belge Adil El Arbi et Bilall Fallah, achève une trilogie de comédies d’action d’anthologie débutée par Michael Bay en 1995. Souvent décriés par la critique, les deux premiers Bad Boys se révèlent en réalité passionnants et indispensables pour qui veut comprendre les États-Unis des années 1990 et 2000.

C’est la thèse développée par Camille Laurence, passé par une école de cinéma et étudiant à l’Inalco. Fan du premier Bad Boys, "un vrai film d’action maîtrisé de bout en bout", qui s’ouvre sur "une des meilleures scènes que Michael Bay ait jamais filmées", il a mis du temps à apprécier le deuxième volet de la franchise. Lorsqu’il découvre Bad Boys II au cinéma, en 2003, sa réaction est sans appel. Comme beaucoup, il sort "très déçu" de la salle, jugeant le résultat "trop long, trop outrancier." 

"L’impérialisme américain dans tout ce qu’il a de plus vulgaire"

C’est des années plus tard, en école de cinéma, poussé par un congénère fan de Michael Bay, et armé d’une meilleure connaissance du monde, qu’il redonne sa chance au film. Lors de ce troisième visionnage, il a une révélation: "J’ai commencé à y voir une espèce de représentation exacte de ce qu’était l’Amérique en 2003." Deux ans après l’attentat du 11-Septembre, les Etats-Unis sont en crise mais toujours persuadés de leur toute-puissance sur le monde. Les GIs s’apprêtent à envahir l’Irak pour y trouver des armes de destruction massive dont l’existence s’est depuis avérée infondée. 

Bad Boys II a été imaginé dans ce contexte-là. Pendant deux heures et demie, Martin Lawrence et Will Smith mettent Miami sens dessus dessous pour mettre la main sur un passeur de drogue. Au passage, ils s’en prennent, sans distinction, au Ku Klux Klan, aux Russes, aux Haïtiens et aux Cubains. "Tout ce que Michael Bay estime être un ennemi de l’Amérique s’en prend plein la gueule entre les mains des deux flics de Miami. Ça démontre l’idée que l’Amérique soudée est meilleure que le reste du monde", note Camille Laurence, avant d’ajouter: "On parle quand même de deux flics de Miami qui finissent par détruire toute une base militaire à Cuba! Il n’y a plus de règle. C’est l’impérialisme américain dans tout ce qu’il a de plus vulgaire." Comme si les Etats-Unis prenaient leur revanche sur le fiasco de la Baie des Cochons en pleine seconde guerre d’Irak. 

"Un des films les plus importants de son époque"

Bad Boys II est le film où Michael Bay manifeste au plus haut point son patriotisme et son amour de la pyrotechnie. Comédie d’action qui tire le meilleur du duo composé par Martin Laurence et Will Smith, Bad Boys II est aussi "le film de tous les excès", un spectacle par moments d’une grande violence et donc d’une "honnêteté totale" qui interroge la fascination de l’Amérique pour l’ingérence politique.

Pour ces raisons, "Bad Boys II est la somme de l’œuvre de Michael Bay jusqu’à 2003", poursuit-il. "C’est un des films les plus importants de son époque. Dans la démarche, ça se rapproche aussi de John Rambo de Stallone qui est affreusement violent, affreusement stupide, mais aussi d’une honnêteté folle." Dans ce quatrième volet de la franchise Rambo, Stallone met en scène des séquences d’une violence excessive, voire insoutenable pour mieux dénoncer la brutalité de la junte birmane et justifier l’intervention de son personnage. 

Michael Bay, qui signe dans Bad Boys II certaines de ses séquences les plus connues, comme la fusillade avec les Haïtiens, reproduit à l’écran l’esthétique de la télévision américaine de l’époque et de MTV. Une imagerie "très démonstrative", qui étale l’opulence d’une société qui pense être au-dessus de tous: "C’est le produit d’une Amérique qui pendant dix ans s’est sentie intouchable. Le film sort au moment où on est abreuvé d’images américaines, où la télé-réalité américaine commence à s’exporter dans le monde entier. Quand je disais que c’est le film somme de Michael Bay, c’est que c’est son film le plus vulgaire - et de très, très loin. Même le premier qui est déjà assez vulgaire est un film pour enfants en comparaison." 

Seth Rogen, connu pour ses comédies potaches avec Judd Apatow, a été script doctor sur Bad Boys II. On lui doit notamment la scène où Martin Lawrence découvre deux rats en train de s'accoupler. Un des sommets satiriques du film que le scénariste de The Interview et Sausage Party n'a pas réussi à égaler depuis, estime Camille Laurence.

Michael Bay, un véritable auteur de cinéma

Dix ans après la sortie de Bad Boys II, Michael Bay propose un discours similaire dans No Pain No Gain avec Mark Wahlberg et Dwayne Johnson. Dans cette satire de l’Amérique des années 1990, des pieds nickelés de Miami atteints de la folie des grandeurs imaginent un kidnapping qui se retourne contre eux. Une version grotesque et vulgaire du rêve américain, comme Bad Boys II. Sorti en 2017, Transformers 5 est selon Camille Laurence l’autre film somme de Michael Bay où les Autobots, des robots surpuissants, ont besoin d’être épaulé par l’armée américaine pour sauver le monde: "Michael Bay est plus qu’un réalisateur de films d’action, c’est un véritable auteur de cinéma".

Dix-sept ans après, la folie de Bad Boys II a peu contaminé les blockbusters. Aux Etats-Unis, on la retrouve un peu dans les John Wick, avec Keanu Reeves, et surtout dans Fast and Furious, dont le neuvième volet débarque en avril. En Chine, un des plus gros succès de ces dernières années, Opération Mekong (2016), semble s’inspirer, mais avec beaucoup moins d’humour, des effets de style de Michael Bay. 

Bien accueillie par la critique américaine, Bad Boys III, en salles ce mercredi 22 janvier, s’inscrit plus dans la lignée du premier que du deuxième film. Il manque d’un aspect déterminant aux yeux de Camille Laurence. Pour lui, "la plus grande star de Bad Boys, ce n’est pas Will Smith, ce n’est pas Martin Laurence, c’est Michael Bay".

Jérôme Lachasse