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John Wick 2, ou la résurrection de Keanu Reeves

Keanu Reeves lors de sa venue à Paris, le mercredi 8 février

Keanu Reeves lors de sa venue à Paris, le mercredi 8 février - BFMTV.com

ENTRETIEN - La star de Matrix a réinventé sa carrière avec le rôle de John Wick, un tueur surpuissant qui cherche à venger la mort de son chien. Lui et le réalisateur Chad Stahelski racontent comment ils ont réalisé l'un des meilleurs films d'action du cinéma américain à l'occasion de la sortie du second volet.

En 2014, plus personne n'attendait quoi que ce soit de Keanu Reeves. L'essentiel de sa carrière était derrière lui. L'immense succès de Matrix en 1999 puis la déception engendrée par ses deux suites (Matrix Reloaded et Matrix Revolutions, 2003) ont laissé dans l'imaginaire collectif le souvenir d'un acteur effacé et peu charismatique. Après la trilogie des sœurs Wachowski, les années 2000 de Keanu Reeves se partagent entre des films anodins et une pépite: A Scanner Darkly, adaptation barrée d'un roman non moins barré de Philip K. Dick où son jeu brille.

En 2014, quelle n'est pas la surprise de ses fans en le découvrant dans John Wick! Keanu Reeves y apparaît comme métamorphosé: il y incarne le rôle titre, un tueur surpuissant prêt à tout pour venger la mort de son chien. Ce qui semblait être un film d'action lambda est en réalité un concentré de tout ce que le cinéma d'action produit de meilleur: des scènes de fusillade précisément millimétrées et longues comme dans le cinéma hongkongais ; une ambiance et un ton oscillant entre humour et action pure; une mythologie inédite. Le film, fort de ces atouts, rencontre un succès surprise. Trois ans plus tard, la suite, sobrement intitulé John Wick 2, sort ce mercredi 22 février. Un troisième volet est déjà en préparation. 

Des scènes d'action très impressionnantes

Keanu Reeves joue un personnage assez éloigné des rôles qui l'ont rendu célèbre (dans My Own Private Idaho, Speed, Point Blank). Interprétant souvent des personnages cool, doté d'un sang-froid à toute épreuve, le comédien offre dans John Wick une nouvelle facette de son jeu, celle d'un homme violent, déterminé et capable de perdre le contrôle de ses émotions. Lorsqu'on lui rapporte ces remarques, il s'étonne: "Ah bon? C’est pourtant bien de jouer plusieurs types de personnages, dans des histoires et des genres très différents, mais c'est vrai que j’aime beaucoup la passion de John Wick et le fait qu’il n'abandonne rien." Il y a dans les John Wick, comme dans Knock Knock, un de ses derniers rôles marquants, des connexions insoupçonnées. Dans les deux cas, Keanu Reeves joue des hommes qui cherchent à se reposer chez eux, mais sont dérangés par une menace extérieure. Coïncidence? "C’est drôle, mais ça n’a rien d’intentionnel. Je ne sais pas si l’art et la vie sont vraiment reliées. J’adore mon travail. Knock Knock, c’était très cool."

Le succès de la saga John Wick s'explique aussi par des scènes d'action très impressionnantes. Keanu Reeves apprécie ces scènes chorégraphiées avec minutie que le réalisateur, Chad Stahelski, met en scène lors de prises assez longues: "Les scènes d’action sont très intéressantes parce qu'elles permettent aussi de présenter le personnage. Vous voyiez vraiment comment John Wick se bat, ce qu’il ressent avant, pendant et après les scènes d’action", explique le comédien. "Ça permet aux spectateurs d'être plus en empathie avec lui." "Une histoire est une histoire, que ce soit une scène d’action ou un dialogue entre deux personnages. Je ne vois pas de différence entre les deux", confirme de son côté Chad Stahelski. "J’ai commencé dans les films d’action. On me demande souvent si je sais filmer un dialogue Je leur réponds qu'après 500 scènes de fusillades et de courses poursuites, mettre en scène un dialogue est très simple!"

Un monde unique

Cette renaissance de Keanu Reeves correspond aussi à l'époque où il a passé le cap de la réalisation, avec un film d'arts martiaux intitulé Man of Tai Chi (2013). Grand amateur de la Shaw Brothers et de la Golden Harvest (les sociétés qui ont produit La 36ème chambre de Shaolin, les films de Jackie Chan et de Jet Li), il a fait appel à Yuen Woo Ping, l'un des plus grands chorégraphes du cinéma hongkongais, déjà responsable des scènes d'action de Matrix. Travailler à ses côtés l'a beaucoup influencé pour John Wick: "C’est un maître. Lui aussi raconte des histoires dans les scènes d’action et à travers la manière dont les personnages s'affrontent. Et il sait où placer la caméra. C'était fun de commencer auprès de lui en tant qu'élève et de devenir un de ses pairs et de créer quelque chose avec lui. J’ai eu beaucoup de chances de pouvoir travailler avec lui."

Le kung fu et le gung fu (ces films où les fusillades deviennent des ballets) ne sont pas les uniques raisons de la réussite des John Wick. Le scénariste Derek Kolstad et le réalisateur Chad Stahelski ont conçu, avec la complicité de Keanu Reeves, un monde et une mythologie très crédibles, qui ne s'appuient sur aucun comic book. Une rareté à Hollywood de nos jours. Dans le monde de John Wick, les assassins sont soumis aux règles d'un réseau d'hôtels nommé "Continental", qui leur procure des services en échange de la paix dans ses locaux. Au-dessus de ce réseau se place la Grande Table, qui a le droit de vie et de mort sur ses assassins. 

Chad Stahelski révèle s'être inspiré, avec le scénariste Derek Kolstad, de leurs grands-pères pour créer ce monde d'assassins: "Mon grand-père avait un code de conduite. Il savait faire des toasts, il mettait un costard pour le dîner, il parlait en disant 'oui, monsieur', 'non, monsieur'. Ce n’était pas de l’obéissance aveugle. C’était du respect. On s'est dit que c'était très cool et on s'en est inspiré pour John Wick. Tout le monde se dit bonjour, parce que tout le monde peut se tirer dessus à tout moment!” Un univers dont Keanu Reeves alias John Wick va briser les règles, un peu comme il a déconstruit celles des films d'action hollywoodiens. 

Jérôme Lachasse