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Gemini Man: pourquoi ce thriller avec Will Smith est un événement

Will Smith dans Gemini Man d'Ang Lee.

Will Smith dans Gemini Man d'Ang Lee. - Paramount 2019 - Ben Rosenstein

Ang Lee, le réalisateur de Tigre et Dragon et de L’Odyssée de Pi, repousse une nouvelle fois les limites du 7e Art avec Gemini Man, un thriller aux scènes d’action époustouflantes porté par Will Smith.

Conçu initialement en 1997 pour des stars comme Mel Gibson ou Clint Eastwood, le thriller Gemini Man sort finalement ce mercredi 2 octobre avec Will Smith grâce à la ténacité d’Ang Lee, le réalisateur multi-primé du Secret de Brokeback Mountain

Connu pour sa capacité à repousser les limites de la technologie pour raconter ses histoires, le cinéaste ne cesse depuis une vingtaine d’années d’innover, avec les combats volants de Tigre et Dragon, le montage façon BD de Hulk ou encore le tigre en images de synthèse de L’Odyssée de Pi

Ang Lee a tenu à filmer son nouveau film, où Will Smith joue un soldat pourchassé par un clone de vingt ans son cadet, en 120 images/seconde (contre 24 dans les productions traditionnelles). 

Le futur du cinéma

Cette manière inédite de filmer, déjà utilisée dans son film précédent, le drame Un jour dans la vie de Billy Lynn, est le futur du cinéma, raconte-t-il à BFMTV. À l’écran, les résultats sont impressionnants, offrant au public une sensation d’hyper-réalisme, une fluidité jamais vue dans les mouvements des corps et une quantité de détails ahurissante, tant dans les paysages que sur les visages. "C’est une nouvelle étape dans la conception d’un film en 3D. C’est un langage totalement nouveau", explique Ang Lee, avant d’ajouter: 

"J’ai d’abord essayé avec L’Odyssée de Pi. Puis j’ai augmenté le nombre d’images par seconde dans Billy Lynn: j’ai utilisé une histoire de guerre pour enlever les artifices que nous utilisons d’ordinaire [dans ce genre de film] pour la rendre plus réaliste. Dans Gemini Man, je m’appuie sur un genre, celui du thriller, et une star, Will Smith. Nous avons tourné une longue scène d’action dans une très belle ville [Carthagène en Colombie, NDLR] pour voir ce qui allait se passer. Tout change: l’exposition, la lumière… Ce n’est pas une expérience - c’est un film à gros budget -, mais une exploration de ce qu'il est possible de faire au cinéma, de ne plus seulement expérimenter un film à la troisième personne, mais à la première." 

L’impression de vivre dans le film

Le réalisme est poussé à un tel niveau que le public à l’impression d’être sur le plateau de tournage avec les comédiens, voire dans la peau de Will Smith lorsqu’il affronte son clone. 

"Quand je réalise une scène d’action [en 120 images/seconde, NDLR], je veux que vous ayez l’impression d’être là, que vous soyez en train de conduire une moto ou de vous battre. C’est une expérience plus viscérale [que dans un film en 24 images/seconde], parce que vous pouvez voir tout ce qui se passe. Vous avez l’impression que c’est la réalité. Comme tout est très précis à l’image, je dois faire attention aux détails, aux expressions des visages. Pendant les scènes d’action, vous voyez les intentions, les stratégies. Vous voyez vraiment tout." 

Filmer en 120 images/seconde permet aussi de retravailler numériquement les scènes d’action "pour corriger certains défauts, s’assurer que l’acteur a la bonne expression sur le visage, lorsque quelque chose de dangereux se produit, et ajouter du désordre afin de rendre l’expérience plus viscérale", précise Ang Lee. 

Un nouvel art martial

Dix-neuf ans après Tigre et Dragon, le réalisateur a aussi inventé pour les besoins de Gemini Man un art martial jamais vu auparavant au cinéma, le "bike fu", qui consiste à assommer son adversaire avec sa moto. Un art martial né par hasard sur le tournage: 

"Nous avions prévu de faire une course poursuite dans une favela. Ils devaient dévaler en moto la colline, mais nous avons été prévenus que nous n’avions pas les moyens de mettre en place cela. Il était très important que cette course poursuite soit réussie, alors on a décidé de la tourner dans un lieu bien précis, au lieu de filmer aux quatre coins de la ville. A ce moment-là, notre chorégraphe m’a dit qu’il développait ce ‘bike fu’ qui n’avait jamais été montrée auparavant au cinéma. Nous avons essayé et je dois dire que c’était très amusant!"

Will Smith comme on l’a rarement vu

Will Smith, qui a fait un grand retour cette année dans Aladdin, apparaît dans Gemini Man comme on l’a rarement vu: usé, les cheveux blanchis, les yeux animés par une émotion et une tristesse immenses. 

"Je voulais qu’il apporte beaucoup de sophistications. C’est un bon acteur, qui a déjà eu des rôles dramatiques, mais je voulais qu’il soit différent [de ses autres rôles]. Je voulais qu’il ait l’air fatigué, mélancolique, qu’il ait l’air de vivre avec des regrets."

Will Smith, 51 ans, a eu plus de difficulté pour jouer la version rajeunie de lui-même, conçue non en images de synthèse mais à l’aide de la motion capture: "Il devait se projeter, imaginer à quoi ressembleraient les effets un an après, après la post-production. Il a beaucoup repensé à sa jeunesse, à son éducation, à sa relation avec son père."

Jérôme Lachasse