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Nous finirons ensemble: Laurent Lafitte, le "Jean-Claude Dusse" des Petits mouchoirs

François Cluzet et Laurent Lafitte dans Nous finirons ensemble de Guillaume Canet.

François Cluzet et Laurent Lafitte dans Nous finirons ensemble de Guillaume Canet. - Copyright 2019 Trésor Films - Canéo Films - Europacorp - M6 Films - Les Productions du Trésor - Artémis Productions

Il n’arrive pas à conclure et sert de punching-ball à ses proches: avec son rôle d’Antoine, le sociétaire de la Comédie-Français est la star burlesque du nouveau film de Guillaume Canet en salles ce mercredi 1er mai.

5,5 millions de Français se sont passionnés, en 2010, pour Les Petits mouchoirs de Guillaume Canet. Ensemble, ils ont découvert Max (François Cluzet), Marie (Marion Cotillard), Éric (Gilles Lellouche), Vincent (Benoît Magimel) et Antoine (Laurent Lafitte), une bande de potes en vacances au Cap Ferret (Gironde). La joie des retrouvailles cache cependant une souffrance: la culpabilité de laisser seul dans un hôpital parisien Ludo (Jean Dujardin), leur ami agonisant après un grave accident de la route.

Descendu par la critique, Les Petit mouchoirs a toutefois séduit un large public en mêlant rires et larmes. C’est ce même cocktail que ressert aujourd'hui Guillaume Canet dans la suite, intitulée Nous finirons ensemble. Sans doute inspiré par le succès de son précédent film Rock'n Roll, le cinéaste privilégie la comédie. Si la part dramatique du récit est endossée par François Cluzet et Marion Cotillard, c’est sur les épaules de Laurent Lafitte de la Comédie-Française que repose l’ambition burlesque de Nous finirons ensemble.

"Il y a quelque chose de Jean-Claude Dusse"

Réflexion sur l’amitié et le temps qui passe et documentaire sur le Cap-Ferret à la saison morte, Nous finirons ensemble fait aussi le pari de ressusciter à travers le sociétaire de la Comédie-Française l'esprit de Jean-Claude Dusse, l’éternel looser incarné par Michel Blanc dans la série des Bronzés, sommet du film de potes.

Antoine, le personnage joué par Laurent Lafitte, en possède les principales caractéristiques. Comme lui, pour reprendre une expression qu’affectionne Dusse, il n’arrive pas à "conclure". Comme lui, il sert de punching-ball à ses proches. Comme lui, il se retrouve coincé en pleine nuit dans un territoire sauvage. Antoine, comme Jean-Claude Dusse, a beau essayer: il rate tout ce qu’il entreprend. Et il se contente, sans s’en rendre compte, de suivre les pas de son lointain cousin.

"Il y a quelque chose de ça, il y a quelque chose de Jean-Claude Dusse. Déjà parce qu’il lui arrive des mésaventures qui l’engagent physiquement. Dans le premier, il y a le permis bateau. Dans le deuxième, je ne veux pas spoiler, mais il lui arrive une bonne petite série de tuiles. Il vit des mésaventures physiques, dans sa chair. Il prend encore plus cher que dans le premier", analyse Laurent Lafitte.

"Je l’aime bien et en même temps j’ai envie de le secouer"

Attachant, ce personnage qui ne cesse de frôler le ridicule est assujetti à la figure du mâle dominant incarné par Eric (Gilles Lellouche). Acteurs sans le sou dans Les Petits Mouchoirs, les deux compères sont toujours proches dans Nous finirons ensemble, mais n’ont pas vécu la même ascension sociale. Si Eric est devenue une star, Antoine est un acteur de seconde zone condamné à être l’homme à tout faire de son meilleur ami.

"C’est un de ceux qui a le moins changé”, poursuit Laurent Lafitte. "J’aime bien ce que ça raconte: c’est le travers des bandes d’amis. Parfois, on vous y fait jouer un rôle, ça vous empêche de progresser. Lui est en plein là-dedans. C’est le moins accompli professionnellement, socialement. Il est très dépendant affectivement du personnage joué par Gilles."

Habitué ces dernières années aux rôles pervers et ambigus (K.O., Paul Sanchez, Elle), le comédien retrouve le temps d'un film le rôle d’adolescent attardé qu’il jouait dans la comédie 16 ans ou presque (2013). “Il a une forme d’inconscience, d’innocence, quelque chose de juvénile”, acquiesce Pascale Arbillot, qui partage l’écran avec lui dans Nous finirons ensemble. "Je l’aime bien et en même temps j’ai envie de le secouer. On ne peut pas toujours rester ado", précise encore Laurent Lafitte.

"Assume, assume ton personnage"

Rencontré l’été dernier, le comédien confiait déjà à BFMTV sa difficulté à interpréter le rôle d’Antoine après une décennie passée à explorer d’autres genres:

"Là où j'ai eu du mal, c'est que mon personnage n'a pas beaucoup évolué pendant ces quelques années. J'avais du mal, par rapport aux personnages que j'ai joués entre-temps - j'ai fait pas mal de choses très différentes -, à assumer à nouveau le ridicule et la loose. Un peu comme une défiance d'orgueil".

Il a pu compter sur le soutien de Guillaume Canet: “[il] n'était pas dupe de ça et à chaque fois c'était un peu le gendarme de service. Il me disait: 'assume, assume ton personnage'. C'était intéressant ce travail-là."

En dehors de la bande à Canet, Laurent Lafitte continue d’expérimenter. Cet été, il réalise son premier film, une adaptation de L’Origine du monde de Sébastien Thiéry. Après les peines de cœur d'Antoine dans Nous finirons ensemble, Laurent Lafitte s'attaquera à un problème bien plus vaste avec cette pièce où un homme découvre avec stupeur que si son cœur s’est arrêté de battre il n’est pas pour autant mort.

Jérôme Lachasse avec Claire Fleury