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Comment Guillaume Canet a tourné  Mon Garçon en six jours sans jamais lire le scénario

Guillaume Canet dans "Mon Garçon" réalisé par Christian Carion, en salles le 20 septembre 2017

Guillaume Canet dans "Mon Garçon" réalisé par Christian Carion, en salles le 20 septembre 2017 - Diaphana Distribution

Le nouveau film de Christian Carion a permis à Guillaume Canet de livrer une véritable prouesse d'acteur, risquée et ambitieuse. Dans Mon Garçon, la star du cinéma français a joué sans connaître le script, improvisant les scènes sur l'instant, à l'instinct. Coulisses d'un tournage hors-norme.

"C'est la plus grande expérience cinématographique de ma vie". La phrase est lâchée. Que le film rencontre ou non son public dans les salles ce mercredi 20 septembre, Mon Garçon marquera un tournant dans la carrière de Guillaume Canet. Le comédien français tient le premier rôle du nouveau film de Christian Carion (Joyeux Noël, L'Affaire Farewell, Une hirondelle a fait le printemps...), un thriller brut et haletant, où il incarne un père de famille parti à la recherche de son fils disparu.

Si l'histoire du film est plutôt classique, ce n'est pas le cas de son tournage. Car pour ce long-métrage, Guillaume Canet a relevé le défi audacieux de jouer sans avoir accès au scénario, tournant dans l'ordre chronologique les scènes, quasiment en temps réel. Mon Garçon s'est ainsi tourné en six jours seulement, dans le Vercors. Un dispositif particulier né d'une "contrainte" et d'une "envie", comme le confie le réalisateur lors d'une rencontre avec la presse. L'envie de tourner à nouveau avec Guillaume Canet et la contrainte de planning qui empêchait les deux hommes de pouvoir bloquer deux mois pour réaliser Mon Garçon dans des conditions "normales".

Isolé de l'équipe technique et des autres acteurs

Fascinés par le brillant film allemand Victoria (dont la particularité est d'être un véritable plan-séquence de 2h20), les deux hommes se lancent le défi de tenter à leur tour une expérience cinématographique. L'idée qui germe alors les séduit tous les deux. Ne restait plus qu'à réunir les conditions artistiques et techniques qui permettront de réaliser cette performance.

Pour mettre son acteur en condition, Christian Carion a pris des mesures radicales. Guillaume Canet n'a jamais eu accès au scénario (il a dû se contenter de quatre pages résumant l'histoire de son personnage et lui permettant d'improviser au mieux dans certaines scènes). Il n'avait pas le droit de manger avec l'équipe du film, dormait dans un endroit isolé et a dû se passer de maquillage et coiffure pour s'assurer qu'à aucun moment, il ne puisse pas être témoin d'une conversation lui donnant des éléments du scénario qu'il n'était pas censé savoir. "Il était dans une parano, je lui donnais des fausses pistes et c'est exactement le résultat que je voulais", se réjouit le cinéaste.

"Ca m'a beaucoup aidé d'être isolé, raconte Guillaume Canet. Tout le monde avait pour ordre de ne rien me dire. J'ai vécu six jours dans ma bulle, sans portable. C'était même une expérience humaine plus que cinématographique. Sur le tournage, je découvrais les acteurs à chaque scène, sans savoir ce qui se passerait, c'était un film de fou!"

Si les comédiens réussissent leur pari en improvisant les scènes avec justesse (Mélanie Laurent en tête), il a fallu que l'équipe technique s'adapte à ce dispositif particulier qui obligeait à tourner avec deux caméras pour ne pas devoir refaire les scènes. "Refaire, c'était une défaite", résume Christian Carion, qui salue la performance de son équipe et de ses acteurs.

"On a été débordé par la violence de Guillaume"

Le concept même du film a forcément conduit le réalisateur à emprunter des chemins qu'il n'imaginait pas, en raison bien sûr des improvisations et réactions inattendues de Guillaume Canet, notamment lorsque son personnage bascule dans un esprit de vengeance. "On a été un peu débordé par la violence de Guillaume sur certaines scènes, il a laissé exploser sa part animale", révèle - et se satisfait - Christian Carion. Et d'ajouter: "Si on avait tourné normalement, on n'aurait jamais eu ce résultat".

Les contraintes et les accidents nés de l'improvisation sont la force du tournage de Mon Garçon dont Guillaume Canet ressort différent en tant que comédien, mais aussi metteur en scène. S'il assure qu'il n'aurait jamais pu faire ce film derrière la caméra ("je suis trop pointilleux, j'aurais tout le temps envie de refaire des prises"), le réalisateur de Rock'n'Roll et des Petits mouchoirs sait qu'il se servira de cette expérience pour ses prochains films, notamment pour "surprendre" davantage ses acteurs. Les voilà prévenus.