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Laurent Lafitte: "J'ai toujours du mal à me dire que je joue un salaud"

Laurent Lafitte dans "K.O.", en salles le 21 juin 2017

Laurent Lafitte dans "K.O.", en salles le 21 juin 2017 - Wild Bunch Distribution

ENTRETIEN - Dans K.O., en salles ce mercredi 21 juin, l’acteur joue un homme de pouvoir qui se réveille d’un coma et découvre que sa vie lui a été volée.

On l’avait quitté en violeur dans Elle et en père indigne dans Papa ou maman 2. On le retrouve en homme de pouvoir misogyne et sans pitié dans K.O. Les rôles se suivent et se ressemblent. Mais pour Laurent Lafitte (de la comédie française), chaque film est l’occasion d’offrir des variations sur une partition qu’il connaît par cœur: celle du salaud charmant. Un rôle qu’il affectionne tout particulièrement.

Dans KO, réalisé par le créateur des Revenants Fabrice Gobert, Laurent Lafitte est Antoine Lecomte, un tyrannique homme de pouvoir qui se réveille d’un coma et découvre que sa vie lui a été volée. Est-ce un rêve? Est-ce la réalité? Le cauchemar commence…

Dans KO, le personnage de Chiara Mastroianni vous dit: "si tu crois que tu as le profil d’un héros". Cette phrase résume à la fois votre personnage, mais aussi les rôles que vous jouez régulièrement ces derniers temps: des salauds.

Je ne sais pas. J’en ai pas fait tant que ça des salauds. J’en ai fait un dans le film de Verhoeven [Elle, César du meilleur film 2017, NDLR]

…dans Papa ou maman...

...dans Papa ou maman, ce n’est pas un salaud.

Un peu quand même, non?

Non. Je ne suis pas d’accord (rires). Vous êtes dur. J’ai toujours du mal à me dire que je joue un salaud. Si le type n’est qu’un salaud, il ne m’intéresse pas, je n’ai pas envie de l’interpréter. Ce qui est intéressant, c’est d’essayer de comprendre pourquoi a priori il est antipathique. C’est dans son humanité que l’on arrive à l’interpréter. Ce n’est pas que dans ses défauts. Je suis obligé de sauver mes personnages… Le personnage de KO est antipathique, parce que c’est un homme de pouvoir.

C’est le genre de personnage que vous recherchez?

J’aime bien les personnages complexes qui m’obligent à réfléchir et à essayer de comprendre des comportements que j’ai du mal à envisager dans la vie.

Est-ce que KO est une version sombre de 16 ans ou presque, la comédie où vous vous réveillez du jour au lendemain à 40 ans avec de l’acné?

(rires) C’est le postulat de départ de beaucoup de films fantastiques, que ce soit Un Jour sans fin avec Bill Murray ou La Vie est belle de Capra… C’est comme une expérience de mort imminente. On aime bien imaginer ce que cela fait de sortir de son corps et de devenir quelqu’un d’autre. C’est un peu comme dans un cauchemar. Dans 16 ans ou presque, oui, il y a de ça.

KO est un film très sombre, mais il provoque chez le spectateur le rire, comme si le spectateur était content de vous voir subir ce que vous subissez dans le film.

Je vois ce que vous voulez dire. Au bout d’un moment, on entre en empathie avec mon personnage, parce que les événements qu’il va vivre sont tellement cauchemardesques, atroces que l’on s’imagine vivre la même chose. Et ça peut faire rire. Il y a des situations dramatiques qui provoquent un rire soupape.

Comment avez-vous préparé votre rôle sachant que dans KO chaque détail compte et qu’il n’y a pas de place pour l’improvisation?

Comme on n’a pas tourné dans l’ordre, il fallait que la continuité soit très claire pour moi et que je sache à chaque fois à quel stade de l’histoire et de mon personnage on était. Dans la même journée, je devais faire des allers et retours entre avant et après son coma. Il fallait vraiment que je sache où j’en étais. Pour jouer le personnage, je me suis demandé ce que j’aurais fait à sa place. J’ai eu un rapport très premier degré aux situations. J’ai essayé de me dire ce que ça faisait de découvrir chez soi une femme qui vous explique qu’elle n’est pas votre femme alors que physiquement c’est votre femme...

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- © Copyright Wild Bunch Distribution

Comment s’est déroulé le choix de vos costumes? Il y a des choix de couleur très intéressants…

Ça se discute avec la costumière et le réalisateur. Comme j’interprète le personnage, j’ai besoin d’être d’accord. Je ne peux pas enfiler un costume qui ne me semble pas être juste. Pour les chemises, on a essayé de choisir les couleurs du mec qui veut faire des efforts, mais qui n’a pas de goût. Ce qui était intéressant était de lui mettre des habits qu’il n’aurait jamais pensé porter. Dans la première partie, il porte des costumes noirs très bien coupés. C’est marrant de voir comment un costume peut transformer un homme…

"Je suis obligé de sauver mes personnages"

La chemise prune que vous portez pendant une grande partie du film vous change complètement le visage.

On a essayé aussi de jouer sur la couleur de barbe. Dans la première partie, j’ai une barbe brune et quand je sors du coma, elle est beaucoup plus poivre et sel, comme s’il y avait eu un choc émotionnel.

avant le coma (à gauche) / après le coma (à droite)
avant le coma (à gauche) / après le coma (à droite) © Copyright Wild Bunch Distribution

Pourquoi avez-vous une barbe dans le film?

Je ne sais pas. On s’est dit que c’était bien. Je devais l’avoir à l’époque et le réalisateur m’a dit de la garder. Elle nous a permis de jouer une progression dans l’angoisse.

Votre pilosité évolue de film en film: sans barbe dans Elle, moustache dans Au revoir là-haut de Dupontel, qui sortira en octobre.

Vous voulez vraiment que l’on parle de ma pilosité? (rires) Pour le Dupontel, le film se passe pendant la Grande Guerre. A l’époque, les hommes portaient presque tous de la moustache. Pour le personnage, il lui en fallait une un peu arrogante, conquérante. Elle m’a bien servi pour Cannes. C’était bien pour être le maître de cérémonie. Dans mon prochain film, je n’aurai pas la barbe… Ça se décide de manière un peu arbitraire. C’est aussi pour ne pas avoir toujours la même tête.

Avez-vous vu le film de Dupontel? Comment est-il? 

C’est une adaptation du roman de Pierre Lemaitre qui a reçu le prix Goncourt. C’est une fresque historique et intime, un grand film populaire.

Jérôme Lachasse